Collectionner les traces et tracer les collections dans les aires hispaniques et hispano-américaines des XIXe-XXIe siècles

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Informations éditées à partir d’une annonce Calenda.

Réponse attendue pour le 15/01/2022

Type de réponse Résumé

Type d’événement Colloque

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Dates de l’événement
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Lieu de l’événement Événement hybride sur site et en ligne, Maison de la Recherche de l’Université Sorbonne Nouvelle, 4, rue des Irlandais , Paris 75005, France

Argumentaire

Comme le signalent trois des acceptions du Littré, la collection est un « assemblage d’objets d’art ou de science », un « recueil de plusieurs ouvrages ou des divers numéros d’une publication » ou encore une « réunion d’extraits »[1]. En somme, un répertoire de matériaux divers. Si nous nous en tenons à cette définition, nous pouvons, en effet, collectionner des objets, des images, des tableaux, des sculptures, des textes littéraires ou des articles de presse. Les collections peuvent aussi héberger des traces impalpables, comme c’est le cas des bibliothèques olfactives. À l’ère du digital, mentionnons également les prises de sons, les photographies numériques et les captations vidéo, toutes intangibles, mais inscrites sur des supports sensibles, tels que la partition, la carte mémoire ou le disque dur. Matériel ou immatériel, un premier questionnement surgit alors, quant à la possibilité de les accumuler, de les organiser, de les archiver, de les diffuser ou de les conserver.

Si nous nous penchons désormais sur l’éclairage sémantique que nous offre le Trésor de la Langue Française informatisé (TLFi), à savoir un « ensemble d’éléments groupés en raison de certains points communs »[2], l’acte de collectionner se précise et ne se limiterait plus à un simple catalogage de données. Son originalité reposerait davantage sur un travail de tri. Les éléments collectionnés possèdent toujours un point commun qui les lie, déterminé en amont par leur assembleur. Pour qu’une collection soit désignée comme telle, il serait donc essentiel que le praticien —qu’il s’agisse d’un conservateur muséal ou d’un particulier passionné— établisse une série de caractéristiques dans le but de délimiter les contours de son ensemble. C’est précisément ce critère de sélection qui semblerait distinguer la collection d’une autre pratique, à première vue semblable : l’archive. Les données seraient donc, dans ce cas-là, recueillies de manière exhaustive, sans marqueur discriminant. Il pourra donc être intéressant de mettre en perspective les deux concepts, collection et archive, dont les définitions se côtoient et semblent parfois se recouper. D’autres pratiques pourraient également être évoquées en tant que processus de collecte, voire d’archivage ; comme ceux de l’inventaire, du corpus, de l’album, du répertoire ou du catalogue.

Si l’on remonte désormais aux origines de la collection, il semblerait, qu’en Europe, elle se soit constituée dès l’Antiquité comme un privilège, apanage d’une certaine élite, composée de princes, de papes, de classes nobiliaires et de savants. En témoigne, par exemple, l’activité des antiquaires de la Renaissance qui accumulaient toutes sortes de pièces et d’œuvres d’art, héritées des époques passées. Plus tard, au XVIIe siècle, apparaissent les cabinets de curiosités, ces lieux où étaient entreposés les objets rares. Au XIXe siècle, la fondation des premiers musées en Espagne (Musée de Sciences Naturelles fondé en 1815, Musée du Prado en 1819, Musée Archéologique National de Madrid en 1867) rend accessible à un large public un certain nombre de collections – même si on peut se demander dans quelle mesure celles-ci parviennent à toucher les classes populaires. C’est à la même époque que le collectionnisme se démocratise. L’entrée dans le Diccionario de la Real Academia Española (DRAE) des termes « collectionner » et « collectionneur », respectivement en 1869[3] et en 1884[4], illustre cet essor. En outre, la création de la Asociación española de Coleccionistas à Madrid au début du XXe siècle permet d’institutionnaliser cette pratique, de créer un réseau de collectionneurs et de leur offrir un espace d’expression et de diffusion à travers la publication de la revue Coleccionismo[5]. À mesure que se diversifient les objets collectionnés, les profils des praticiens se complexifient. Apparaissent alors des collectionneurs amateurs, des collectionneurs marchands, des collectionneurs artisans (comme les maquettistes) ou encore des collectionneurs professionnels de l’art.

