Design et écologie(s)

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Informations éditées à partir d’une annonce Calenda.

Réponse attendue pour le 17/04/2026

Type de réponse Résumé

Type d’événement Colloque

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Dates de l’événement
  • Du au

Lieu de l’événement Centre des colloques, Auditorium 150, Campus Condorcet , Place du Front populaire , Aubervilliers 93000, France

Le lien entre design et écologie n’est pas de circonstance. Il est inévitable que cette activité de projet qui vise à améliorer l’habitabilité du monde croise cette « science de l’habitat » qui se fonde sur l’étude de la manière dont les êtres vivants, humains et non-humains, interagissent avec leur environnement et entre eux[1]. Et ce lien devient de jour en jour plus évident. Par nécessité, les acteurs du design peuvent difficilement concevoir des artefacts — objets, espaces, vêtements, logiciels, applications… —, sans penser à l’origine et à la nature des matériaux que ces derniers requièrent[2], ou à la voracité énergétique des machines et outils indispensables à leur production ; par obligation éthique, tant il est difficile de demeurer indifférent à l’infléchissement que ces artefacts confèrent au devenir de notre planète. Par choix : car, au regard de ces difficultés, certains designers et, plus largement, certains acteurs de ce champ, choisissent de redéfinir, par leur pensée et leur action, la place et le rôle que le design occupe dans l’essor de l’industrie depuis le XVIIIe siècle[3].

Néanmoins, l’évidence du lien design-écologie ne va pas sans poser plusieurs problèmes. Nous pouvons, à titre d’exemple, en pointer quatre. Ces difficultés, ce choix (ou le non-choix qu’accompagne le déni) amorcent-ils un « tournant » dans l’histoire conjointe du design et de l’écologie, auquel cas nous restons tout de même sur le chemin tracé depuis les origines de cette activité de conception et de cette discipline scientifique ? Ou sommes-nous face à une « bifurcation[4] », c’est-à-dire à un changement plus radical de cap ? Deuxièmement, le lien design-écologie introduit une tension inhérente à l’activité de projet. Étant donné qu’il ne s’agit pas de renoncer à répondre aux besoins des humains, l’écologie pousse plutôt à ralentir la production[5], comme c’est le cas pour le slow design, à éviter tout gaspillage et à viser une forme de frugalité[6]. Si cela n’implique pas l’abandon de toute recherche formelle et esthétique — dans la mesure où le caractère poétique des objets nous pousse à nous attacher à eux, à les faire durer — ce lien design-écologie ne réduit-il pas une forme de gratuité, de fantaisie que tout un chacun attend de son environnement ? Troisièmement, le lien design-écologie induit la prise en compte des humains et des non-humains. Si la considération des humains est explicitement placée au fondement du design inclusif, alors même qu’elle paraît consubstantielle au design, comment ce choix éthique peut-il inclure en outre les non-humains dans l’activité même de conception, c’est-à-dire en amont de l’effet dévastateur ou pas que les projets ont sur eux ? Enfin, le lien design-écologie est pensé à partir d’une définition scientifique originelle de cette dernière. En quoi et en quel sens une définition issue d’un des nombreux courants de l’écologie scientifique — écologie humaine, écologie du paysage, etc. — ou de l’écologie proche de l’anthropologie politique modifie-t-elle ce lien ? Suffit-il, comme nous tenons à l’interroger dans le titre de notre colloque, de mettre entre parenthèses un « s » à la fin du terme d’ « écologie » ? Quels sont les problèmes épistémologiques que pose ce lien ?

Nous pourrions donner d’autres exemples. Ces quatre-là suffisent pour indiquer que notre colloque a pour cadre l’anthropocène, le fait que nous sommes désormais entrés dans une ère où les activités humaines peuvent compromettre la survie de tout ce qui est humain et non-humain, et qu’il ambitionne d’opérer une sorte d’état des lieux du design et de ses acteurs aux prises avec l’écologie — le tout placé sous le sceau d’une critique constructive, propositionnelle, que nous envisageons d’élaborer, avec l’ensemble des participants. Entre lucidité et désespérance, il y a en effet place pour l’espérance.

  1. Pistes de réflexion

Axe 1. Écopoétique du design

Le propos critique que nous envisageons s’enracine dans la tension qu’introduit l’écologie dans la conception et la production[7].

