Engagement patrimonial

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Response type Résumé

Event type colloque

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Event place Maison de la Recherche, Amphithéâtre Molinié (salle D035), 18 rue Serpente , Paris 75006

Argumentaire

Les travaux sur le patrimoine ont largement montré que celui-ci ne constitue ni un élément stable ni une catégorie neutre (Bondaz, Isnart, Leblon, 2012). La patrimonialisation relève d’un ensemble de processus sociaux, politiques, communicationnels et symboliques qui sélectionnent, hiérarchisent et mettent en visibilité certains objets, lieux, territoires, pratiques ou mémoires (Davallon, 2006 ; Babou, 2015 ; Tornatore, 2004). Elle engage des opérations de médiation, de circulation et de légitimation qui participent à la fabrication de collectifs, de communautés, et d’attachements.

Les études critiques du patrimoine (Critical Heritage Studies) ont mises en évidence les tensions qui traversent ces processus : rapports de domination sociaux, culturels ou coloniaux, mais également disciplinaires, dans la définition, l’utilisation et la gestion du patrimoine, occasionnant des frictions institutionnelles et internationales (Bortolotto, 2014) et des conflits d’échelles (Debardieux et Hertz, 2021). C’est dans ce cadre qu’il convient d’interroger les rapports de pouvoir dans la production même des savoirs qui constituent ou accompagnent des processus patrimoniaux et des objets (Davallon, 2023).

En appréhendant la diversité des nuances de savoirs qui circulent (Gaillard, 2024), il s’agit en effet de penser la pluralité des engagements d’une diversité d’acteur·ice·s (chercheur·euse·s, habitant·e·s, militant·e·s, institutions, professionnel·le·s, collectifs, journalistes, artistes, élu·e·s, publics) dans les processus de patrimonialisation. Les dynamiques contemporaines liées aux crises écologiques, aux revendications mémorielles, aux mobilisations militantes (Bessette, 2021) ou aux critiques décoloniales conduisent aujourd’hui à reconfigurer les cadres d’un patrimoine troublé ou en trouble. Les humanités environnementales, les réflexions sur l’Anthropocène, ainsi que les approches décoloniales et pluri-épistémiques invitent à considérer le patrimoine comme un espace engagé, de lutte, d’attention et de composition avec des mondes fragilisés, invisibilisés, marginalisés.

Ce colloque souhaite explorer les différentes formes d’engagements patrimoniaux, entendus à la fois comme engagements dans le patrimoine, engagements par le patrimoine et engagements autour des processus de patrimonialisation. Les propositions pourront porter aussi bien sur des enquêtes empiriques que sur des réflexions théoriques ou méthodologiques. Elles pourront se rattacher à l’un ou plusieurs des cinq axes proposés.

Axe 1 – L’engagement dans le patrimoine

Cet axe interroge les formes d’engagement émanant des pratiques patrimoniales elles-mêmes. Comment le soin du patrimoine mobilise-t-il des attachements, des affects, aboutissant à des prises de position individuelles et collectives ? Il s’agira d’analyser les modalités par lesquelles des acteur·ice·s du patrimoine ont transformé leurs pratiques, afin d’inscrire leur démarche de sauvegarde, médiation ou transmission d’objets patrimoniaux dans une perspective politique. Les propositions pourront questionner la manière dont le patrimoine devient un espace de conflictualité, de revendication ou de résistance, notamment dans des contextes de transformations sociales, environnementales ou politiques. Une attention particulière pourra être portée aux expériences ordinaires du patrimoine, aux formes amateures de mobilisation, ainsi qu’aux engagements situés et relationnels.

Axe 2 – Le patrimoine dans l’engagement

Cet axe porte sur les usages du patrimoine dans les dynamiques d’engagement social, politique, écologique ou militant. Comment des collectifs, associations, institutions, habitant·e·s ou mouvements sociaux mobilisent-ils le patrimoine comme ressource d’action, de légitimation ou de visibilité ? Il s’agira d’interroger la place attribuée au patrimoine par les acteur·ice·s de luttes, pour des causes environnementales, sociales, territoriales ou mémorielles. Les propositions pourront notamment interroger l’interdépendance entre engagement et processus patrimoniaux, éclairant les frictions et les convergences vécues au fil de ces parcours, souvent entrelacés.

