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Event place Université Clermont Auvergne, Clermont-Ferrand 63000, France
Dans un contexte international marqué par la montée des replis identitaires, des tensions géopolitiques et des discours politiques valorisant la fermeture ou la protection des frontières, les dynamiques d’ouverture et de circulation qui ont longtemps structuré l’espace académique se trouvent aujourd’hui questionnées. Les mobilités étudiantes et scientifiques, qui constituent l’un des fondements historiques de la production et de la diffusion des savoirs, s’inscrivent désormais dans des environnements sociaux et politiques parfois traversés par des logiques de défiance à l’égard de l’altérité.
Dans ce contexte, les établissements d’enseignement supérieur (EES) apparaissent plus que jamais comme des lieux où se construisent des formes de dialogue interculturel, de coopération et de compréhension mutuelle. Dès lors, l’internationalisation de l’enseignement supérieur ne peut se réduire à une juxtaposition de dispositifs administratifs, pédagogiques ou d’accompagnement conçus séparément. Travailler chacun de son côté sur l’accueil du public international ne suffit pas : il s’agit désormais de faire communauté, en construisant des espaces relationnels et symboliques où chacun peut se sentir reconnu, légitime et pleinement partie prenante de l’institution et du territoire. Cette ambition implique de dépasser une logique d’accueil unilatéral pour favoriser des dynamiques d’interactions réciproques, dans lesquelles les publics internationaux comme les communautés locales participent à la co-construction de pratiques, de significations et de formes d’appartenance partagées.
Dans cette perspective, l’interculturalité constitue un cadre conceptuel central. Elle ne renvoie pas seulement à la coexistence de cultures diverses, mais à la mise en relation, à la coconstruction de significations, de pratiques et de valeurs communes, dans un dialogue continu entre individus et collectifs. L’intégration des étudiants, enseignants, enseignants-chercheurs, chercheurs et personnels administratifs internationaux implique ainsi des dynamiques d’interactions réciproques, dans lesquelles les cultures institutionnelles, académiques et territoriales sont elles-mêmes interrogées et transformées.
Le colloque organisé à l’Université Clermont Auvergne (Clermont-Ferrand, France) les 25, 26 et 27 novembre 2026 ambitionne de croiser retours d’expériences, analyses de dispositifs, et apports théoriques afin d’interroger ce que signifie « faire communauté dans l’enseignement supérieur » dans un contexte d’internationalisation. Il s’agira d’explorer comment l’interculturalité peut être pensée non seulement comme un objectif, mais comme un processus structurant des politiques, des pratiques pédagogiques et des formes de vie institutionnelle.
Nous invitons les chercheurs et chercheuses issus de différents champs disciplinaires et les praticien.ne.s à proposer des communications, en français, en anglais ou en espagnol, en lien avec l’un des axes suivants :
Axe 1 — Internationalisation de l’enseignement supérieur et reconfiguration des communautés académiques
Dans un contexte de transformation profonde de l’enseignement supérieur, marqué par l’intensification des mobilités étudiantes et scientifiques, la structuration de coopérations internationales et l’émergence de nouveaux cadres européens, les établissements d’enseignement supérieur (EES) sont conduits à repenser leurs stratégies d’internationalisation et à revoir leurs modèles. Ils intègrent notamment de plus en plus de pratiques relevant de l’« internationalisation à la maison », qui vise à valoriser la diversité culturelle et académique présente sur les campus et à faire de la présence des publics internationaux une ressource pour l’ensemble de la communauté.
Or, les établissements redéfinissent leurs stratégies d’internationalisation sous l’effet de dynamiques multiples : politiques publiques, programmes européens, logiques de compétitivité académique et attractivité internationale. Ces orientations reposent également sur des mécanismes d’incitation (financements, reconnaissance académique, dispositifs de mobilité, projets structurants). Cela a conduit notamment à l’émergence d’alliances d’universités européennes qui contribuent à reconfigurer les cadres de coopération, en encourageant la construction d’espaces académiques transnationaux et en invitant les établissements à penser leur action à une échelle élargie.
Ce premier axe vise à analyser les liens entre stratégies institutionnelles, politiques d’internationalisation et transformations des communautés académiques, en mettant en lumière les conditions dans lesquelles ces politiques peuvent contribuer à structurer de nouvelles formes de collectifs universitaires.