Faire apparaître la beauté du monde peut constituer une autre façon de sensibiliser l’opinion publique, les politiques et décisionnaires, professionnels et industriels, à la nécessité de préserver le « terrestre », les biotopes, la faune et la flore[8]. Apparue dans les années 2000 dans le champ de la littérature[9], l’écopoétique littéraire se fait le relai d’un rapport sensible à l’environnement, aux paysages et aux organismes qui le peuplent, aux écosystèmes, aux entités naturelles (mers, océans et cours d’eau, montagne, forets, animaux, pierres, sols, etc.) Pour Julien Defraeye et Élise Lepage « l’écopoétique est une perspective théorique qui se donne pour objectif d’étudier la représentation littéraire des liens entre nature et culture, humain et non-humain[10]. »

Dans le champ du design, plusieurs démarches de création font preuve d’une attention portée au vivant, aux éléments (air, terre, feu, air), qui conduisent à envisager un rapport au terrestre autrement que sous l’angle de l’exploitation des ressources et de l’approvisionnement en matières premières. Le design n’est pas alors seulement envisagé comme un fournisseur de produits pour le commerce et l’industrie conduisant à inonder de ses produits le marché, les mers, la surface de la terre et ses sous-sols, mais comme une approche de création en phase avec les problématiques écologiques actuelles et susceptible d’envisager des alternatives à une production profondément destructrice des équilibres naturels. Les designers, à travers l’utilisation de matériaux naturels, biodégradables, régénératifs, la mise au point de recettes de biomatériaux, ne sont-ils pas également, avec leurs propres moyens (non ceux de la littérature mais ceux du design), en train de mettre en place un champ spécifique et d’inventer une convergence singulière du design et de l’écologie ? Une écopoétique spécifique au design serait-elle en train d’émerger ? De même qu’en littérature, d’où ce concept provient[11], une relecture des productions de design pourrait être possible sous le prisme de l’écologie et de la poétique. Dès lors, un équivalent de l’écopoétique littéraire en design est-il identifiable et quelles différences, écarts, avec lui ? Se pourrait-il qu’il en vienne à définir un genre à part entière ? Quel serait l’intérêt de faire exister cette catégorie inexistante jusqu’à ce jour dans le champ du design et de la formuler comme telle ?

Considérant cette hypothèse comme plausible, il conviendrait alors de conceptualiser ce champ, d’en définir les lignes directrices et les caractéristiques, mais aussi les possibles zones d’ombres, ambivalences et contradictions. Ce qui n’apparaissait peut-être pas aussi clairement jusqu’à présent, le concept d’écopoétique pourrait venir le révéler, parvenant à éclairer des démarches et propositions de design sous un jour nouveau et à faire apparaître des ramifications insoupçonnées.

Si l’écoconception peut être pensée sous l’angle d’un design résolvant des problèmes et apportant des solutions (« problem solving[12]  »), l’écopoétique pourrait permettre d’ouvrir des voies et de mettre l’accent sur des pistes délaissées par des approches donnant la priorité à un rapport essentiellement rationalisé aux situations. Car l’écopoétique n’est pas seulement de l’écoconception, ou disons que toute écoconception n’est pas nécessairement écopoétique. C’est possiblement ce qu’il pourrait être démontré.

Fait intéressant, les propositions des designers ne posent pas seulement des questions de fond mais aussi des questions de formes ; car il ne s’agit pas exclusivement d’apporter des solutions à un problème écologique mais d’envisager aussi les façons d’y remédier et de faire, conférant au facteur sensible une place prépondérante. S’il n’est pas le seul à être pris en considération, il constitue un facteur essentiel voire premier. Dès lors, quels seraient les critères de l’écopoéticité (caractère écopoétique) d’une production ? Comment dans le champ du design cette conscience du terrestre se manifeste-t-elle ? Quels rapports sensibles, écopoétiques et écopoïétiques, les designers ont-ils déjà inventé et sont-ils en train d’inventer et de travailler ? Un mouvement de fond est-il en train de se mettre en place de façon durable ? Assurément, la production d’artefacts qui vont dans le sens d’une écoute du terrestre, peuvent jouer un rôle de révélateurs de la beauté du monde et favoriser sa préservation.

Si dans le champ des études littéraires, un débat anime les chercheurs concernant la distinction entre écopoétique et écocritique[13] ou convergence des deux, il s’agira également d’interroger cette relation de l’écopoétique du design avec la théorie critique : une critique sous-jacente anime-t-elle l’écopoétique dans le champ du design ? Quelle est la nature de cette portée critique et comment se manifeste-t-elle ?

Relativement à cet axe, nous souhaitons mettre en œuvre un dialogue entre spécialistes de l’écopoétique littéraire et de l’écopoétique en design.

Axe 2. Matériaux, outils et médias du design

Comme nous l’avons souligné, le design entre, avec l’anthropocène, dans un moment très particulier de son histoire où la question d’une attention aux matériaux et aux outils devient cruciale pour une activité de conception qui se voudrait plus sobre. Écrire l’histoire du moment présent n’est sans doute pas de notre ressort mais, du point de vue critique qui est le nôtre, nous aimerions confronter des expériences liées à cette recherche de sobriété et tenter de les théoriser.

