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Lieu de l’événement Faculté des Lettres et des Sciences Humaines -, Agadir , Maroc
L’émotion est souvent opposée à la raison car considérée comme un état psychologique découlant d’une réaction biologique et donc, prise en charge par les sciences étudiant les comportements et processus mentaux tels que la psychologie. Toutefois, l’émotion a connu, ces dernières années, un regain d’intérêt de la part des autres sciences puisqu’il s’agit d’un fait naturel tout autant biologique que psychologique, linguistique et culturel, impliquant l’individu dans sa façon d’agir, de percevoir et de communiquer. De ce fait, les émotions sont désormais envisagées comme principe organisateur de la pensée et de la relation humaine, un mode de sémiotisation indispensable à la compréhension des dynamiques du langage, de la cognition et de la création en tant que dispositifs productifs. Néanmoins, la pierre d’achoppement réside dans les observables des émotions. Celles-ci « sont « partout [dans le langage] », on peut du même coup avoir le sentiment qu’elles ne sont finalement…« nulle part » » (Micheli, 2013). Cette situation est accentuée par les contextes actuels qui sont saturés de messages médiatisés et d’échanges numérisés, où les modalités de communication sont en pleine recomposition, troublées par les occasions qu’offre la technologie. Les approches méthodologiques sont diverses et prospectent différents corpus. Micheli (ibid.) met en avant une triple distribution : l’émotion dite, l’émotion montrée et l’émotion étayée. Plantin (2011) parle de discours émotionné et confirme que les émotions, en plus d’êtres des ressources pour l’argumentation, elles sont également des objets d’argumentation.
Kuyumcuyan, Musiol et Coulon (2013) présupposent « l’existence de configurations discursives associées à des modalités de gestion des affects et à leur expression … l’affect est susceptible de se désolidariser de son noyau représentationnel original compte tenu des spécificités de la configuration énonciative discursive ou dialogique qui le contient et dans laquelle il se déploie ».
C’est cette activité de construction du sens mobilisant les aspects pluriels de l’émotion, qui fait l’objet du regard croisé proposé ici lors de ce colloque international. Les axes proposés ci-dessous (non exhaustifs) invitent à approcher les émotions aussi bien au niveau discursif, de la performance esthétique ou sous le prisme des pratiques pédagogiques.
Axe 1. L’activité discursive de l’émotion
« L’émotion ne se traduit pas uniquement par les expressions faciales, mais également par le biais des mots, des inflexions vocales et des silences » (Kerbrat-Orecchioni, 2000). Les émotions se manifestent donc à travers des constructions discursives codées, ancrées dans des contextes sociaux et de communication spécifiques. De quelle manière donc s’expriment-elles dans les interactions quotidiennes, médiatiques ou numériques ? Quels en sont les indices discursifs qui attestent de leur présence ? etc.
Axe 2. Émotions, cognition et apprentissage
L’apprentissage ne se limite pas à l’aspect rationnel ; il fait également appel à des aspects affectifs, motivationnels et relationnels. Dans le domaine de l’éducation, on reconnaît désormais que l’émotion est un élément clé pour réussir sur le plan éducatif. Meirieu (1998) souligne que « l’apprentissage ne peut exister sans la volonté d’apprendre », mettant en évidence le fait que la diffusion du savoir implique toujours une dimension affective.
Les travaux de Pekrun et Linnenbrink (2007) démontrent que les émotions positives stimulent la motivation et l’innovation, alors que les émotions négatives sont susceptibles de freiner le processus cognitif. Selon Lemarchand-Chauvin (2023a ; 2023b), les émotions des enseignants impactent leur discours et leur pédagogie en classe. Les émotions peuvent être donc explorées dans leur double fonction éducative et didactique. Le questionnement est multiple : Comment les enseignants régulent les émotions en classe ? Quelles pratiques pédagogiques pour une écologie émotionnelle de l’apprentissage, notamment dans les environnements numériques ? et de quelle manière les apprenants acquièrent-ils des compétences émotionnelles ? etc.
Axe 3. Esthétique, représentation et poétique de l’émotion
L’émotion est l’un des piliers de la création artistique ; elle est conçue comme un intermédiaire entre l’œuvre et le public. Nussbaum (2001) confirme que les émotions littéraires ne se succèdent pas à des réactions spontanées, mais constituent des évaluations qui façonnent notre perception éthique du monde. Cette approche encourage l’étude de la mise en scène, de la stylisation et de l’expression des émotions dans les œuvres littéraires en général, en envisageant la création comme un domaine d’échange émotionnel. Cette configuration pousse également à vérifier comment les sciences littéraires actuelles expriment les émotions collectives, de quelle manière elles représentent la dualité entre l’émotion véritable et l’émotion feinte. Cette direction cherche à appréhender la poétique de l’émotion en mettant l’accent sur les modalités narratives et esthétiques de l’affect dans les cultures actuelles.