Axe 3 – L’engagement pour le patrimoine

Cet axe porte sur les formes d’engagement dédiées à la critique ou la transformation du patrimoine dans une volonté de protection. Comment les controverses, oppositions ou gestes de contestation traversent le patrimoine et le façonnent ? Il s’agira d’étudier comment le patrimoine suscite des mobilisations citoyennes, scientifiques, institutionnelles ou militantes. Les propositions pourront notamment analyser les débats autour des politiques patrimoniales, des destructions et dégradations d’œuvres ou de monuments, des conflits mémoriels, des patrimoines industriels ou des patrimoines en danger.

Axe 4 – Le patrimoine de l’engagement

Cet axe s’intéresse aux savoirs produits au cours des processus de patrimonialisation, ainsi qu’aux objets eux-mêmes patrimonialisés car construits par des engagements sociaux, politiques ou militants. Comment les chercheur·euse·s, les journalistes, les expert·e·s ou les acteur·ice·s de la culture participent à la mise en patrimoine de causes, de luttes ou de mémoires engagées ? Il s’agira d’observer les différentes formes de savoirs, de récits, de médiations ou de relations qui émergent de ces processus. Les propositions pourront porter sur les archives militantes, les mémoires de mobilisations, les patrimoines contestataires ou les formes de patrimonialisation en lutte.

Axe 5 – L’engagement contre le patrimoine

Ce dernier axe interroge les formes d’engagement qui se construisent en opposition aux processus de patrimonialisation et à leurs effets. Loin de faire consensus, le patrimoine peut susciter des résistances, des refus ou des demandes de dépatrimonialisation lorsque les acteur·ice·s concerné.e.s dénoncent des formes de folklorisation, de normalisation ou de dépossession culturelle et territoriale. Les propositions pourront porter sur des contestations visant des projets portés par des institutions patrimoniales, qu’elles émergent de mobilisations extérieures ou de tensions internes à l’institution, notamment dans des contextes de changements politiques, de réorganisations administratives ou de conflits entre acteur·ice·s. D’autres contributions pourront analyser les critiques et revendications liées au refus ou au retrait d’une reconnaissance patrimoniale. Une attention particulière pourra être accordée aux contextes autochtones, postcoloniaux, politiques ou militants, dans lesquels la patrimonialisation apparaît comme un enjeu de pouvoir, de représentation et de transformation des pratiques sociales et culturelles.

Modalités de participation et de rédaction

L’appel à communications s’adresse à l’ensemble des acteur·ice·s ayant contribué, analysé, ou documenté un processus de patrimonialisation. Bien que ce colloque constitue un rendez-vous scientifique, les savoirs présentés pourront être pluriels (scientifiques, journalistiques, militants, professionnels, d’engagement, d’expérience, etc).

Les propositions de communications peuvent répondre aux exigences académiques d’une communication scientifique, comme précisé ci-dessous, ou prendre une forme plus informelle et faire l’objet d’une prise de contact directe (par courriel) avec le comité d’organisation de l’événement. Nous souhaitons en effet prévoir des formats de prise de parole adaptés aux différent·e·s acteur·ice·s et au partage d’expériences (table ronde, récit, projection, immersion, création, performance, etc).

Si vous choisissez le format scientifique, les propositions de communications devront être envoyées dans un fichier Word portant votre nom et votre prénom et comportant les éléments suivants :

  • Nom, prénom, adresse électronique, institution de rattachement et courte biographie
  • Titre de la proposition
  • Axe(s) concerné(s)
  • Résumé de 500 mots maximum (hors bibliographie)
  • Bibliographie

Le fichier devra être déposé sur le site du colloque : https://patrimengage.sciencesconf.org

Les propositions seront anonymisées et évaluées en double aveugle par le comité scientifique.

Calendrier pour répondre à l’appel à communications

  • Diffusion de l’appel : 29 juin 2026
  • Date limite des soumissions : 20 septembre 2026
  • Date de réponse : 6 novembre 2026

Informations pratiques

Dates du colloque : 14 et 15 janvier 2027
Lieu : Maison de la recherche – 18 rue Serpente 75006 Paris – Amphithéâtre Molinié (salle D035)

 

Certification

Dans l’objectif de valoriser l’intervention d’une diversité d’acteur·ice·s aux profils, aux statuts et aux engagements variés, le colloque sera certifiant. Un certificat de participation sera attribué à chacun·e des participant·e·s qui pourront le valoriser dans les espaces formels ou informels de leur choix.