Faire face à l’écologie, c’est, nous le pensons, interroger certains présupposés du design concernant :

– les outils : le numérique, ses logiciels, ses services, etc.

– les matériaux : l’information, les langages de programmations, l’accessibilité aux ressources matérielles, le sourcing via des plateformes de distribution, etc.

– les médias : les serveurs, les espaces de stockage, tous les supports d’inscription qui, dans le processus du design, marquent eux aussi le monde.

 

S’il s’agit de penser le design comme inévitablement intriqué à la matière, il devient de plus en plus difficile pour les designers d’appréhender l’impact de leurs pratiques du fait de la complexité grandissante des outils et médias qui les supportent. À tous les niveaux — matériaux, médias, outils — évaluer les enjeux écologiques semble de plus en plus complexe, voire techniquement impossible. La réalité matérielle des médias, le poids des données et la complexité des systèmes se confrontent à la nature même de la pratique : faire des formes implique des outils, des matériaux, des médias qui sont eux-mêmes le produit du design et, de ce fait, héritent de leurs impacts environnementaux. Dans ce contexte, comment peut-on penser faire la révolution écologique par écrans interposés ? À quel endroit placer le curseur du jugement éthique dans la pratique du design ? Qualifié par Benjamin Bratton de Stack, à l’empilement des environnements techniques[14] « qui vont du local au mondial et du géo-mécanique au phénoménologique : Terre, Cloud, Ville, Adresse, Interface et Utilisateur[15] », s’ajoute l’inscription de la pratique du design dans un système complexe où projeter devient quasi synonyme de modélisation. Or, si pour les précurseurs de la théorie des systèmes[16], la modélisation est une affaire de données concrètes, quantifiables et mesurables, qu’en est-il de la responsabilité collective qu’implique l’infléchissement de l’agir humain ? Doit-on, si tant est que l’on puisse le faire, mesurer l’impact du design simplement par ses matières premières ? Ses matériaux ? Ses idées ? Son projet ?

Pour la philosophie de la responsabilité collective, l’écologie est une affaire d’agir humain et d’impératif de l’existence de l’humain[17]. Or la définition d’un design anthropocentrique place celui-ci comme gouvernant les comportements humains. Les designers se placent eux-mêmes dans une volonté d’infléchir les gestes, d’altérer les manières de faire ou encore d’augmenter les capacités humaines. Si l’on observe l’attitude des designers vis-à-vis des enjeux environnementaux, il semble que la volonté du faire éthique soit synonyme de faire moins ; sobriété énergétique, sobriété formelle, DIY, etc. Dès lors, faire des formes modestes ne semble-t-il pas aux antipodes d’une volonté de placer le design comme garant et/ou déterminant des paradigmes d’un système complexe ? En d’autres termes, comment peut-on (ou doit-on) réconcilier les pratiques de DIY, d’upcycling, de réappropriation des outils avec des enjeux environnementaux qui dépassent largement l’habitat immédiat ? N’en résulte-t-il pas un décalage entre l’intention et la finalité formelle : l’intention d’un design total, capable de changer le monde, de transformer les paradigmes fondamentaux du système contre une frugalité formelle, des petits objets DIY, des bricolages ?

En dernier lieu, et dans une perspective critique des systèmes[18], le design n’échappe pas au besoin concret d’optimisation[19] et de visibilité. Non seulement, rendre visible des pratiques écologiques sur les réseaux sociaux suppose déjà un paradoxe éthique, mais implique plus insidieusement un rejet du champ du design de tout ce qui remettrait en question le fait que le design soit éthique. Dans le champ du UX/UI, penser la publicité ciblée, les dark patterns, le A/B testing comme relevant du design d’interfaces suppose que tout ce qui conduirait à une exploitation, à l’aliénation des usagers, au digital labor, à une violence systémique relève d’autre chose que du design. Si c’est le cas, de quel type de pratique s’agit-il ? Peut-on scinder l’histoire militaire de nos réseaux[20] de la pratique du design ? Qu’en est-il de tous nos objets connectés et services d’intelligences artificielles[21], ne relèvent-ils pas également d’un type de design ?

La modalité pourrait être celle d’une table-ronde mêlant cas d’étude et réflexion théorique ou celle d’un atelier.

Axe 3. Écologie et déontologie

La critique qui nous intéresse s’ancre également dans la question éthique que soulève le lien design/écologie. Dans notre théorie critique du design, nous distinguons entre éthique normative, pragmatiste et responsive.