Axe 4. Communication et médiatisation des affects
Dans un espace public contemporain marqué par l’hyper-connexion, la communication se définit dans sa fonction de lieu privilégié de la circulation des affects ; le recours aux émotions permet d’intensifier l’impact des messages et d’agir donc sur les attitudes ou comportements. Les émotions, tant au niveau de leur production que de leur réception, sont omniprésentes dans les médias. « La relation entre les deux est généralement vue comme une évidence. Il existe un consensus sur le fait que les médias de masse, qu’ils soient imprimés, électroniques ou numériques, participent à la construction individuelle et collective de l’émotion … Peu importe leur format, les médias sont vus comme de puissants créateurs et véhicules d’émotions » (Brun et Daignault, 2025). Cette configuration nous pousse à nous intéresser à la dynamique par laquelle les dispositifs communicationnels, médiatiques, institutionnels ou numériques, capturent et modèlent les émotions afin de créer du lien social ou de l’adhésion. Il s’agira d’observer comment l’émotion devient une stratégie de persuasion et/ou de dissuasion et comment elle se propage au sein des communautés en ligne. Il est question également d’interpeller la façon dont les médias construisent des événements émotionnels collectifs et d’interroger la place de l’affect dans les stratégies d’influence.
Bibliographie sélective
Amossy, R., & Maingueneau, D. (Direc.) (2023). Approches textuelles et discursives de la littérature. Argumentation et Analyse du Discours, n°31.
Brun, A., & Daignault, L. (2025). Communication et émotion : regards sur les médias et les espaces publics. Presses de l’Université Laval.
Charaudeau, P., & Maingueneau, D. (2018). Dictionnaire d’analyse du discours. Seuil.
Damasio, A. (1994). L’erreur de Descartes : La raison des émotions. Odile Jacob.
Elias, N. (1987). La civilisation des mœurs. Calmann-Lévy.
Grossmann, F., & Tutin, A. (Dirs.). (2005). Sémantique des noms et adjectifs d’émotion. Lidil, n° 32, UGA Éditions.
Hochschild, A. R. (2003). Travail émotionnel et structure sociale. La Découverte.
Le Bart, C. (2018). Les émotions du pouvoir : Larmes, rires, colères des politiques. Armand Colin.
Lemarchand-Chauvin, M-C. (2023a). « L’impact de la colère et de la joie sur le discours des enseignants d’anglais novices ». Le Langage et l’Homme, Émotions et Créativités en classe de langue, (572) pp.99-118.
Lemarchand-Chauvin, M-C. (2023b). « EFL novice teachers’ emotions and professional development ». The Language Learning Journal, 51(5), p. 621-635.
https://doi.org/10.1080/09571736.2023.2249908
Kerbrat-Orecchioni, C. (2000). L’émotion dans l’interaction. Armand Colin.
Maingueneau, D. (2021). Analyser les textes de communication. Armand Colin.
Meirieu, P. (1998). Apprendre… oui, mais comment ? ESF.
Michelli, R. (2013). « Esquisse d’une typologie des différents modes de sémiotisation verbale de l’émotion ». Semen, n° 35.
Michelli, R. (2014). Les émotions dans les discours : Modèle d’analyse, perspectives empiriques. De Boeck Supérieur.
Nussbaum, M. C. (2001). Les émotions démocratiques. Climats.
Plantin, C. (2011a). Les émotions dans les interactions. ENS Éditions.
Plantin, C. (2011b). Les bonnes raisons des émotions : Principes et méthode pour l’étude du discours émotionné. Peter Lang.
Plantin, C., Traverso, V., & Vosghanian, L. (2008). « Parcours des émotions en interaction ». In Émotions et discours : L’usage des passions dans la langue. Presses universitaires de Rennes. p. 141-162.
Pekrun, R., & Linnenbrink, E. A. (2007). Émotions et apprentissage : Vers une approche intégrée. De Boeck.
Scherer, K. R. (2005). Quelles émotions ? Quelles fonctions ? Presses universitaires de France.
Tétu, J.-F. (2004). « L’émotion dans les médias : dispositifs, formes et figures ». Mots. Les langages du politique, n° 75, p. 9-20.
Coordination du colloque
ERRADI Amina (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
IDRISSI NACER Abdelfettah (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
OUALLOU Zakaria (ENCG-Université Ibnou Zohr- Dakhla)
Conférenciers invités
- Christian PLANTIN, Directeur de recherche honoraire du CNRS, Université de Lyon.
- Dominique MAINGUENEAU, Professeur émérite, Sorbonne-Université.
- Marie-Claire LEMARCHAND-CHAUVIN, Maitresse de conférences à l’Université de Lorraine. Présidente de l’APLV et rédactrice en chef de la revue Les Langues Modernes.