Le mobile de ces différents collectionneurs peut reposer sur une passion et/ou sur des choix de raison. Dans le premier cas, le choix de réunir, de compiler et d’amasser naît souvent d’une culture et d’un enthousiasme, qui peut tourner à l’obsession, au fétichisme ou à la folie. L’accumulation de matériaux, lorsqu’elle est compulsive et systématique, peut devenir pathologique (pensons à la syllogomanie et au syndrome de Diogène). Quel statut accorder à ce genre de collectionneurs ? Ne parle-t-on pas ironiquement de « collectionnite aigüe »[6] ? D’« accumulateurs boulimiques »[7] ? Ces praticiens semblent animés d’une passion plus ou moins envahissante qui suppose un rapport affectif à l’objet collectionné. Jacques Derrida attribue, par exemple, au « mal d’archive » une dimension avant tout émotionnelle : « C’est brûler d’une passion. […] C’est se porter vers elle d’un désir compulsif, répétitif et nostalgique, un désir irrépressible de retour à l’origine […] »[8], définition qui nous semble ici transposable au concept de collection. Cette obsession pour l’objet est parfois mal comprise par le reste de la société, car les collections particulières peuvent être déroutantes, voire étranges : elles regorgent d’objets déconcertants, réunis selon divers critères, tels que la rareté, le kitsch, la morbidité ou encore les vertus magiques. Dans ces conditions, les collections peuvent s’écarter du bon goût ambiant et être considérées comme peu adéquates socialement et culturellement. Pensons, par exemple, aux collections de fœtus malformés, de reliques, d’amulettes ou de photographies de défunts. L’esthétique particulière de ces ensembles fascine ou dérange. Les collections privées, toutes impertinentes, insolites ou quelconques qu’elles soient, seraient-elles, en ce sens, moins légitimes que les autres ? Elles bénéficient, en tout cas, d’une valeur pécuniaire moindre, sur le marché notamment. Comment expliquer qu’un quart de peso mexicain datant de 1867 ait été vendu à plus de 80 000 euros aux enchères de la boutique Monnaies d’antan tandis que certaines collections personnelles de numismates sont bradées sur les brocantes ?

Dans d’autres cas, la pratique des collectionneurs fait, au contraire, son entrée sur les circuits institutionnels, notamment dans les espaces muséaux, largement orientés vers la conservation du patrimoine. Il est toutefois possible d’interroger les processus de ces inventaires officiels : l’émotion et l’histoire symbolique des objets ont-elles toujours leur place ? Ne s’agit-il pas, au contraire, d’une collection de raison et d’esprit, fondée sur des enjeux de conservation et de mise en valeur des traces du passé ? Quoi qu’il en soit, les frontières entre la collection privée et la collection publique demeurent mouvantes. Il arrive en effet que les objets de la cellule intime soient récupérés, restaurés et/ou exposés par des institutions publiques. Pensons notamment à la collection secrète (et interdite) de peintures de nus du favori du roi espagnol Charles IV, Manuel Godoy. Les Majas du peintre Francisco Goya ou encore la Vénus à son miroir de Diego Velázquez sont aujourd’hui disséminées au Musée du Prado de Madrid et à la National Gallery de Londres ; elles ont intégré des collections plus larges de tableaux, dont le critère de sélection, le statut et le public ne sont plus les mêmes.