L’éthique normative regroupe une catégorie d’acteurs — William Morris et John Ruskin, Jacques Viénot et Étienne Souriau, par exemple — qui mènent une critique du design au nom de l’esthétique (défaillante ou trompeuse), de l’économie — Tomás Maldonado, Ettore Sottsass —, ou d’une morale jugée défaillante directement de la morale défaillante : le design étant par définition rusé ou factice, la responsabilité morale du designer étant dissoute dans l’équipe, le patronat, etc. — nous pensons à Vilém Flusser, ou à Victor Papanek[22]. En effet, c’est au nom de principes transcendants, qui entrent en contradiction avec la pratique du design, que cette critique est menée. Il s’agit en quelque sorte d’édicter des règles de conduite : une Charte de l’esthétique industrielle, par exemple, dans le cas de Jacques Viénot et Étienne Souriau. Or, force est de constater que cette éthique normative ne fonctionne pas[23].

L’éthique pragmatiste se veut immanente au design et part des acteurs eux-mêmes. Inspirée de John Dewey (1859-1952), d’après qui l’être humain ne peut se réaliser que dans un cadre social (travail, vie avec les autres, etc.), elle se fonde sur l’idée de « réflexivité » par rapport à la pratique du design, un protocole d’enquête portant sur la « responsabilité », la « délibération morale », les « habitudes de pratiques », si l’on suit le propos de Karel Brunel[24]. L’idée est que les designers (graphistes) se fondent sur un « réseau », c’est-à-dire une somme de représentations en matière d’attendus (ce qu’ils doivent faire, ne pas faire, etc.) qu’ils remettent en question à un moment donné de l’exercice de leur métier et qu’ils vont reconfigurer, élaborer à nouveau, perfectionner. Cette éthique fonctionne plus ou moins, mais à bas bruit.

L’éthique responsive, inhérente à la théorie critique du design, partage avec l’éthique pragmatiste l’idée que si éthique professionnelle il y a, elle ne se présente pas d’elle-même. Mais notre théorie critique pose que, pour l’établir, il faut la repérer par une enquête de type sociologique, à travers des entretiens et leur analyse. Elle part de ce qu’est une déontologie, de la nature des règles que cette dernière recouvre, de ce qu’on appelle un cas de conscience[25].

Or, quand on questionne les designers sur la manière dont ils considèrent l’éthique — leurs cas de conscience, leurs manières d’intégrer des garde-fous moraux aux projets qu’ils acceptent de faire ou pas, leurs façons de résister ou de ruser pour vivre de leurs projets tout en restant fidèles à leurs valeurs, etc.— on s’aperçoit qu’une majorité d’entre eux posent une équivalence entre éthique et comportement écologique[26]. Et cela en est au point que certains souhaitent voir émerger une déontologie professionnelle fondée sur ces principes.

Cette proposition est à discuter. Mais, si celle s’avère fondée, ne s’agirait-il pas de formuler cette déontologie professionnelle écologique ce qui, en partant des propositions, pourrait donner lieu à un atelier d’écriture de cette déontologie du design ?

Axe 4. Écologie et enjeux épistémologiques spécifiques au design

Si certaines actions sont à saluer, telle la reconnaissance des océans comme entité juridique[27], d’autres projets et ambitions semblent aller à contre-courant de ce qu’il faudrait faire en matière d’écologie, d’autres encore relèvent du déni conduisant à fermer les yeux sur la réalité.

Si, comme le remarque Salomé Saqué, « parler d’inégalité sociale et d’urgence climatique est désormais perçu comme un acte militant[28] » conduisant à « prendre un risque », quelle est la nature de ce risque et par quelle tour de passe-passe rhétorique l’écologie deviendrait-elle suspecte alors que son projet est de protéger les écosystèmes y compris les êtres humains qui en font partie ? L’invention des formules d’ « écoterrorisme » et de « terroriste écologiste » dit en réalité toute l’importance de l’écologie et de sa puissance subversive. Au regard d’un possible mépris envers l’écologie, et du rejet de certaines grandes puissances mondiales à son égard, il s’agit plus que jamais d’interroger cette notion et les relations entre design, vivant, biotopes et écosystèmes, industrie et écologie.

Comment faire « face à Gaïa[29] » ou avec elle ? Toute la question est de savoir quelle(s) position(s) les designers apportent au regard de ces enjeux. Sont-ils unanimes ? Vont-ils tous dans le même sens ou des singularités sont-elles à pointer ? Inventent-ils des manières de faire moins nocives ? Quelles leçons tirer de leurs pratiques ? Les designers sont-ils en train d’inventer « une éthique pour la nature », pour paraphraser l’ouvrage d’Hans Jonas[30] ?

Il nous semble en outre important d’élargir la question de l’écologie à des écologies et d’envisager non pas seulement le concept d’écologie tel que l’a forgé la société occidentale, mais aussi d’appréhender des écologies diverses, vues par d’autres, tel Philippe Descola dans Politiques du faire-monde[31]. Différents types d’écologies peuvent être identifiées : écologie politique[32], écologie sociale[33], écologie culturelle[34], écologie de l’attention[35] ? Comment, au regard de ces différents champs, le design se positionne-t-il ?

