Appel à contribution pour le dossier thématique

 

« Les renouvellements de l’écriture radiophonique :

 

programmes, formes, contenus »

de la revue Radiomorphoses, n°4

 

à paraître en 2018

 

coordination : S. Equoy Hutin (Université de Bourgogne Franche–Comté)

 

et C. Deleu (Université de Strasbourg)

 

Dans le chapitre conclusif du manuel de la radio, Frédéric Antoine souligne qu’ « en ce début de siècle, la radio connaît de nombreux renouveaux, qui en modifient à la fois les contenus, les formes, les modes de transmission et de réception et revisitent son statut de média de masse » (Antoine, 2016 : 203). C’est ainsi un champ de recherche stimulant qui s’ouvre du côté des modalités de remédiation (Bolter et Grusin, 1999) et de ré-novation (Angé et Renaud, 2012) de la radio. Certes les travaux récents sur la radio insistent largement sur les évolutions liées au numérique et le tournant “postradiophonique” (Poulain, 2010 ; Gago et alii, 2007). S’il n’est pas possible d’en ignorer les enjeux ni d’en minorer l’impact, il ne s’agit pas dans ce dossier de s’en tenir à un questionnement spécifiquement centré sur les relations entretenues entre la radio et les nouvelles technologies numériques mais davantage de questionner les nouvelles pratiques et les nouveaux usages sous l’angle des nouvelles formes que ceux-ci produisent. Car, comme le rappelle Laurent Fauré, « les capacités d’adaptation de la radio à l’ère numérique se trouvent sans doute nourries de ses qualités antérieures et que le web a développées : audience massive, interactivité, instantanéité, technologie ‘légère’ et mobilité des usages [...]  mais aussi fonctionnements participatifs et de proximité… » (2013 : 8). Plus largement, nous proposons d’explorer les mutations de l’écriture radiophonique en relation avec les environnements quotidiens contemporains, numériques ou non, et les enjeux qu’elles recouvrent sous l’angle des tensions entre l’ancien et le nouveau. En effet, les phénomènes nouveaux « ne naissent pas de novo » (Angé et Renaud, 2012 : 37) et ces renouvellements engendrent des traces (Bachimont, 2017), dans la matérialité de l’écriture (Jeanneret, 2011).

 

Partant de la fonction d’accompagnement du quotidien (Starkey, 2008) que l’on reconnaît au média radio et notamment de l’idée que celle-ci évolue en relation avec les autres médias, sur le plan des pratiques de production comme de réception, des logiques de programmation et des formes, nous proposons de réunir dans ce dossier des études qui mettent l’accent sur les trans-formations contemporaines de l’écriture radiophonique : les contributions pourront proposer des questionnements théoriques (dans une perspective historique, sociologique, communicationnelle, anthropologique et discursive), méthodologiques (comment saisir l’évolution des formes? comment repérer les traces de ces mutations ?) ou empiriques (quelles innovations et quelles expériences sonores la radio propose-t-elle aujourd’hui ?).

 

Nouvelles écritures radiophoniques

Le concept d’écriture, entendu comme mode d’agencement des formes résultant d’une intention de rendre une pensée visible et communicable, a fait l’objet de nombreux travaux qui en ont montré toute la complexité (Leroi-Gourhan, Christin, Goody). Son intérêt réside notamment dans le fait qu’il renvoie à la fois à l’instance de production comprenant les logiques de l’ensemble des acteurs professionnels impliqués (Glevarec, 2001), les logiques organisationnelles (éditoriales notamment) et les logiques économiques ; à l’instance de réception (les publics, projetés ou réels) et aux logiques de fidélisation ; et au produit médiatique dans sa matérialité (les choix formels, énonciatifs, rhétoriques et discursifs tenant compte du dispositif - matériau et support -, des genres et formats, de la nature du propos et des systèmes de représentations associés).

