L'IMPACT

Discours, médias et conflits : dynamiques discursives des crises contemporaines

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Informations éditées à partir d’une annonce Calenda.

Réponse attendue pour le 15/02/2026

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Ce dossier vise à interroger les processus discursifs et médiatiques à l’œuvre dans les contextes de conflits — qu’ils soient politiques, sociaux, économiques ou culturels —, en mettant en lumière les modalités de construction, de diffusion et de réception des discours, ainsi que leurs effets sur les représentations, les identités et les dynamiques de pouvoir.

Les sociétés contemporaines connaissent une intensification des situations de tension, qu’elles soient d’ordre social, politique, identitaire ou géopolitique. Dans ces configurations complexes, les discours occupent une place déterminante : ils ne se contentent pas d’accompagner les événements, mais contribuent activement à les structurer, à en orienter l’intelligibilité et à infléchir les cadres interprétatifs. Les médias — traditionnels, numériques ou algorithmiques — jouent à cet égard un rôle de médiateurs essentiels dans la production de visibilité, la hiérarchisation des enjeux et la légitimation des points de vue.

Dans un environnement communicationnel marqué par la saturation informationnelle, les controverses publiques acquièrent une dimension discursive de plus en plus prononcée. Les interactions conflictuelles, qu’elles portent sur des questions internationales, économiques ou sociétales, se redéploient dans des espaces médiatiques en constante reconfiguration. Ces reconfigurations favorisent l’émergence de récits concurrents, de cadrages hétérogènes et de formes d’expression polarisées qui interrogent la capacité des sociétés à maintenir des espaces pluralistes d’échange et de délibération.

L’analyse des conflits discursifs ne constitue pas un champ récent : elle s’inscrit dans une tradition théorique solide. Dès le XIXᵉ siècle, Schopenhauer (1831) soulignait l’existence de procédés stratégiques destinés à affaiblir l’adversaire. Au XXᵉ et XXIᵉ siècles, les travaux d’Angenot (2008), de Windisch (2008) et plus récemment de Declercq (2024) ont mis au jour les mécanismes linguistiques et socio-rhétoriques de la disqualification, les conditions de rupture du dialogue et les effets de la violence verbale dans l’espace public. Ces études montrent que les conflits discursifs ne découlent pas seulement d’oppositions idéologiques, mais aussi de malentendus structurels, de différends axiologiques et de luttes de légitimation.

L’objectif de ce numéro est d’examiner ces dynamiques en croisant les approches linguistiques, sémiotiques, médiatiques et sociopolitiques. Les terrains marocain et maghrébin, tout comme les espaces transnationaux, constituent des observatoires privilégiés pour analyser la construction et la circulation d’imaginaires collectifs, l’élaboration de récits adverses ou encore les recompositions du pouvoir symbolique. Une attention particulière sera portée aux environnements numériques où, comme l’a montré Paveau (2017), les technodiscours, les logiques algorithmiques et les formats viraux modifient profondément les conditions d’énonciation, de réception et de confrontation.

Divers modèles théoriques permettront d’éclairer ces phénomènes. Les principes conversationnels de Grice (1979) constituent un outil d’analyse pour comprendre comment les attentes de coopération se trouvent perturbées dans des situations conflictuelles. Les travaux d’Amossy (2000, 2014) sur l’argumentation dans l’espace public fournissent un cadre fécond pour appréhender la régulation — ou la dérégulation — des échanges polémiques. Les recherches de Kerbrat-Orecchioni (1990-1994) offrent quant à elles des ressources essentielles pour analyser les procédés d’atténuation, les stratégies interactionnelles et la gestion de la face. Les propositions de Rabatel (2005, 2014) et de Guerrini (2019), centrées respectivement sur la prise en charge énonciative et la conciliation axiologique, permettent d’examiner les modalités d’ajustement ou d’affrontement des points de vue.

D’autres outils pourront être mobilisés, notamment la théorie de l’argumentation de Perelman et Olbrechts-Tyteca (1992), les apports de Launay (1990) sur la négociation discursive, ou encore les analyses de Jacquin (2014) relatives aux conditions d’un débat public abouti. Enfin, l’approche dialogique, telle qu’elle apparaît chez Bakhtine (1981), Koren (2019) ou Buber (2021), invite à interroger les dimensions éthique et relationnelle des interactions conflictuelles, en mettant l’accent sur la reconnaissance mutuelle des interlocuteurs et la possibilité d’une co-construction du sens.