Dans le champ du design plusieurs termes ont émergé comme « écoconception[36] », « écodesign[37] », « écodesign social[38] », « design écologique », « écologie de l’environnement artificiel[39] », « écologie de l’art[40] » qui attestent de ce rapprochement du design et de l’écologie, mais tous ces termes sont-ils équivalents ? Et qu’englobent-ils ou priorisent-ils ? Quelles distinctions opérer ?

Même si les tensions entre le design et l’écologie sont grandes, car le design est historiquement lié à l’industrie et au développement technique et technologique, certains auteurs et théoriciens de ce champ ont déjà développé des propos écologiques sans pour autant qu’ils aient toujours été identifiés comme tels. D’un point de vue épistémologique, il s’agit ainsi d’opérer cette archéologie des concepts et des théories, textes de références, caractéristiques et fondateurs d’une théorie écologique du design et de ce que l’on peut appeler de façon générale le « design écologique ».

Nous pouvons en repérer quelques jalons. Depuis William Morris, les écrits se succèdent attestant de la nocivité de l’industrie capitaliste sur la nature et les écosystèmes. Comme le soulignait déjà un ouvrage collectif La terre outragée. Les experts sont formels ! datés de 1992, les méfaits de l’activité humaine occidentale sur les biotopes est reconnue depuis longtemps. Identifier et retracer ces mises en garde et le rôle qu’ont pu jouer à cet égard les designers, théoriciens du design, dans cette prise de conscience, peut constituer une entrée possible pour ce colloque.

Ezio Manzini dans son ouvrage Artefacts : vers une nouvelle écologie de l’environnement artificiel[41] indiquait également dans les années 90 : « Il faut admettre que l’ensemble de la production humaine doit s’insérer dans des cycles de transformation de la matière et de l’énergie qui perturbent le moins possible la production et la reproduction des cycles naturels grâce auxquels notre existence est possible. Cependant, poser ce problème ne signifie pas seulement introduire des contraintes dans un système donné. Cela signifie aussi inventer de nouvelles configurations[42]. »

Soulignons que des auteurs précurseurs ont ainsi préparé le terrain de cette rencontre design et écologie à l’instar d’Ivan Illich, de Jacques Ellul[43] ou encore de Victor Papanek. Rappelons aussi l’existence de textes d’artistes-designers-architectes-théoriciens du design qui ont permis à cette question d’exister et d’être interrogée. L’identification de ces sources est centrale afin de constituer les bases d’une bibliographie commune et l’affirmation d’un cadre conceptuel identifié et repérable.

Chemin faisant, il nous incombe de faire la lumière sur de possibles confusions conceptuelles entre notamment les notions d’écologie et d’environnement. En quoi ces deux concepts disent-ils des choses différentes à l’égard du design ? L’ancrage des concepts est fondamental ; identifier leurs sources ne l’est pas moins. De même, les différentes acceptions du terme d’environnement pose question au regard du double sens qu’il peut avoir et de son caractère polysémique. La notion d’environnement qui intègre la dimension écologique, l’envisage parfois autrement. L’institut de l’environnement[44], école charnière entre d’un côté la HfG d’Ulm et de l’autre les UPC d’architecture et les écoles nationales supérieures de design, n’était pas une école à proprement parler centrée sur une pédagogie de l’écologie au sens actuel du terme. Autre exemple, le parcours de formations « Design et Environnements[45] » de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, initié par Pierre-Damien Huyghe, a contribué à mettre en relation ce concept avec celui de design, contribuant à faire exister la notion d’environnement dans les intitulés de formations spécialisées en design. En 2026, au sein de cette même université, le séminaire de théorie critique du design dédié à l’habitabilité du monde, tente de tracer une troisième voie entre la Terre (que l’être humain est censé habiter en poète) et l’Environnement (saisi au prisme de l’écologie humaine[46]).

Dans quels sens le mot écologie peut-il être employé ? À partir de quel moment peut-on qualifier une proposition d’écologique ? Le design le plus écologique est-il nécessairement celui qui ne produirait rien[47] ?

Nous attendons des propositions qu’elles constituent quelques jalons sur le chemin de ce travail épistémologique.