Axe 2 — Médiations, pratiques et expériences du « faire communauté »
Dans un contexte universitaire de plus en plus internationalisé et diversifié, la simple coexistence de publics aux parcours culturels, linguistiques et académiques différents ne suffit pas à produire un véritable sentiment de communauté. Les établissements doivent non seulement accueillir les publics internationaux, mais également favoriser l’intégration, la participation et la reconnaissance mutuelle. Le sentiment d’appartenance à la communauté universitaire repose sur des interactions concrètes, des dispositifs de médiation et des pratiques qui permettent de co-construire du sens partagé. Ces processus incluent à la fois des médiations communicationnelles et symboliques (discours institutionnels, narrations collectives, initiatives de valorisation des contributions individuelles) et des pratiques plus opérationnelles et culturelles (activités sportives, culturelles ou associatives, mentorat, parrainage, bénévolat), qui créent des occasions de rencontre et de coopération au quotidien. Par ailleurs, la construction d’un sentiment d’appartenance ne se limite plus aux espaces institutionnels formels. Elle s’inscrit dans une pluralité de lieux, de pratiques et d’interactions qui dépassent souvent les frontières de l’établissement. Des formes de communauté se déploient ainsi au-delà du cadre strict de l’université, dans des espaces territoriaux, associatifs ou transnationaux : partenariats locaux, engagement citoyen, mobilités hybrides, interactions entre établissements.
Enfin, dans le cadre de l’internationalisation et des alliances européennes, ces pratiques posent des défis particuliers : comment faire communauté lorsque les collectifs sont étendus, dispersés géographiquement ou impliqués dans des dispositifs transnationaux ? Comment transformer les orientations stratégiques et les valeurs de l’institution en expériences vécues et partagées par l’ensemble des membres ?
Ce deuxième axe se situe au cœur de l’opérationnel : il ne s’agit plus seulement d’analyser des concepts ou des stratégies, mais d’étudier les dispositifs, pratiques et interactions qui font réellement communauté, et la manière dont elles façonnent les expériences et le sentiment d’appartenance au quotidien.
Axe 3 – Environnements numériques et communautés universitaires
Les dispositifs numériques contribuent à redéfinir les contours des communautés universitaires en permettant des interactions qui s’affranchissent des contraintes géographiques et institutionnelles. Ils participent à l’émergence de communautés étendues, distribuées entre différents espaces (locaux, nationaux et internationaux).
Dans le cadre des alliances européennes, ces environnements numériques jouent un rôle structurant : ils soutiennent les formations conjointes, les mobilités hybrides, ainsi que les interactions quotidiennes entre acteurs issus d’institutions partenaires. A ce titre, ils constituent des espaces privilégiés pour expérimenter de nouvelles formes de « faire communauté » à distance et à l’échelle transnationale, en articulant dynamiques institutionnelles, pratiques pédagogiques et usages ordinaires des outils numériques. Toutefois, ces transformations ne vont pas de soi et invitent à se poser une question centrale : dans quelles conditions les dispositifs numériques permettent-ils de construire des formes durables de sociabilité, d’engagement et d’appartenance au sein de communautés universitaires transnationales, et quelles limites ou tensions ces dynamiques révèlent-elles ?
Ce troisième axe propose ainsi d’analyser les conditions dans lesquelles les environnements numériques participent (ou non) à la construction de communautés universitaires élargies, en s’intéressant aux pratiques, aux usages et aux expériences qu’ils rendent possibles.
Axe 4 – Limites, inégalités et tensions du « faire communauté » en contexte interculturel
Si l’interculturalité est souvent envisagée comme un levier d’intégration et de cohésion, sa mise en œuvre concrète se heurte à un ensemble de contraintes, résistances et inégalités qu’il convient d’interroger. Les politiques d’internationalisation, y compris dans le cadre des alliances européennes, reposent sur des principes d’ouverture, de coopération et de circulation, mais leur appropriation par les acteurs reste inégale et parfois problématique.
Les difficultés liées aux barrières linguistiques, aux écarts de compétences interculturelles, aux contraintes professionnelles ou encore aux inégalités sociales peuvent limiter la participation effective des étudiants et des personnels. De même, certaines injonctions à l’internationalisation peuvent produire des formes de tension entre objectifs institutionnels et réalités de terrain.
