Études digitales

Science ouverte et communs numériques de connaissance : Repenser les rapports Nord-Sud(s)

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Informations éditées à partir d’une annonce Calenda.

Réponse attendue pour le 30/05/2026

Type de réponse Résumé

Type de contribution attendue Article

Nom de la publication Études digitales

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Si les pays du Nord global ont engagé, depuis plusieurs années déjà des cadres théoriques et des politiques publiques ambitieuses pour le déploiement de la science ouverte comme nouveau cadre normatif dominant pour l’écosystème de la communication scientifique, il ne faut pas sous-estimer les stratégies mises en œuvre par les Suds pour expérimenter des innovations institutionnelles originales dans ce domaine. Des initiatives relativement anciennes comme celles de SciELO (1997) et Redalyc (2003) au Brésil et au Mexique, ou plus récentes AJOL et d’AfricArXiv sur le continent africain, en sont des illustrations exemplaires qui, d’ailleurs, ne sont pas sans susciter un intérêt au Nord.

Cependant, il existe une tension fondamentale Nord-Suds qui ne peut être ignorée. Comment éviter que ces expérimentations des Suds (parfois encore fragiles), qui se sont développées de façon décentralisée, sans soutien ni cadre normatif à l’échelle nationale, soient instrumentalisées par la diffusion massive et standardisée de la science ouverte du Nord ? Comment penser des modèles d’architectures sociotechniques sous la forme d’agencements originaux et singuliers pour le déploiement de la science ouverte dans les Suds fondés sur de nouvelles perspectives de relations d’interdépendance avec les acteurs dominant l’écosystème scientifique global ? La science ouverte suppose des infrastructures coûteuses. Or, certains pays des Suds disposent de ressources économiques fragiles et de structures de financement instables. Cette asymétrie matérielle pose des questions radicales : est-ce que les modèles de financement imaginés par le Nord peuvent être déclinés comme la voie à suivre pour les pays des Suds ?

Cet appel propose d’interroger les enjeux de la diffusion de la science ouverte du Nord vers les Suds. Il invite à dépasser la vision normative de la science ouverte pour interroger, via le prisme original des communs, sous l’angle des rapports de force économiques, épistémologiques, géostratégiques, des infrastructures sociotechniques, qui structurent la production mondiale de connaissances. C’est la voie ouverte par Elinor Ostrom (2006), mais finalement peu explorée depuis, lorsqu’elle suggérait que sa théorie sur les ressources naturelles puisse être étendue aux connaissances dans l’univers scientifique, en particulier, en constituant une grille de lecture heuristique pour imaginer et concevoir des agencements sociotechniques de la communication scientifique dans l’univers numérique qui permettraient d’offrir une alternative à l’enclosure galopante de la connaissance par les géants mondiaux de l’édition scientifique.

Cette perspective trouve un écho dans les travaux de Kako Nubukpo (2022) sur les formes de réappropriation collective des ressources économiques en Afrique, dont on peut explorer la pertinence analytique pour penser les infrastructures scientifiques partagées. Mais cette réappropriation doit être interrogée sans naïveté économique, en intégrant les défis concrets de pérennité et de financement autonome des plateformes du Sud. Comment faire passer la pensée des communs du registre discursif à celui d’arrangements socioéconomiques effectivement viables

Ce débat se pose aussi sous un angle épistémologique. On peut citer ici les travaux de Florence Piron (2016) sur le thème de la justice cognitive, pour qui l’enjeu de la science ouverte ne peut se limiter à penser un écosystème de la communication scientifique sous un angle économique, mais doit intégrer une dimension épistémologique de reconnaissance des savoirs. Penser les communs de connaissance scientifique sous le prisme de la justice cognitive permet d’intégrer la question des rapports de pouvoir dans la production et la validation des connaissances, la légitimité des savoirs locaux, traditionnels et nonoccidentaux, face à l’hégémonie d’une science normée par le Nord.

Enfin, au-delà de la dimension épistémologique, la maîtrise des données constitue un enjeu stratégique déterminant. Pour les États et les communautés scientifiques du Sud, elle se traduit concrètement en choix d’hébergement des plateformes, de régimes de licences et de formes de gouvernance des accords contractuels. Mais comment traduire cette ambition en clauses légales et en architectures techniques ? comment adosser des écosystèmes de la communication scientifiques dans les Suds à des architectures techniques qui ne reproduisent pas l’hégémonie des index internationaux en particulier ? Comment articuler communs de connaissance scientifique, justice cognitive et interopérabilité technique (métadonnées, langues, normes) ? Comment penser une science véritablement plurielle dans les communs ? Comment penser l’impératif de justice cognitive dans un écosystème scientifique globalisé et les enjeux de souveraineté numérique face aux appropriations capitalistes des savoirs ?