Axe 5. Traductions sensibles du nœud Design-Écologies

Avoir une entrée critique dans les liens problématiques que nouent design et écologies ne suffit pas. Encore faut-il que les questions, les argumentations, produites, les concepts élaborés puissent être traduits de façon plus sensible, en ayant recours à des médias artistiques. Nous pensons au roman-graphique, aux expérimentations graphiques, au théâtre-performance, au court-métrage, à l’essai vidéo, aux interfaces, à la visualisation de données, etc. Nous en appelons donc à traduire de façon sensible une situation mêlant design et écologie, donnant lieu à une éventuelle proposition élaborée lors du colloque et présentée en fin de seconde journée. Tous les médias sont admis, les meilleures propositions retenues par les organisateurs seront publiées sous format électronique dans les actes du colloque et la meilleure d’entre elles sera dotée d’un prix de 1500 euros pour aider à la réalisation

Modalités de soumission et calendrier

Les propositions se rattachent à un axe précis et à un format donné (voir ci-dessus), qu’elles mentionnent explicitement. En effet, notre ambition est de rassembler, autour des questions du design et des écologies, designers, chercheurs, usagers, en faisant évoluer les formats académiques et en proposant, aux côtés d’interventions classiques, qui conservent leur place, d’autres modalités de soumission. Les propositions peuvent être rédigées dans les trois langues du colloque, c’est-à-dire en anglais ou en espagnol et, bien évidemment, en français. Elles ne dépasseront pas 3500 signes (espaces compris).

Le calendrier est le suivant :

17 avril 2026 : les propositions (de 3 500 signes), en anglais, espagnol ou français, sont à adresser aux organisateurs du colloque : catherine.chomarat@univ-paris1.fr, sophie.fetro@univ-paris1.fr, Kim.Sacks@univ-paris1.fr

Elles comporteront un titre et indiqueront quelle(s) piste(s) le propos explore. Elles seront accompagnées d’une présentation de l’autrice ou de l’auteur en quelques lignes : qualité, rattachement institutionnel ou lieu d’exercice de la profession, une ou deux références bibliographiques, un ou deux projets de design, etc.

15 mai 2026 : réponses après examen, de façon anonyme, des propositions

30 juin 2026 : programme du colloque

26 et 27 novembre 2026 : colloque

Les dates relatives à la publication des actes du colloque — envoi des articles, expertise, etc. — seront communiquées ultérieurement. L’objectif est de publier l’ouvrage issu de notre travail collectif au printemps 2027.

Le colloque se tiendra les 26 et 27 novembre 2026, au Campus Condorcet, l’Auditorium 150, à Paris (Centre des colloques, Place du Front populaire, 93 320 Aubervilliers).

Comité en charge de la sélection

  • Catherine CHOMARAT-RUIZ, Professeure des Universités (PR), Philosophe, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, École des arts de la Sorbonne, Institut ACTE (UR7539)
  • Sophie FETRO, Maître de conférences HDR, théoricienne du design, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, École des arts de la Sorbonne, Institut ACTE (UR7539)
  • Kim SACKS, Maître de conférence, théoricien des arts et médias, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, École des arts de la Sorbonne, Institut ACTE (UR7539)

Notes

[1] Pour une définition opératoire du design, voir Catherine CHOMARAT-RUIZ, À l’écoute du design, une théorie critique, Bagnolet, L’Échappée belle, 2025, p. 19. La paternité de la définition de l’écologie remonte à Ernst Haeckel, dans l’ouvrage intitulé Morphologie générale des organismes [1866] ; rééd. Paris, Hachette, 2012.

[2] Pour mieux saisir le lien entre matériaux et design : Collectif DAM, « Matière/matériau(x)/Médium : des controverses fécondes », dans Revue Design, Arts, Médias : https://journal.dampress.org/issues/matiere-materiau-x-medium-des-controverses-fecondes, consulté le 16 février 2026.

[3]Nous pensons notamment à : Hors Studio, Ariane Prin, Mathilde Pellé, Jules Levasseur, L’Atelier TAC (Florien Délépine), Lucile Viaud, Philippe Riehling.

[4] Tel était le thème retenu par la Biennale Internationale du design de Saint-Étienne en 2022 : cf. https://www.biennale-design.com/saint-etienne/2022/fr/ledition-2022/le-parcours-des-bifurcations, consulté le 16 février 2026.

[5] Sur ce point : Timothée PARRIQUE, Ralentir ou périr. L’économie de la décroissance, Paris, Seuil, 2022.

[6] Voir notamment Serge LATOUCHE, L’abondance frugale comme art de vivre ; bonheur, gastronomie et décroissance, Paris, Rivages, 2020 ; Navi RADJOU, Économie frugale : Construire un monde meilleur avec moins, Paris, Pearson France, 2025 et Jacques TIBERI, Archi douce : Penser la ville low-tech ; Convivialité, bio-îlots et bâti frugal, Paris, Dandelion, 2024.

[7]Sophie FÉTRO, Poétique du design. Recherche sur les conditions de son émergence, mémoire de synthèse, Habilitation à diriger des recherches, Novembre 2024.

[8] Sur l’écopoétique du design, Sophie FÉTRO, Design du peu. Approches poétiques et critiques d’une conception frugale du design, Bagnolet, L’échappée belle, à paraître (2026) ; la question du terrestre renvoie à Bruno LATOUR, Face à Gaïa, Paris, La découverte, 2015.

