Articuler genre et sexualité

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Informations éditées à partir d’une annonce Calenda.

Réponse attendue pour le 27/01/2026

Type de réponse Résumé

Type d’événement Colloque

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Dates de l’événement
  • Du au

Lieu de l’événement Centre des colloques, Campus Condorcet, Place du Front Populaire , Aubervilliers 93300, France

Dans le domaine des sciences sociales, il semble communément admis que le genre et la sexualité sont liés. Tous les ouvrages de synthèse ou manuels en langue française consacrés à l’un ou l’autre thème le rappellent, généralement dans un chapitre dédié. Pour autant, parmi les travaux portant sur des objets relevant de ces deux champs thématiques, rares sont ceux qui analysent en détail leurs possibles imbrications. L’objectif de ce colloque est ainsi d’approfondir la réflexion sur les façons dont s’articulent le genre et la sexualité dans les conceptions aussi bien ordinaires que savantes.

Dans les pays d’Amérique du Nord et d’Europe, sur le plan des savoirs, la sexualité et le genre (du moins son idée, avant l’invention du terme) ont fait l’objet d’une séparation progressive au cours du XXe siècle, qui a donné lieu au développement de domaines d’études majoritairement distincts, même si des dialogues n’ont jamais cessé. À l’apparition de la notion d’homosexualité dans le champ de la médecine et de la sexologie à la fin du XIXe siècle, celle-ci est pensée comme inversion sexuelle, ne séparant donc pas genre et sexualité (par exemple Chauncey, 1982-1983). La pensée féministe de l’époque ne les dissocie pas non plus (Binhammer, 2002) et continuera de prendre la sexualité pour objet (Möser, 2022). Peu à peu, la conception savante de l’orientation sexuelle s’autonomise, en particulier dans les travaux sur la sexualité, même si la pensée médicale de l’homosexualité reste hybride au cours de la première moitié du XXe siècle (Martin, 1993). La création du concept de genre par John Money dans les années 1950 à propos de l' »hermaphrodisme » ne le sépare pas de la sexualité, à l’inverse du psychologue Robert Stoller la décennie suivante qui œuvre à distinguer les « transsexuels » des homosexuels (Fassin, 2008). Mais la clinique du « transsexualisme » reste alors hantée par la question de la sexualité (Hérault, 2010), comme le fut celle de l' »hermaphrodisme » au cours des siècles précédents (Foucault, 2025). C’est le développement des études féministes des années 1970-80 qui finit de valider (provisoirement) la distinction entre genre et sexualité. Dans le cadre des controverses qui opposent une partie des féministes étatsuniennes à d’autres qualifiées péjorativement de « pro-sexe », Gayle Rubin prend position pour étudier séparément les deux domaines, non par rigidité intellectuelle mais dans le but de favoriser les recherches sur la sexualité (Rubin, 2010 [1984]). Ce contexte incite alors à penser les orientations sexuelles comme indépendantes du genre, facilitant l’analyse et la validation politiques des identités homosexuelles et trans (Valentine, 2004), y compris après l’émergence de la théorie queer dans les années 1990.

À partir des années 2000, certain.es auteur.ices commencent à (re)poser explicitement la question de l’articulation entre genre et sexualité. Cette réorientation découle du constat que les catégories mêmes de « genre » et de « sexualité » limitent la production du savoir alors qu’elles façonnent conjointement les expériences vécues, rendant nécessaire une réflexion sur leurs frontières et leurs codéterminations (Stein, 2004 ; Valentine, 2004). Les deux domaines peuvent être pensés à la fois comme distincts et reliés, et leurs relations appréhendées en termes de « fluidités structurées », c’est-à-dire de configurations historiques et institutionnelles qui articulent différemment les deux dimensions (Richardson, 2007). Ce raisonnement vaut pour différentes régions du monde, d’autant que les régimes modernes de genre et de sexualité ont été coproduits dans le cadre de la colonialité (Lugones, 2019 [2008]), invitant à penser leur articulation à la fois dans les Nords et les Suds, et notamment dans des sociétés ayant connu la colonisation, les luttes d’indépendance et la mondialisation des échanges.