Le positionnement thématique de ce numéro se situe à la confluence de trois débats de la recherche contemporaine : la théorie des communs de la connaissance comme modèle pour penser des écosystèmes de la communication scientifique, l’impératif de justice cognitive dans un écosystème scientifique globalisé, et les enjeux de souveraineté (numérique) face aux nouvelles formes d’appropriation des savoir.

Axes

Axe 1 : Théoriser les communs numériques face aux asymétries Nord-Suds

Cet axe questionne les conditions de déploiement de l’écosystème de la communication scientifique sous le prisme des communs de la connaissance dans un contexte géopolitique asymétrique :

(a) Gouvernance et souveraineté : Comment adapter les principes d’Ostrom aux réalités des Suds ? Quels régimes de propriété (licences, droits) et quelles formes de gouvernance permettent d’éviter la captation par les acteurs dominants du Nord tout en assurant l’interopérabilité ?

(b) Modèles économiques alternatifs : quel regard pouvons-nous porter sur les flux financiers Nord-Suds au niveau de la publication scientifique ? Le modèle APC de la science ouverte renforce-t-il les inégalités ? Comment financer durablement l’édition diamant et les infrastructures non-commerciales ? Quel rôle pour les politiques publiques nationales et la coopération Sud-Suds ?

© Justice cognitive et pluralisme : Comment les communs peuvent-ils concrètement intégrer diversité linguistique et épistémologique dans leurs architectures techniques (métadonnées, normes, langues) ? Comment éviter que l’interopérabilité ne devienne un vecteur d’uniformisation culturelle ?

Axe 2 : Expériences et innovations : construire l’autonomie par les communs

Cet axe privilégie les études empiriques et les retours d’expérience sur la construction effective de communs numériques scientifiques :

(a) Infrastructures comme communs : analyse de plateformes numérique sous l’angle de leur gouvernance, leur modèle économique et leur impact sur la production et la mise en visibilité des connaissances scientifiques avec une attention particulière sur les innovations des Suds (AfricArXiv, AJOL, SciELO) et leur capacité à créer de la valeur locale. Comment ces plateformes négocient-elles la tension entre autonomie locale et standards internationaux ?

(b) Pratiques de recherche et résistances : Études sur l’appropriation différenciée de la science ouverte selon les contextes. Comment les chercheurs des Suds naviguent-ils entre injonctions internationales et réalités locales ? Quel rôle des sciences participatives dans la construction de communs hybrides science-société ?

© Stratégies de souveraineté numérique : Analyses comparatives des politiques nationales de science ouverte en Afrique, Amérique latine, Asie. Comment articuler souveraineté nationale et coopération régionale ? Quelles alliances Sud-Sud pour développer des infrastructures communes échappant aux monopoles du Nord ?

Calendrier

  • 30 mai 2026 : Date limite de soumission des résumés (autour de 5000 signes)
  • 5 juin : Notification aux auteurs
  • 1 septembre 2026 : Soumissions des articles complets
  • 1 novembre : Notification aux auteurs
  • 1 décembre : Vague 2 de relectures (si nécessaire) & validation finale.
  • Publication : début 2027

Modalités de contribution

Les soumissions des résumés et par la suite des articles complets se font via la plateforme Arguemus basée sur OJS (Open Journal Systems).

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Direction de la revue

Armen Khatchatourov, Franck Cormerais, Daphné Vignon, Jacques A. Gilbert

La Revue Etudes Digitales est éditée chez Classiques Garnier. Elle est qualifiante en 71ème section CNU.

Références

Hess, C., & Ostrom, E. (2006). A Framework for Analyzing the Knowledge Commons : a chapter from Understanding Knowledge as a Commons : from Theory to Practice.

Piron, F. (2016). Justice cognitive, libre accès et savoirs locaux : Pour une science ouverte juste, au service du développement local durable. Éditions science et bien commun.

Nubukpo, K. (2022). Une solution pour l’Afrique : du néoprotectionnisme aux biens communs. Odile Jacob.

Guédon, J.-C. (2018). Articles, périodiques savants et plates-formes : Repenser la publication savante dans un contexte numérique et dans un monde multipolaire. In Libre Accès À La Science : Fondements, Enjeux Et Dynamiques.

Aguado-López, E., Becerril-García, A., & Macedo-García, A. (2024, mai). Redalyc and AmeliCA. An open infrastructure for advancing science as a global public good. Scientific Information System Redalyc and AmeliCA Open Science for Common Good. https://doi.org/10.5281/zenodo.11123534

UNESCO. (2021). Recommandation de l’UNESCO sur une science ouverte. Paris :

UNESCO. https://unesdoc.unesco.org/ark :/48223/pf0000379949_fre

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