L’écriture peut être considérée comme un système technique issu d’un processus animé d’une intention de communiquer, faisant l’objet d’une préparation (enregistrements, montage et travail des sons, structuration de l’émission) et d’une mise en œuvre pensée pour une activité de réception. Plus particulièrement, l’écriture radiophonique met en scène différents éléments « organisés, construits, élaborés selon certaines lignes d'orientation par la volonté d'un producteur ou d'un auteur radiophonique » (Richard, 1985 : 30) et « recrée efficacement l’illusion d’une continuité cohérente, d’un temps plus intense : le temps de l’écoute » (Saint Martin et Crozat, 2007 : 7). Sa fonction première est d’organiser l’écoute en mettant en scène des éléments disparates dans une forme de flux qui suscite l’image et l’imaginaire (Oliveira, 2011). L’écriture produit et rend visible des traces (Jeanneret, 2011), des actes qui renvoient à des processus de production, de construction et de réception. Ce sont précisément ces dynamiques de variation et d’innovation que nous cherchons à saisir à travers l’observation des dispositifs radiophoniques contemporains.

 

Deux axes majeurs seront privilégiés pour ce numéro :

 

Axe 1 : Nouveaux genres, nouvelles formes, nouveaux usages et nouvelles logiques de programmation : avènements, mutations, disparition, réapparition, reconfiguration

Cet axe propose d’interroger la plasticité des genres, la diversité des formats et les relations intermédiatiques que la radio entretient dans leur relation à l’avènement ou au retour de formes ou de modes comme le récit qui, des radios hertziennes aux nouveaux supports radiophoniques, occupe aujourd’hui « des nouveaux espaces, avec un nouveau langage et des nouveaux usages » (Antoine, 2012 : 8). Depuis la typologie des genres radiophoniques des années 30 proposée par Méadel (1994) et l’ouvrage dirigé par Charaudeau (1984), quels renouvellements l’écriture radiophonique a-t-elle connu ? Peut-on détecter des thématiques, des genres et des formats nouveaux et pérennes ? A l’inverse, assiste-t-on à des disparitions, à des explosions ou à des retours en force de certains genres (par exemple issus de la radio numérique et de la web radio) ou de certains formats ? Comment ces thématiques, ces genres, ces formats émergent-ils en relation avec des contextes particuliers ou des évènements ?

Les logiques de programmation et leur évolution en relation avec des logiques économiques et des logiques d’usage méritent également d’être interrogées sous l’angle de l’écriture, des traces et des codes que les initiatives des programmateurs bousculent. Dans cette lignée, on peut questionner les relations à établir entre ces renouvellements, les publics et les nouveaux usages. Par exemple, quels ajustements aux temps sociaux (Glevarec et Pinet, 2007) des auditeurs peut-on observer ? Quelles modalités d’inclusion, de participation et d’interactivité avec l’auditeur, l’écriture radiophonique propose-t-elle aujourd’hui au regard des enjeux de fidélisation, des logiques de spécialisation, de la nature hétérogène des auditoires, des pratiques des publics et du passage au numérique ? Quelle modalités nouvelles d’écriture interactive (Séguy, 2000 ; Schmitt, 2016) et de mise en scène de la parole des autres (Deleu, 2006) peut-on observer à la radio ? Les radios musicales (Glevarec, 2007), compte tenu de leurs spécificités et de leurs contraintes, peuvent aussi être interrogées sous cet angle, de même que la distinction radios privées / radios publiques.

 

Axe 2 : Processus de production radiophonique et de création sonore : diversités, enjeux, pratiques professionnelles

Un des objectifs de ce dossier est de s’intéresser aux créations et aux initiatives sonores telles qu’elles sont observables aujourd’hui : il s’agit notamment d’observer les dispositifs, d’identifier les acteurs et les contextes de ces performances sonores. Par exemple, des structures comme les radios associatives peuvent constituer des laboratoires de création sonore. Comment ces créations travaillent-elles les formes et la dimension esthétique de la radio (Biewen et Dilworth, 2017 ; Deleu, 2013) ?

Ces initiatives interrogent, renouvellent voire bouleversent les pratiques et les modes d’écriture. Dans le contexte du boom des podcasts et des téléchargements, les sites d'offres de podcasts radiophoniques (Binge, BoxSons, Slate, Arte Radio, Magnéto, Nouvelles écoutes...) redéfinissent la donne. Ces nouvelles offres attirent de nouveaux acteurs et de nouveaux financeurs (Amazon, le financement participatif type crowfunding, les abonnements…) : ces nouveaux acteurs peuvent-ils influencer le fonctionnement des radios ? De quelles manières ?

