Communication

Prolongation – Du transhumanisme au post-humanisme  : de quoi seront faits les êtres humains  ?

Réponse attendue pour le 12/10/2026

Type de réponse Résumé

Type de contribution attendue Article

Nom de la publication Communication

Coordinateurs

Le transhumanisme est marqué, ou plus exactement est caractérisé, par une convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique, de la robotique et des neurosciences pour transcender l’espèce humaine (Damour, 2018 ; Cayol et Gaillard, 2022), tandis que les avancées des intelligences artificielles ouvrent de nouvelles perspectives. Dès le milieu des années 1930, Jean Coutrot, ingénieur et polytechnicien français, conceptualise ce terme (Moatti, 2020). Néanmoins, c’est Julian Huxley, biologiste britannique, qui est considéré comme le père de cette occurrence dans son ouvrage New Bottles for New Wine (1957). Depuis les années 1980, les adeptes de ce mouvement cherchent en quelque sorte à « s’institutionnaliser » (Cayol et Gaillard, 2022). À partir des années 1990, deux organisations majeures voient le jour : l’Extropy Institute, première organisation transhumaniste, puis la Word Transhumanist Association (WTA), qui sera renommée Humanity+ (Damour, 2022). Aujourd’hui, ce sont principalement les entreprises technologiques américaines et chinoises qui investissent massivement dans le transhumanisme à travers un éventail de brevets, produits et services. Celui-ci dispose également d’une assise académique et de figures d’artistes ou d’ingénieurs-entrepreneurs soutenus par quelques milliardaires de la Silicon Valley revendiquant un futur à travers une myriade de promesses reposant sur les technosciences.

Lorsqu’on se documente sur le transhumanisme, on constate qu’il est caractérisé, voire constitué, par de nombreux courants. C’est ce que soulignent également Amandine Cayol et Émilie Gaillard, enseignantes-chercheuses en droit à l’Université de Caen (France), en indiquant que « les divergences restent en effet encore importantes entre technoprogressistes, immortalistes, libertariens et singulariens notamment » (Cayol et Gaillard, 2022, p. 4). Ce que nous expliquent ces juristes, c’est que le transhumanisme, « est un univers, pluriel, complexe, aux ramifications variées » (ibid., p. 24). Il n’y aurait donc pas un mais des transhumanismes (Jaouat, 2024) qui, bien que marqués par leur volonté de réunir la diversité de leurs tendances autour d’un certain nombre de principes communs, ne se réduisent pas à une seule orientation ou à une seule vision. Ils englobent une multitude d’approches et de réflexions qui contribuent à en faire un champ de recherche aux contours mouvants et qui reste bien souvent à délimiter. Dans ce numéro, nous avons choisi d’aborder le transhumanisme sous ses différentes formes, en explorant les divers courants et ramifications transhumanistes. Ce choix reflète la diversité des approches et des visions qui composent les mouvements transhumanistes aujourd’hui.

Les différentes mouvances transhumanistes partagent cependant une ambition commune : améliorer, voire augmenter, les capacités physiques, intellectuelles et mentales des êtres humains. L’objectif affiché est de repousser, voire d’éradiquer, les limites associées à la condition humaine telles que la maladie, le handicap, la sénescence ou/et la finitude de la vie (Damour, 2018 ; Derian, 2018). Dans cette optique, les courants transhumanistes aspirent à être les vecteurs d’une transformation profonde de l’humanité, où la technologie et la science jouent un rôle clé pour surmonter les défis biologiques et existentiels auxquels les êtres humains sont confrontés (Derian, 2018). Ainsi, les courants transhumanistes permettraient d’accéder au post-humanisme qui envisagerait une fusion, voire une symbiose (De Rosnay, 1995), entre le corps humain et la technologie pouvant conduire à une transformation radicale de la vie elle-même (Besnier, 2009 ; Defilippi, 2021).

Ce numéro se propose d’analyser les origines et les principes fondamentaux de ces mouvements transhumanistes. Il s’attache également à étudier les discours portés par les transhumanistes tout en examinant de manière approfondie les questions éthiques, sociales et juridiques soulevées par ces nouveaux paradigmes et par les acteurs qui les façonnent et les divulguent.

Axes de recherche

L’appel invite les autrices et les auteurs à soumettre des propositions d’articles s’inscrivant dans l’un des trois axes présentés ci-dessous. Ce numéro témoignera de la richesse des approches mobilisées en SHS et surtout en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) afin d’appréhender ces problématiques complexes et émergentes.