Par cette pratique symbolique, nous reconnaissons l’engagement patrimonial des acteur·ice·s invisibilisé·e·s, minorisé·e·s, marginalisé·e·s et en situation de précarité dans les processus de patrimonialisation. Nous souhaitons en effet rendre compte de la pluriversalité du patrimoine[1], des processus de patrimonialisation, et des engagements dans ces processus.

Comité d’organisation

  • Julien BENESTY-GAILLARD, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, GRIPIC (CELSA – Sorbonne Université), gaillard@sorbonne-universite.fr
  • Quentin TOURAUD, doctorant en Muséologie, PALOC (Muséum national d’Histoire Naturelle) / MEDIATIONS (Sorbonne Université), touraud@edu.mnhn

Comité scientifique

  • Igor BABOU, professeur des universités en Sciences de l’information et de la communication, LADYSS (Université Paris Cité)
  • Gaëlle BEAUJEAN, docteure en Anthropologie sociale et Ethnologie, responsable de l’unité patrimoniale Afrique, Musée du quai Branly
  • Julien BENESTY-GAILLARD, maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication, GRIPIC (CELSA – Sorbonne Université)
  • Anne BESSETTE, docteure en Sociologie, chercheuse associée, CERLIS / PALOC
  • Émilie DA LAGE, professeure des universités en Sciences de l’information et de la communication, Gériico (Université de Lille)
  • Judith DEHAIL, maîtresse de conférences, LESA (Université Aix-Marseille)
  • Lucille LAMACHE, doctorante en Sciences de l’information et de la communication, GRIPIC (CELSA – Sorbonne Université) / DICEN (Université Paris Nanterre)
  • Delphine SAURIER, professeure en Sciences de l’information et de la communication, Audencia SciencesCom, chercheuse associée, GRIPIC (CELSA – Sorbonne Université)
  • Quentin TOURAUD, doctorant en Muséologie, PALOC (Muséum national d’Histoire Naturelle) / MEDIATIONS (Sorbonne Université)

Bibliographie

BABOU Igor, « Patrimonialisation et politiques de la nature : le parc national de La Réunion », VertigO, vol. 15, n° 1, 2015, https://doi.org/10.4000/vertigo.16038.

BESSETTE Anne, Du vandalisme d’œuvres d’art : destructions, dégradations et interventions dans les musées en Europe et en Amérique du Nord depuis 1970, Paris, L’Harmattan, coll. « Lauréats – Prix scientifique L’Harmattan », 2021.

BONDAZ Julien, ISNART Cyril et LEBLON Anaïs, « Au-delà du consensus patrimonial : Résistances et usages contestataires du patrimoine », Civilisations, vol. 61, n° 1, 2012, p. 9-22, https://doi.org/10.4000/civilisations.3113.

BORTOLOTTO Chiara, « Frictions à l’UNESCO : Fabriquer du patrimoine en régime de gouvernance globale – UNESCO FRICTIONS », Agence nationale de la recherche [en ligne], disponible sur : https://anr.fr/Projet-ANR-14-ACHN-0006 (consulté le 29 juin 2026).

DAVALLON Jean, Le don du patrimoine. Une approche communicationnelle de la patrimonialisation, Paris, Hermès Science-Lavoisier, coll. « Communication, médiation et construits sociaux », 2006.

DAVALLON Jean, Des traces patrimoniales en devenir : une analyse communicationnelle des modes de patrimonialisation, Londres, ISTE Editions, coll. « Série Trace », 2023.

DEBARBIEUX Bernard et HERTZ Ellen, « La patrimonialisation en quête de ses échelles », L’Espace géographique, vol. 49, n° 4, 2021, p. 289-302, https://doi.org/10.3917/eg.494.0289.

GAILLARD Julien, Vers une patrimonialisation en lutte : ethnographie des savoirs, des objets et des pratiques de Notre-Dame-des-Landes, thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, Sorbonne Université, Paris, 2024, disponible sur : https://theses.fr/266757723.

TORNATORE Jean-Louis, « La difficile politisation du patrimoine ethnologique », Terrain, n° 42, 2004, p. 149-160, https://doi.org/10.4000/terrain.1791.

[1] Voir : https://www.youtube.com/watch?v=_X6heO17vow

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