De façon transversale dans ce dossier consacré à la reconfiguration du périmètre et des formes radiophoniques, se poseront nécessairement des questions méthodologiques : les mutations observables engendrent de nouvelles méthodes d’analyse qui bousculent les approches plus « traditionnelles » de la radio. Ainsi, les disciplines qui développent une approche communicationnelle de l’écriture radiophonique et qui s’intéressent à ses enjeux matériels, sociaux et culturels réinterrogent leur modèle d’analyse. Quels types d’approche permettent de mieux saisir ces mutations (discursive, socio-technique, socio-sémiotique, sémio-pragmatique…) ? Dans quelle mesure les enquêtes de terrain permettent-elles de documenter les processus de production (Fauré, 2012) et d’observer ces mutations (Wolff, 2016) ?

Ce dossier sera donc également l’occasion de mettre en lumière des approches permettant de rendre compte des mutations de l’écriture radiophonique liées par exemple à l’intermédialité (Gaudreault et Marion, 1998 ; Müller, 1996) et à l’élargissement des frontières du radiophonique dans une perspective qui dépasse la question du support pour penser les modalités de reconfiguration des formes et des pratiques.

 

Bibliographie indicative :

 

Angé Caroline et Renaud Lise, 2012, « Les écritures émergentes des objets communicationnels. De la rénovation », Communication & langages, 2012, pp. 35-39 doi:10.4074/S0336150012014032

Antoine Frédéric (coord.), 2012, Radio et narration. De l’enchantement ou réenchantement, Recherches en communication, 37, UCL, Louvain-La-Neuve.

Antoine Frédéric (dir), 2016, Analyser la radio. Méthodes et mises en pratique, de Boeck, Louvain-La-Neuve.

Bachimont, Bruno, 2017, Patrimoine et numérique : Technique et politique de la mémoire, Paris, Ina Editions

Bolter J. et Grusin R. (1999), Remediation : undestarding New Media, MIT Press.

Biewen, John ; Dilworth, Alexa (Éd.), 2017, Reality radio. Telling true stories in sound, Durham N.C, University of Carolina Press, (2nd edition).

Bouchardon Serge, Cailleau Isabelle, Crozat Stéphane, Bachimont Bruno, Thibaud Hulin, 2011, « Explorer les possibles de l'écriture multimédia », Les Enjeux de l'information et de la communication, 2/2011 (n° 12/2), pp. 11-24.

Charaudeau, Patrick (dir.), 1984, Aspects du discours radiophonique, Didier-Érudition, Paris.

Cheval, Jean-Jacques, 2008, « De la radio à la postradio », Médiamorphoses n° 23, Bry-sur-Marne, INA, pp. 23-29

Deleu, Christophe, 2013, Le documentaire radiophonique, Paris, INA/L’Harmattan, coll. Médias Recherches.

Deleu, Christophe, 2006, Les anonymes à la radio. Usages, fonctions et portée de leur parole, Bruxelles, De Boeck/INA, coll. Études.

Fauré, Laurent, 2013, « Analyser les pratiques discursives radiophoniques : nouveaux enjeux et perspectives », Cahiers de praxématique [En ligne], 61, mis en ligne le 01 janvier 2014, consulté le 09 mars 2017. URL : http://praxematique.revues.org/2429

Gago, Laurent, Cheval, Jean-Jacques & Gire, Silvain, 2007, « ARTE Radio.com : la radio est un art, pas seulement un transistor », Médiamorphoses, 23, Entretien avec L. Gago & J.-J. Cheval, pp. 133-138.

Gaudreault, André et Marion, Philippe, 1998, « Transécriture et médiatique narrative. L'enjeu de l'intermédialité », in André Gaudreault (dir.), Thierry Groensteen (dir.), La Transécriture. Pour une théorie de l'adaptation, Québec/Angoulême, Nota Bene/Centre national de la bande dessinée et de l'image, pp. 31-52

Glevarec Hervé, 2014, « Le propre de la radio. Fonctions radiophoniques et nouveau statut de la radio dans l'environnement numérique », Le Temps des médias, 22, pp. 123-133.

Glevarec Hervé, 2001, France Culture à l'œuvre. Dynamique des professions et mise en forme radiophonique, Paris, CNRS Editions.