[9]Sara BUEKENS, « L’écopoétique : une nouvelle approche de la littérature française », Elfe XX-XXI [En ligne], 8 | 2019, mis en ligne le 10 septembre 2019, consulté le 15 juillet 2024. URL : http://journals.openedition.org/elfe/1299 ; DOI : https://doi.org/10.4000/elfe.1299

[10]DEFRAEYE Julien et LEPAGE Élise, « Présentation ». dans Études littéraires, 48(3), 7–18, 2019. https://doi.org/10.7202/1061856ar

[11]Christine MARCANDIER, L’écopoétique, Paris, PUF, 2025.

[12]Gui BONSIEPE, « Arabesques of Rationality. Notes on the Methodology of Design. The Present Status of Design Methodology », dans ulm 19/20, août 1967, p. 9, p. 17 et p. 22.

[13]Michel COLLOT, « Écocritique vs écopoétique ? », Acta fabula, vol. 24, n° 6, Essais critiques, Juin 2023, URL : https://www.fabula.org/ revue/document16626.php, article mis en ligne le 03 Juin 2023, consulté le 09 Octobre 2024, DOI : 10.58282/acta.16626

[14]À ce sujet, voir : Kim SACKS, « De la logique à l’algorithme : la traduction dans le design de programmes », Appareil, 24 | 2022, (mis en ligne le 18 juillet 2022, consulté le 27 juillet 2022). URL : http://journals.openedition.org/appareil/4732 ; DOI : https://doi.org/10.4000/appareil.4732

[15]Benjamin H. BRATTON, Le stack. Plateformes, logiciels et souveraineté, Grenoble, UGA Éditions, coll : « Savoirs littéraires et imaginaires scientifiques », 2019, p. 145.

[16]Nous pensons entre autres à l’influence notable de Donella H. MEADOWS, Dennis L. MEADOWS, Jørgen RANDERS, William W. BEHRENS III, The Limits to Growth, New York, Potomac Associates Books – Universe Books, 1972.

[17]A ce sujet, Hans JONAS, Le Principe responsabilité. Une éthique pour la civilisation technologique, trad. de l’allemand par Jean Greisch, Paris, Éditions du Cerf, 1990.

[18]A ce sujet, Kim SACKS, Victor GUÉGAN « Pour une approche critique des systèmes », dans Kim SACKS, Victor GUÉGAN (dir.), Systèmes : logiques, graphies, matérialités, Revue Design Arts Medias, 04/2022, (consulté le 18/02/2026), URL : https://journal.dampress.org/issues/systemes-logiques-graphies-materialites/pour-approche-une-critique-des-systemes

[19]Nous entendons par optimisation la correspondance entre l’intention, la forme et la mise en œuvre matérielle.

[20]A ce sujet, Tung-Hui HU, A Prehistory of the Cloud, Cambridge, The MIT Press, 2015.

[21]A ce sujet, Kate CRAWFORD, Atlas of AI : Power, Politics, and the Planetary Costs of Artificial Intelligence, New Haven, Yale University Press, 2021.

[22] MORRIS William, The collected Works of William Morris, Cambridge Library Collection, Literary Studies, 2012. Du même auteur : L’Art et l’artisanat d’aujourd’hui [1884], Paris, éd. Rivages, coll. Petite bibliothèque, 2011. RUSKIN John, The Seven Lamps of Architecture (1849) ; rééd., RUSKIN John, Les Sept lampes de l’architecture, Paris, Klincksieck, coll. L’esprit des formes, 2008. SOURIAU Étienne (et al.) L’Esthétique industrielle, Paris, PUF, 1952.MALDONADO Tomás, La Formation du designer, 1958 : https://docplayer.fr/12486930-Thomas-la-formation-du-maldonado-designer-1958.html, consulté le 7 juillet 2022. SOTTSASS Ettore, « Il Controdesign » dans Rassegna n° 22/23, 1972 ; rééd. « Le Controdesign », MIDAL Alexandra, Design, l’anthologie 1841-2007, Paris, Cité du design, 2013, p. 294-295. Ou encore : Lettre aux designers, MIDAL Alexandra, Design, l’anthologie, Design, l’anthologie 1841-2007, Paris, Cité du design, 2013, p. 412-413 ; « Mi diconno che sono cattivo », Casabella n° 376, 1973 ; rééd. MIDAL Alexandra, Design, l’anthologie, Paris, Cité du design, 2013. Voir aussi : FLUSSER Vilém, Petite philosophie du design, Belval, Circé, 2002, et PAPANEK Victor, Design for the real world, Toronto/New York/London, Bantam Books, 1971 ; rééd. Design pour un monde réel, Paris, Mercure de France, coll. Environnement et société, 1974 ; rééd. Design pour un monde réel, Dijon, Les Presses du réel, 2022.