AXE 1. Ce que disent les imaginaires sociaux et les techno-imaginaires des courants transhumanistes

Ce premier axe essaie de comprendre ce qu’est le transhumanisme en retraçant ses origines et ses influences afin de saisir comment les œuvres littéraires, les comics, télévisées et cinématographiques, voire les jeux vidéo, sembleraient apporter un éclairage sur la conception et la représentation des courants transhumanistes (Hottois, 2007). Ici, il apparaît essentiel de s’interroger sur la manière dont ces imaginaires façonnent et influencent les origines, les fondements et le développement des transhumanismes. Il s’agit d’examiner comment les récits fictionnels transhumanistes — qu’il s’agisse d’ouvrages, de films ou d’autres médias — alimentent l’imaginaire collectif, et d’analyser de quelle manière cet univers imaginaire influence à son tour les perceptions sociales. Comment le recours à cet imaginaire collectif a et aura-t-il un impact sur la représentation sociale et collective, ou plus exactement sur les représentations sociales et collectives des courants transhumanistes (Kyrou, 2018) ? Cet axe examine également les regards portés par les Sciences Humaines et Sociales (SHS) sur les courants transhumanistes. Il met en lumière les approches et analyses développées par les chercheuses et les chercheurs pour comprendre les enjeux, les origines et les conséquences sociales, éthiques et culturelles des transformations induites par les courants transhumanismes. Ce premier axe propose une réflexion croisée entre l’imaginaire technologique notamment véhiculé par la science-fiction et les études menées en SHS afin d’éclairer les représentations, les questionnements et les problématiques soulevés par les courants transhumanistes dans nos sociétés contemporaines.

AXE 2. Ce que nous disent les transhumanistes au XXIème siècle

Actuellement, des projets menés principalement par les MAMAA (Meta, Apple, Microsoft, Alphabet et Amazon) et les BATX (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi) s’illustrent par leur mise en œuvre inspirée des courants transhumanistes (Cayol et Gaillard, 2022). Ces géants de la tech américaine et chinoise inscrivent les courants transhumanistes dans une sorte de logique marchande (Martin-Juchat, 2022) avec une volonté affirmée de les rendre accessibles au marché (Cayol et Gaillard, 2022). Dans ce contexte, ces entreprises testent, expérimentent, utilisent et sont en train de commercialiser de nombreuses technologies (exosquelettes, implants cérébraux…) visant à augmenter les capacités humaines. Néanmoins, plusieurs start-ups ne sont pas en reste et reprennent l’image de l’entreprise américaine Neuralink, créée par Elon Musk et qui vise à connecter l’homme à la machine à partir des interfaces cerveau-machine, affichant un usage déterminé (thérapeutique de préférence), sans exclure d’autres finalités (Jeannin, 2024). Il convient alors de s’interroger sur la manière par laquelle cette privatisation du corps amélioré ou augmenté est mise en récit. Ce corps modifié/amélioré ne devient-il pas un produit, voire un objet, marchandisable (Lafontaine, 2014 ; Martin-Juchat, 2022) ? Comment cette marchandisation du corps amélioré et/ou augmenté est-elle scénarisée par ces entreprises ? Que révèlent les discours portés par ces acteurs économiques sur notre propre existence ? Quelles logiques de communication accompagnent leurs projets transhumanistes ? En élargissant le regard à l’échelle internationale, il est pertinent de comparer les messages véhiculés en Europe, aux États-Unis, en Chine, au Japon ou dans d’autres régions du globe : observe-t-on une homogénéisation des discours transhumanistes ou existe-t-il des différences marquantes dans les discours et les représentations ? Par ailleurs, la question de la place des femmes dans ces projets et discours mérite d’être posée. Ce deuxième axe vise à montrer que les représentations des courants transhumanistes sont le reflet de leur époque et s’inscrivent dans un environnement socio-économique, politique, culturel, religieux et technologique spécifique.