Ce numéro propose ainsi d’explorer la production, la circulation et la mise en conflit des discours au sein de sociétés traversées par des transformations rapides. Les contributions attendues pourront porter sur des corpus variés (discours politiques, médiatiques, numériques, artistiques, juridiques, etc.) et s’attacher à décrire les mécanismes linguistiques, pragmatiques et sociotechniques qui participent à la configuration des espaces de dissensus. L’ambition est de mieux comprendre comment les discours façonnent les réalités sociales, construisent des rapports de pouvoir et contribuent, dans certains cas, à ouvrir de nouvelles voies pour la négociation, la médiation ou la recomposition du vivre-ensemble.

Axes proposés pour le numéro :

1. Construction discursive du conflit

  • Récits médiatiques, métaphores, cadrages, lexicalisations.
  • Nomination des acteurs et enjeux : qui parle ? au nom de qui ? contre qui ?
  • Conflits entre discours officiels, contre-discours militants, discours alternatifs.

2. Médias traditionnels, nouveaux médias et technodiscours

  • Journalisme de conflit : impartialité, biais, stratégies narratives.
  • Réseaux sociaux : viralité, hashtags, live-streaming, algorithmes et visibilité.
  • Hybridations sémiotiques : images, mèmes, vidéos, remix, deepfakes.

3. Réception, circulation et résonance sociale

  • Appropriations différenciées selon les publics.
  • Circulation transnationale des discours, diasporas, médiations globales.
  • Effets identitaires, mémoriels, politiques.

4. Éthique, désinformation et responsabilité

  • Distorsions, fakes, gonflement émotionnel, discours de haine.
  • Responsabilité sociale des journalistes, chercheurs, institutions.
  • Encadrement éthique de la médiation des conflits.

5. Études de cas

  • Conflits nationaux, régionaux ou globaux.
  • Contestations, mobilisations étudiantes, mouvements sociaux.
  • Guerre, migration, crise humanitaire, enjeux socio-économiques.

6. Approches méthodologiques et interdisciplinaires

  • Analyses discursives, rhétoriques, sémiotiques, pragmatiques, sociolinguistiques.
  • Approches quantitatives (bibliométrie, cartographies, réseaux de circulation).
  • Approches comparées : terrains, cultures, langues.

Modalités de contribution

  • Janvier 2026 : Lancement de l’appel à contributions
  • 15 février 2026 : Date limite de soumission des résumés (300–400 mots)
  • 1 mars 2026 : Notification d’acceptation des résumés
  • 1 juin 2026 : Date limite de soumission des articles complets
  • Juin -Juillet –2026 : Évaluation scientifique en double aveugle
  • 1 Aout 2026 : Retour des expertises aux auteur·e·s
  • 15 septembre 2026 : Réception des versions révisées
  • Octobre – Novembre 2026 : Finalisation éditoriale et Publication du numéro

Les contributeurs et les contributrices doivent soumettre leurs articles en ligne sur https://revues.imist.ma/index.php/limpact/about/submissions après s’être inscrits comme auteur sur la plateforme et les envoyer également aux courriels suivants : revue.limpact@uca.ac.ma, a.moutia@uca.ac.ma – Objet : Soumission Article L’Impact

Comité scientifique

    • Valentin Pradelou, Université Bordeaux Montaigne, UFR Langues et Civilisations, Département des Sciences du Langage.
    • Djessy Junior Gbagbo Zidago, Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), Abidjan.
    • Ewa Pirogowska, Université Adam Mickiewicz, Institut des Langues et Littératures Romanes, Poznań, Pologne
    • Koffi Marie-France Aya, Université Alassane Ouattara.
    • Marc Bonhomme, Université de Berne, Institut de langue et de littérature françaises.
    • Anna Kochanowska, Université Nicolas Copernic de Toruń, Pologne.
    • Michael Rinn, l’Université de Bretagne Occidentale
    • Mohamed Lahlou, Université Cadi Ayyad de Marrakech
    • Khalid Tadili, Université Cadi Ayyad de Marrakech
    • Moulay Youssef Soussou, Université Cadi Ayyad de Marrakech

Coordination :

  • Pr Anas MOUTIA, Université Cadi Ayyad Marrakech
  • Pr Mokhtar ELMOUHAL, Université Ibn Zohr , Agadir
  • Pr Abdelfettah NACER IDRISSI, UNIVERSITE IBN ZOHR, AGADIR

 

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