Sans doute est-ce par l’étude des minorités sexuelles ou de genre que les interactions entre genre et sexualité ont été le mieux saisies. En effet, s’intéresser aux orientations sexuelles conduit logiquement à prendre en compte leur dimension genrée puisqu’elles se définissent par le genre des partenaires ou des personnes vers lesquelles se porte le désir. De plus, il a été montré que les pratiques « homosexuelles » ou « homoérotiques » sont souvent structurées autour d’une différenciation genrée, que ce soit dans l’histoire étatsunienne et européenne (Chauncey, 2003 [1994] ; Le Talec, 2008) ou, surtout d’ailleurs, dans d’autres espaces géographiques (Mendès-Leite, 2016 [1990]). Le constat est équivalent lorsque l’on s’intéresse aux minorités de genre, dont la définition s’articule aux enjeux de sexualité (Beaubatie, 2019), là encore dans de nombreuses régions du monde (Broqua & Geoffrion, 2023).

Si la contribution du genre à la construction de la sexualité est sans doute l’aspect le mieux connu, ce que le genre doit à la sexualité est aussi l’objet d’investigations, en dépit de la longue réticence à considérer la sexualité comme « un foyer possible de la fabrique du genre » (Clair, 2013). Cette part du genre liée à la sexualité découle du fait que les normes de féminité et de masculinité sont traversées par des attentes et des scripts sexuels (Rutter & Jones, 2018 [2006]). Cela est de mieux en mieux montré au sujet de l’hétérosexualité et de l’hétéronormativité qui reposent sur un entrelacement complexe de normes de genre et de sexualité (Jackson, 2015 [2006]). Divers travaux sur ce thème ont ainsi mis en évidence que les identités de genre se construisent dans et par la sexualité (Deroff, 2007 ; Clair, 2013 ; Thomé, 2022). Mais bien entendu, les imbrications du genre et de la sexualité ne sont pas exclusives puisque ces dimensions s’articulent toujours à d’autres telles que la classe sociale (Jacobs & Klesse, 2014), l’âge (Calasanti, 2019) ou la race (Lugones, 2019 [2008]).

Ce colloque a pour objectif d’ouvrir un espace de réflexion interdisciplinaire sur les articulations entre genre et sexualité au sein des sciences humaines et sociales au sens large (anthropologie, sociologie, science politique, histoire, philosophie, littérature, etc.). Il invite toute contribution de nature empirique, épistémologique ou théorique sur le sujet. Les propositions pourront porter sur le façonnement des catégories de genre ou de sexualité, leurs articulations avec les désirs, les identités pour soi ou pour autrui, et sur les différents registres d’expérience genrée ou sexuelle. Comment le genre et la sexualité sont-ils catégorisés, pensés, vécus, exprimés ? Comment les catégories et les normes s’articulent, interagissent, se chevauchent ? Comment s’entremêlent le genre et la sexualité sur le plan politique et dans les mobilisations, notamment celles favorables ou hostiles aux minorités (par exemple les mouvements dits « anti-genre ») ?

Alors que les réflexions sur l’articulation entre genre et sexualité se sont souvent appuyées sur l’idée que l’une de ces catégories précède ou détermine l’autre, il semble pertinent de l’envisager de manière plurielle. Cet appel accueille les interventions portant sur les effets réciproques (ou non) entre ces dimensions, ainsi que sur l’influence d’autres facteurs tels que l’âge, la classe, la race ou l’ancrage géographique et spatial. Les réflexions méthodologiques sont également les bienvenues.

Modalités de soumission

Les propositions de communication sont à envoyer jusqu’au 27 février 2026 inclus à l’adresse suivante : colloque.genre.sexualite.2026@gmail.com.

Elles devront comprendre un titre, un résumé de 3000 signes maximum, une courte biographie et l’adresse email de correspondance.

Les réponses seront communiquées dans le courant du mois de mars 2026.

Comité scientifique

Armelle Andro, Paola Bacchetta, Nathalie Bajos, Janik Bastien-Charlebois, Emmanuel Beaubatie, Marie Bergström, Martin Blais, Sébastien Chauvin, Mériam Cheikh, Isabelle Clair, Éric Fassin, Laurence Hérault, Monia Lachheb, Joseph Larmarange, Saba Le Renard, Marième N’diaye, Basile Ndjio, David Paternotte, Charlotte Pezeril, Wilfried Rault, Gianfranco Rebucini, Régis Schlagdenhauffen, Cécile Thomé, Mathieu Trachman, Florian Vörös

Comité d’organisation

Lucie Bataille, Sarah Boisson, Christophe Broqua, Fanny Calvez, Farah Deruelle, Catherine Deschamps, Benjamin Dubrulle, Natacha Guay, Yagos Koliopanos, Kostia Lennes, Romain Philit, Axel Ravier, Paul Rivest, Marta Roca I Escoda

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