AXE 3. Réflexions éthiques et juridiques sur les courants transhumanistes et les transhumanistes

Cet axe invite à interroger les problématiques éthiques et juridiques soulevées par les mouvements transhumanistes. Christophe Salvat (2022), chercheur en philosophie morale et économique, résume parfaitement les questionnements éthiques liés aux courants transhumanistes : « existe-t-il une limite morale à l’amélioration de notre condition » (Salvat, 2022, p. 13) ? Une réflexion éthique approfondie et globale sur les courants transhumanistes et leurs pratiques mérite d’être engagée. En effet, il convient de se demander si une telle réflexion est envisageable ou pertinente, compte tenu de la complexité et la diversité des approches et des acteurs transhumanistes (Salvat, 2022), ainsi que de leurs limites, voire leurs dérives (comme en témoigne, par exemple, le sort d’Elizabeth Holmes et de son ex-entreprise Theranos). Face à cette pluralité, une question se pose : ne serait-il pas plus judicieux de recentrer la réflexion éthique sur des aspects concrets et actuels en matière d’amélioration ou d’augmentation du corps humain (Salvat, 2022) ? Ainsi, il s’agirait d’analyser les pratiques médicales actuelles (implants cérébraux, prothèses bioniques…) afin appréhender les enjeux éthiques soulevés par les courants transhumanistes (id.). On a aussi souvent tendance à oublier — ou à occulter — les animaux dans les débats. Or, ils exercent souvent une fonction de cobayes ou de modèles utiles dans le développement de ces technologies dont l’usage sur des êtres humains fait encore débat. Sur le plan juridique, la question porte sur l’encadrement législatif de ces pratiques et de ces projets transhumanistes (Labbée, 2015). Il convient de s’interroger sur la manière dont le droit peut s’emparer de ces courants transhumanistes. Comment les évolutions de ces courants transhumanistes remettent-elles en cause des notions fondamentales du droit ? Faut-il interdire ou encadrer les courants transhumanistes ? Ce troisième axe propose de réfléchir à la capacité d’adaptation du droit à ces changements tout en préservant les valeurs éthiques et juridiques fondamentales (Cayol et Gaillard, 2022) à tous les êtres humains, qu’ils soient non modifiés, non augmentés, modifiés ou augmentés.

Soumission d’une proposition d’article

Les propositions d’articles doivent compter entre 1 200 à 1 500 mots (bibliographie non comprise). Elles présenteront le titre, la problématique, la méthodologie, incluant la base empirique utilisée, et les principaux résultats.

La proposition doit être anonyme. L’auteur indiquera ses nom, institution d’appartenance et coordonnées directement dans le courriel.

Merci d’envoyer vos propositions par courrier électronique aux deux coordinatrices :

Prière de placer en copie la Revue (revue.communication@com.ulaval.ca).

La réception de chaque proposition donnera lieu à un accusé de réception par courriel.

Calendrier (prolongation)

1er juin 2026

Appel aux contributions

12 octobre 2026

Nouvelle date limite d’envoi des propositions d’articles. Les propositions seront évaluées par le comité scientifique en regard de leur pertinence pour le dossier thématique et de leur qualité scientifique

26 octobre 2026

Notification d’acceptation ou de refus des propositions

18 janvier 2027

Les auteurs acceptés envoient leurs articles complets directement à la revue Communication  : revue.communication@com.ulaval.ca. La longueur de l’article final, si la proposition est retenue, sera de 40 000 à 60 000 signes, espaces non comprises (ceci inclut les notes mais exclut la bibliographie). Prière d’appliquer les consignes rédactionnelles de la revue http://journals.openedition.org/communication/6159.

Chaque article sera évalué en double aveugle par un comité de lecture indépendant. Le comité de coordination en consultation avec l’équipe éditoriale de la revue Communication décidera, à la lumière des évaluations, de l’acceptation en l’état, de la demande de modifications ou du rejet

22 mars 2027

Retour aux auteurs sur l’article

17 mai 2027

Remise de la nouvelle version de l’article directement à la revue Communication  : revue.communication@com.ulaval.ca. Le comité de coordination vérifiera si les modifications apportées répondent aux recommandations du comité de lecture indépendant

24 mai 2027

Retour aux auteurs sur la nouvelle version

Mai-juin 2027

Révision linguistique et retour aux auteurs pour validation et autorisation à publier

Juin 2027

Publication

Comité scientifique

Carolina Benedito (Université Central du Chili), Emmanuelle Caccamo (Université du Québec à Trois-Rivières, Canada), Amandine Cayol (Université de Caen, France), Fabrizio Defilippi (Université de Strasbourg, France), Audrey Knauf (Université de Nancy, France), Frédérick Lemarchand (Université de Caen, France), Christophe Salvat (Aix Marseille Université – Site Schuman, France), Philippe Viallon (Université de Strasbourg, France) et Carsten Wilhelm (Université de Haute-Alsace, France).

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