Revue « Filigrane »

Archives musicales queer

Réponse attendue pour le 30/06/2026

Type de réponse Résumé

Type de contribution attendue Article

Nom de la publication Revue « Filigrane »

Coordinateurs

Dans le sillage de la musicologie critique et des théories queer (De Lauretis 1990, Butler 1990), un nouveau champ d’étude s’est développé autour des interactions politiques entre sexualités, genre, musique et son (depuis l’ouvrage fondateur Queering the Pitch en 1994, jusqu’au Oxford Handbook of Music and Queerness en 2022, pour n’en citer que quelques-uns). Pourtant, la question des archives reste marginale dans ces travaux, plus axés sur des approches théoriques et analytiques.

Les études sur la musique ne se sont pas encore saisies des interrogations archivistiques issues des études et milieux queer et féministes. Récemment, de nouvelles dynamiques politiques et historiographiques ont ainsi abouti à la création de centres d’archives militantes et communautaires – on pense, entre autres, pour la France aux Centre archives LGBTQIA+ de Paris, aux archives du féminisme d’Angers, ou encore à l’Archivo de la Memoria Trans en Argentine (Bourcier 2025). Toutefois, il ne s’agit pas uniquement, pour les militant·es, artistes et chercheur·euses à l’origine de ces initiatives, de « classer », remettre de l’ordre ou encore remettre en lumière des archives englouties par les structures biopolitiques de nos sociétés. Ces initiatives, pensés conjointement à l’édification de nouveau cadres théoriques, s’accompagnent en effet d’un important renouvellement épistémologique sur la nature et les usages des archives (Cvetkovich 2003, Watts 2018, Benarrosh-Orsoni 2018, Graille 2019, Faure 2021, Bard et al. 2023). On pense par exemple à « l’analyse queer des débris » suggérée par Gina Watts, aux façons de conserver les archives sur le fil d’un souvenir reconstitué, partiel et non chronologique (Watts 2018, p. 107), ou à tous les autres subterfuges nécessaires pour combler en les reconstituant les espaces fragmentaires des vies non chrono-normatives (Freeman 2010). Les combler, voire les déformer dans la pratique même de l’archive, les « tordre […] dans tous les sens pour résister à l’inclusion des histoires LGBTI+ dans certains agendas nationalistes et impérialistes aux États-Unis et en Europe » – et surtout de les faire à nouveau circuler, comme le préconise Sam Bourcier, et, dans notre cas, de les faire écouter : « Qu’apprend l’oreille et non plus l’œil ? » (Bourcier 2025, p. 55).

Dans la continuité des réflexions engagées dans le no 29 de Filigrane, « À l’écoute de l’archive : usages artistiques des traces sonores », et dans le sillage d’une historiographie contemporaine nourrie par les travaux de Michel Foucault (1969), Pierre Nora (1984), Arlette Farge (1989) et Jacques Derrida (1995), ce numéro spécial entend ouvrir un chantier sur les archives musicales queer, largement délaissées par la musicologie. Le manque de travaux sur ces sujets semble inversement proportionnel à l’importance de la musique dans les cultures et les luttes LGBTQIA+ et féministes (Cantillon et al. 2017, Reitsamer 2020), qu’il s’agisse des scènes musicales actuelles, de création contemporaine, de spectacles vivants ou de réactualisation d’un passé militant.

Les articles de recherche, de recherche-création, les textes d’artiste, les entretiens ou encore les notes de terrain pourront s’inscrire dans un ou plusieurs axes de réflexion suivants :

Pistes de réflexion / Axes de recherche :

Pratique et éthique de l’archivage

Cet axe invite à engager une réflexion sur le large spectre des « technologies archivales » (Bourcier 2025, p. 200), sur les rapports de pouvoir entre les archivé·es et les archiveur·euses, ou encore sur enjeux de la création et de l’usage des archives musicales queer ; plus largement, à réfléchir sur l’éthique de l’archivage musical, et des phases qui précèdent à son élaboration (archivalisation, archivation, Keteelar 2006).

Archives matérielles : cartographier les traces

Dans une perspective de visibilisation, nous encourageons à proposer des études de cas fondées sur des corpus archivistiques de différentes provenances : des fonds institutionnels et inventoriés à toutes les formes d’archives moins visibles et structurées, méconnues, privées, associatives, etc.

Créations d’archives vivantes

Ce numéro sera également l’occasion de produire de nouvelles archives, à partir de mémoires vivantes, militantes, artistiques ou institutionnelles. Il pourra s’agir de notes de terrains abordées sous l’angle de l’anthropologie culturelle, de l’auto-théorie, ou de l’anamnèse émotionnelle.

Archives et création sonore et artistique

Enfin, nous accueillerons des propositions rendant compte de créations musicales et sonores fondées à partir d’archives queer, ou sur les œuvres témoignant d’une telle intention archivistique. Une place sera également faite aux propositions qui entendent renouveler les formes séculaires de discours académiques, pouvant intégrer des médias audiovisuels, des carnets de recherche ou de création, des scenarii, etc.

Modalités de contribution

Consignes

Les articles peuvent être rédigés en français ou en anglais.

Le comité scientifique sera particulièrement attentif au cadre théorique et empirique mobilisé, ainsi qu’à l’originalité des propositions. Par ailleurs, le texte devra être accompagné d’une courte présentation bio-bibliographique de quelques phrases et, le cas échéant, des publications scientifiques les plus représentatives de l’auteur. Nous encourageons particulièrement les jeunes chercheur·euses à proposer des articles. Nous invitons les personnes intéressées à nous solliciter en amont pour toute question ou demande de précision si nécessaire.

Les propositions doivent inclure :

  • Titre
  • Nom et affiliation de(s) auteur(s)
  • Texte jusqu’à 1 000 mots maximum
  • 5 mots-clés
  • Biographie courte jusqu’à 350 mots

La révision linguistique du texte sera la responsabilité des auteurs. Les auteurs doivent respecter les consignes de la revue.

Pour toute question veuillez contacter s.filigrane [at] gmail.com

Calendrier

  • Réception des propositions/abstracts : 30 juin 2026
  • Sélection des contributions : 31 juillet 2026
  • Réception d’articles complets : 31 janvier 2027
  • Retours aux auteurs des deux relectures : 31 mars 2027
  • Envoi de la version définitive après révision : 31 mai 2027
  • Publication : début novembre 2027

Envoi de propositions et contact

  • Caroline Boë : s.filigrane@gmail.com
  • Jérémy Michot : jeremy.michot@univ-tours.fr
  • Catherine Deutsch : catherine.deutsch@univ-lorraine.fr
  • Maria Teresa Betancor Abbud : maria-teresa.betancor-abbud@univ-lorraine.fr

Direction du numéro

  • Jérémy Michot (ICD, université de Tours)
  • Catherine Deutsch (CRULH, université de Lorraine / IUF)
  • Maria Teresa Betancor Abbud (CRULH, université de Lorraine)