Par conséquent, les collections voyagent et se dispersent, à l’image de l’exposition Machu Picchu et les trésors du Pérou, actuellement hébergée de façon temporaire par le Palais de Chaillot de Paris, et qui donne à voir de précieuses productions artistiques et artisanales de l’Empire inca. Si la muséification de ce type de collections contribue à la préservation de l’histoire des civilisations, cela peut s’avérer problématique lorsqu’elles ont été confisquées voire pillées. Dans une perspective décoloniale, la restitution de ces objets suscite de nombreux débats. À l’inverse, certains fonds de musées comme celui du Musée de la mémoire et des droits de l’homme de Santiago du Chili proviennent, en partie, de donations libres et spontanées de descendants des disparus de la dictature de Augusto Pinochet. On comprend ici l’importance pour les particuliers de faire perdurer leur histoire. Aussi bien les collections privées que les collections publiques constituent un patrimoine capable de façonner l’identité d’une société passée ou actuelle. Elles témoignent d’une époque et ont une valeur documentaire, voire mémorielle, comme le relève l’historienne et commissaire d’exposition Isabelle De Maison Rouge : « La collection […] est un outil de mémoire qui alimente l’utopie de la résistance au temps »[9]. Or, que peut-on dire de certaines collections muséales qui ne sont volontairement pas exposées, qui demeurent inaccessibles au grand public, jusqu’à parfois tomber dans l’oubli ? Certains codex préhispaniques du Musée des Amériques de Madrid sont par exemple inaccessibles au grand public. Plutôt que de raviver une mémoire, certaines pratiques de collection (de musées ou de particuliers) ne pourraient-elle pas signifier la mort de l’objet ?

Le Laboratoire junior La Trace (ED 122, CREC, Université Sorbonne Nouvelle), recueille donc, pour ce colloque, des propositions de communications qui exploreront le concept de collection depuis les études hispaniques et hispano-américaines, les études culturelles, l’histoire de l’art, l’histoire, la philosophie, les arts plastiques, la sociologie, l’anthropologie ou encore les sciences politiques, au cours des trois derniers siècles (XIXe– XXIe).

Ci-suit, quelques axes thématiques (non limitatifs) pouvant faire l’objet de questionnements :

  • Axe 1. La circulation des collections : modalités d’exposition et de réception
  • Axe 2. Les collections et les collectionneurs : perception sociale, stéréotypes et préjugés Axe 3. Les collections matérielles et immatérielles : formes et pluralité des supports
  • Axe 4. Le devenir des collections : conservation, transmission, « resémantisation », spéculation
  • Axe 5. L’entre-deux de la collection : entre mémoire individuelle et mémoire collective, objet de passion et objet de connaissance, passé et présent

Modalités de soumission

Les propositions de communication, rédigées en français ou en espagnol devront comporter :

  • Le nom et l’adresse mail de l’auteur ou des auteurs
  • Les affiliations institutionnelles
  • Le titre de la communication
  • Un résumé de la communication de 300 mots environ
  • Une présentation biobibliographique succincte de 200 mots environ

Elles devront être envoyées, au format .pdf, , à l’adresse suivante : labo.latrace@gmail.com avant le 15 janvier 2023

Le colloque se tiendra les 13 et 14 avril 2023 à la Maison de la Recherche (4, rue des Irlandais, 75005 Paris) de l’Université Sorbonne Nouvelle.

Comité organisateur

  • Lisa Garcia (Université Sorbonne Nouvelle)
  • Patricia C. García Ocaña (Université Sorbonne Nouvelle)
  • Darlène Kuyu (ENS PSL)
  • Caroline Prévost (Université Bordeaux Montaigne/Université Gustave Eiffel)

Comité scientifique

  • Marie Franco (Université Sorbonne Nouvelle)
  • Cecilia González Scavino (Université Bordeaux Montaigne)
  • Marie-Linda Ortega (Université Sorbonne Nouvelle)
  • Évelyne Ricci (Université Sorbonne Nouvelle
  • Cécile Vilvandre-Canizares (Université Toulouse 2 Jean Jaurès)