[23] Sur les raisons de cet échec, voir Catherine CHOMARAT-RUIZ, À l’écoute du design, une théorie critique, op. cit., p. 85-97.

[24] BRUNEL-LAFARGE Karen, Le designer graphique et les sens de la responsabilité : étude descriptive de la modélisation morale du praticien, Paris, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, thèse de doctorat soutenue sous la direction de Bernard Darras, 2018.

[25] Catherine CHOMARAT-RUIZ, À l’écoute du design, une théorie critique, op. cit., p. 98-104.

[26] Catherine CHOMARAT-RUIZ, « Présentation », dans Catherine CHOMARAT-RUIZ (dir.), Le design et ses pratiques (volet 2). De la reconnaissance à l’action, Revue Design Arts Medias, 01/2024, (consulté le 19/02/2026), URL : https://journal.dampress.org/words/le-design-et-ses-pratiques-volet-2-de-la-reconnaissance-a-laction/presentation

[27]https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053407306

[28]Salomé SAQUÉ, Résister, Paris, Payot, 2024, p. 7.

[29]Bruno LATOUR, Face à Gaïa, Paris, La découverte, 2015.

[30]Hans JONAS, Une éthique pour la nature, Paris, Arthaud poche – Les fondamentaux de l’écologie, 2017

[31]Philippe DESCOLA, L’Écologie des autres. L’anthropologie et la question de la nature, Paris, éditions Quae, 2011 ; rééd. aux mêmes éditions en 2016. Du même auteur : Politiques du faire-monde. Une contribution anthropologique à la cosmopolitique, Paris, Seuil, coll. Les livres du nouveau monde, 2025. .

[32]Eric WOLF, “Ownership and Political Ecology”, Anthropological Quarterly, 45 (3), 1972, p. 201-205.

[33]Thibault SCOHIER, « L’écologie sociale de Murray Bookchin », dans revuepolitique.be , 27 octobre 2019 (consulté le 24 janvier 2026).

[34]Laurent GERVEREAU, Ici et partout. Trois essais d’écologie culturelle, Paris, 2010 ; Une histoire générale de l’écologie en images, Paris, 2011.

[35]Yves CITTON, Pour une écologie de l’attention, Paris, Seuil, 2014.

[36]Maxime FAVARD, Gwenaëlle BERTRAND, Poïétiques du design. Éco-conception ?, Paris, L’Harmattan, 2015.

[37]Sophie FÉTRO, « Éco-design : une tautologie ? », dans Maxime FAVARD, Gwenaëlle BERTRAND, Poïétique du design. Éco-conception ?, op. cit. p. 25-42,

[38]Ludovic DUHEM et Kenneth RABIN (dir.), Design écosocial – Convivialités, pratiques situées et nouveaux communs, Paris, Les Presses du Réel, 2018.

[39]Ezio MANZINI, Artefacts : vers une nouvelle écologie de l’environnement artificiel, Paris, Centre Pompidou, 1992.

[40] Anne SANTINI, Léa DJURADO, « Penser et vivre une écologie de l’art », dans CHOMARAT-RUIZ, Catherine (dir.), Cycle de conférences/rencontres avec des chercheurs (5), Revue Design Arts Medias, 06/2025, (consulté le 24/01/2026), URL : https://journal.dampress.org/words/cycle-de-conferences-rencontres-avec-des-chercheurs-5/penser-et-vivre-une-ecologie-de-l-art

[41]Ezio MANZINI, Artefacts : vers une nouvelle écologie de l’environnement artificiel, Paris, Centre Pompidou, 1991.

[42]Ezio Manzini, Artefacts : vers une nouvelle écologie de l’environnement artificiel, op. cit., p. 122.

[43]Patrick TROUDE-CHASTENET, « Jacques Ellul, précurseur de l’écologie politique », Écologie et Politique, no 22,‎ printemps 1998, p. 105–129.

[44]Tony CÔME, L’Institut de l’Environnement : une école décloisonnée. Urbanisme, architecture, design, communication, Paris, B42, 2017.

[45]L’intitulé du parcours de formation « Design et Environnements » a succédé à l’appellation « Arts appliqués », a été créé par Pierre-Damien Huyghe en 2012 avant de donner lieu en 2016 au parcours « Design, Arts médias » (fusion des parcours « Design et Environnements » et « Arts et Médias numériques »).

[46] Ce séminaire se tient sous la conduite de Catherine Chomarat-Ruiz. Toutes les notes de travail sont disponibles sur HAL-Archive ouverte.

[47]Thomas LIECHTI, « Écologie : Produire ou ne pas produire, telle n’est pas la question », publié le 6 juillet 2019 dans Environnement-Marxisme. URL : https://lavantgarde.fr/ecologie-produire-ou-ne-pas-produire-telle-nest-pas-la-question