Membres du comité d’organisation
AABI Mustapha (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
AAZMI Kenza (FP-Taroudant-Université Ibnou Zohr-Agadir)
AIT OMAR Brahim (FLASH-Ait Melloul-Université Ibnou Zohr-Agadir)
BENATTOU Amal (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
El HASNAOUI Mohammed Zaki (FLSH- Université Ibnou Zohr-Agadir)
El MAOUHAL Mokhtar (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
EL OUAFA Moulay Driss (ENSA-Université Ibnou Zohr-Agadir)
ENNASSIRI Hassan (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
ERRADI Amina (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
NACER IDRISSI Abdelfettah (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
OUALLOU Zakaria (ENCG-Dakhla-Université Ibnou Zohr-Agadir)
TIFROUTE Lahcen (FST-Université Ibnou Zohr-Agadir)
Doctorants, membres du LARLANCO
Comité scientifique
AABI Mustapha (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
AAZMI Kenza (FP-Taroudant-Université Ibnou Zohr-Agadir)
ABDOOL SATAR Ashiya (University of South Africa – South Africa)
AIT OMAR Brahim (FLASH-Ait Melloul-Université Ibnou Zohr-Agadir)
AKROUTI Inen (Université de Jendouba-Tunisie)
AMSIDDER Abderrahmane (ESEF-Université Ibnou Zohr-Agadir)
ATMANI Mohamed (ESEF-Université Mohammed Premier-Oujda)
AVALONE Lucia (Università degli Studi di Bergamo-Italie)
BENATTOU Amal (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
BEZZARI Samira (ENS-Université Cadi Ayyad-Marrakech)
BHAN Sujata (SNDT Women’s University – India)
BOUHOUHOU Ayoub (FLSH-Université Cadi Ayyad-Marrakech)
BRACKEN Sean (Head of Department, Education and Inclusion-University of Worcester-UK)
EL FARSSI Imane (FP-Université Cadi Ayyad- Safi)
El HASNAOUI Mohammed Zaki (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
El MAOUHAL El Mokhtar (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
EL OUAFA Moulay Idriss (ENSA-Université Ibnou Zohr-Agadir)
ENNASSIRI Hassan (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
ERRADI Amina (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
HAZIM Jaouad (ENS-Université Cadi Ayyad-Marrakech)
HIDANE Khalil (EST-Université Ibnou Zohr-Agadir)
HOUIMLI Radhia (Université de Jendouba-Tunisie)
JAMAI Abdeslam (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
JONES Caroline (University of Warwick – UK)
KAHERAOUI Malika (Université de Poitiers-France)
KEMBOUCHE Kheira (FLSH-Université Hassan 2-Mohammedia)
KEMBOUCHE Mohammed (FLSH-Université Mohammed Premier-Oujda)
KOTOB Hayssam (Faculté de Pédagogie-Université Libanaise-Liban)
LABARI Brahim (FLSH-Université Ibnou Zohr-Agadir)
LEMARCHAND-CHAUVIN Marie-Claire (Université de Lorraine-France)
MAKACH Zohra (FLSH- Université Ibnou Zohr-Agadir)
MOUTIA Anas (FLSH- Université Cadi Ayyad- Marrakech)
NAB Khalid (FLSH-Université Sultan Mly Slimane-Béni mellal)
NACER IDRISSI Abdelfettah (FLSH- Université Ibnou Zohr-Agadir)
OUALLOU Zakaria (ENCG-Université Ibnou Zohr- Dakhla)
OUBELOUHY Hassan (FP-Taroudant-Université Ibnou Zohr-Agadir)
OUSSIKOUM Mounir (FLSH-Université Sultan Mly Slimane-Béni mellal)
PARMAR Bina (University of Coventry – UK)
RASSAA Kaouthar (Université Tunis El Manar-Tunisie)
SHAW Sadia (University of Kentucky-Lexington- USA)
TIFROUTE Lahcen (FST-Université Ibnou Zohr-Agadir)
TIJJINI Mustapha (FLSH-Université Mohammed Premier-Oujda)
TOUDA Azelarab (FLSH – Université Ibnou Zohr- Agadir)
ZANZOUN Mustapha (FLSH – Sultan Moulay Slimane University – Beni Mellal)
Modalités pratiques
- Les propositions de communication doivent être envoyées à l’adresse suivante : llec-larlanco-flsh@uiz.ac.ma
- Nous vous prions de bien vouloir respecter les normes suivantes : – Un résumé (Max 400 mots) – Nom et prénom, affiliation(s) académique(s) de l’auteur – Notice biobibliographique de l’auteur – Titre de la communication, mots-clés (5 maximum) et bibliographie sommaire.
Frais de participation
- Enseignant·e·s-chercheur·euse·s : 300 dh (30€)
- Doctorant.e.s : 200 dh (20€)
Calendrier
- Date limite de soumission des propositions : 20 février 2026
- Notification aux auteurs : 15 mars 2026
- Soumission d’articles : 31 juin 2026
- Date du colloque : 01 & 02 avril 2026
Publication & Langue du colloque
La publication est envisagée pour les communications effectivement présentées lors du colloque, transmises dans les délais et ayant reçu un avis positif à la suite d’une évaluation scientifique en double aveugle.
Les langues du colloque : français et anglais.
Formulaire de participation
(À envoyer, en pièce jointe, à l’adresse suivante : llec-larlanco-flsh@uiz.ac.ma )
- Nom et Prénom
- Statut (Enseignant-chercheur / Doctorant / Docteur)
- Directeur de thèse (si vous êtes doctorant)
- Université/Institution
- Titre de la contribution
- Résumé (400 mots)
- Mots clés (05) / Axe
- Références bibliographiques
- Notice biobibliographique
Mots-clés
- Mots-clés
- Emotions