Glevarec Hervé et Pinet Michel, 2007, « Les temps sociaux de la radio »,  Quaderni, n°64, pp. 113-120.

Glevarec Hervé  et Pinet Michel, 2007, « L’écoute de la radio en France. Hétérogénéité des pratiques et spécialisation des auditoires », Questions de communication, 12, pp. 279-310.

Guglielmone Isabel, 2012, « La radio ‘enrichie’. Nouveau support, nouveau récit ? », Radio et narration. De l’enchantement ou réenchantement, Recherches en communication, 37, UCL, Louvain-La-Neuve, pp. 129-142.

 Jeanneret, Yves, 2011, « Complexité de la notion de trace », in L’homme trace. Perspectives anthropologiques des traces contemporaines (B. Galinon Mélenec, dir), CNRAS Editions, pp. 59-86.

Le Pajolec Sébastien, 2012, « Entretien avec Emmanuel Laurentin », Sociétés & Représentations, 1/2012 (n° 33), pp. 241-252.

Méadel, Cécile, 1994, Histoire de la radio des années 30. Anthropos/INA.

Müller, Jürgen Ernst, 1996, Intermedialität : Formen moderner kultureller Kommunikation, Münster, Nodus.

Oliveira, Madalena, 2011, « L'esthétique de l'écoute », Sociétés, 1/2011, 111, pp. 123-130.

Poulain, Sébastien, 2010, « Colloque ». Le Temps des médias 14(1), 256-257. DOI : 10.3917/tdm.014.0256

Richard Lionel, 1985, « De la radio et de l'écriture radiophonique », Semen [En ligne], 2 | 1985, mis en ligne le 12 juin 2007, consulté le 07 décembre 2016. URL : http://semen.revues.org/3733

Saint Martin Dominique et Crozat Stéphane, 2007, « Écouter, approfondir… Perspectives d'usage d'une radio interactive », Distances et savoirs, 2/2007 (Vol. 5), pp. 257-273.

Seguy Françoise, 2000, « Les questionnements des écritures interactives », Les enjeux de l’information et de la communication, Grenoble, Université Grenoble III, Février 2000, Disponible sur : http://w3.ugrenoble3.fr/les_enjeux/2000/Seguy/index.php

Schmitt Blandine, 2016, Radiographie de l’interactivité radiophonique. Sciences de l’information et de la communication. Université Michel de Montaigne - Bordeaux III.

Starkey, Guy, 2008, « La bande sonore de nos vies », Médiamorphoses n° 23, Bry-sur-Marne, INA, pp. 139-143.

Wolff Éliane, 2016, « Les (nouveaux ?) territoires de la radio Radio FreeDom et ses auditeurs », RadioMorphoses, [En ligne], n°1 – 2016, mis en ligne 18/11/2016 , URL : www.radiomorphoses.fr/index.php/2016/05/04/les-nouveaux-territoires-de-la-radio-radio-freedom-et-ses-auditeurs/

 

Echéancier proposé pour une parution à l’automne 2018

 

-    lancement de l’appel : 1er décembre 2017

-    retours des propositions aux coordinateurs : 15 janvier 2018

-    décision communiquée aux auteurs : début février 2018

-    retours des articles pour phase d’expertise : 1er mai 2018

-    retour d’expertises : juin 2018

-    phase de retravail des articles après retour d’expertise : juin-octobre 2018

-    dépôt du numéro à la revue : novembre-décembre 2018

-    hiver 2018 : mise en ligne

 

Les propositions, sous forme de résumés en français d’une longueur d’environ 3000 signes (espaces compris), doivent être envoyées aux deux coordinateurs :

Christophe Deleu : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Séverine Equoy Hutin : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

Afin de préserver l’anonymat des propositions, la première page doit contenir : le titre de la proposition, les noms, les coordonnées de l’auteur ou des auteurs et leur affiliation institutionnelle, ainsi que cinq mots-clés. Les pages suivantes présenteront le titre, le texte de la proposition et une courte bibliographie. Dans la phase de rédaction des articles, les auteurs se reporteront aux consignes publiées sur le site de la revue : http://www.radiomorphoses.fr/index.php/2016/05/09/consignes-redactionnelles/