Ce quatrième axe propose d’adopter une approche critique du « faire communauté », en mettant en lumière les conditions, les limites et les effets différenciés des dispositifs mis en place, tant au niveau local que dans des configurations transnationales comme les alliances européennes.
Ce colloque vise à ouvrir un espace de dialogue entre chercheurs et praticiens autour des conditions concrètes du « faire communauté » dans un monde académique à la fois globalisé, numérisé et traversé par des tensions. Autour des questionnements associés à ses quatre axes, nous souhaitons interroger les transformations contemporaines de l’enseignement supérieur dans le contexte de l’internationalisation et des dynamiques interculturelles. L’attention portée aux alliances d’universités européennes, aux dispositifs d’internationalisation à la maison, ainsi qu’aux espaces transnationaux et extra-institutionnels, invite à dépasser une conception strictement localisée de la communauté académique pour en saisir les recompositions contemporaines.
Ce colloque prend place dans le cadre des commémorations organisées chaque année par l’Université Clermont Auvergne en hommage aux victimes de la rafle survenue à ClermontFerrand le 25 novembre 1943. Cet événement, qui a marqué durablement l’histoire universitaire et locale, rappelle combien les espaces académiques peuvent être traversés par des logiques d’exclusion, de persécution et de rupture du lien social. En inscrivant ce colloque dans cette mémoire, il s’agit de réaffirmer l’importance de penser l’université comme un espace de refus des discriminations, d’ouverture à l’altérité et de construction du commun. La réflexion sur le « Faire communauté » prend ainsi une dimension à la fois scientifique et éthique : elle invite à interroger les conditions dans lesquelles les institutions d’enseignement supérieur peuvent aujourd’hui favoriser des formes d’appartenance inclusives, fondées sur la reconnaissance, la solidarité et le respect des différences.
Publication prévue
Une publication des articles issus du colloque sera proposée dans la revue K@iros (https://revues-msh.uca.fr/kairos/). Les auteur·rices seront invité·e.s à soumettre, après le colloque, une version développée de leur communication, en vue d’une publication dans un numéro de la revue. Les contributions sélectionnées feront l’objet d’un processus d’évaluation scientifique conforme aux standards académiques en vigueur (expertise en double aveugle). ——————————————
Modalités de participation
Le colloque se déroulera en présentiel les 25, 26 et 27 novembre 2026, à la Maison des Sciences Humaines, 4 rue Ledru, à Clermont-Ferrand (France).
Il n’y a aucun frais d’inscription. Les déjeuners des communicants seront pris en charge.
Modalités de soumission
Les propositions de communication, en anglais, en français ou en espagnol, prendront la forme d’un résumé d’environ 500 mots. Deux types de contributions sont attendus :
- Les propositions à visée scientifique préciseront clairement l’objectif de la recherche, la problématique développée, ainsi que le cadre théorique mobilisé. Les auteurs veilleront également à présenter le terrain étudié, la méthodologie adoptée et les principaux résultats obtenus ou attendus. L’axe du colloque dans lequel s’inscrit la proposition sera annoncé.
- Le colloque est également ouvert à des retours d’expériences et présentations de dispositifs ou de pratiques professionnelles. Ces propositions, qui ne nécessitent pas nécessairement de cadrage théorique explicite, devront néanmoins exposer le contexte de l’action, les objectifs poursuivis, les modalités de mise en œuvre, ainsi que les principaux enseignements tirés de l’expérience.
Chaque proposition devra être accompagnée d’une courte notice bio-bibliographique présentant l’auteur.trice ou les auteurs.trices.
La proposition de communication sera envoyée à l’adresse suivante : colloque.msh@uca.fr
Calendrier prévisionnel
- 12 juin 2026 : Réception des propositions de contributions
- 26 juin 2026 : Réponse aux auteurs
- 30 août 2026 : Confirmation de participation au colloque
- 25-27 novembre 2026 : Colloque. Transmission des consignes de rédaction de la revue K@iros
- 15 décembre 2026 : Date limite de réception des articles pour soumission à la revue K@iros (avant processus d’expertise par la revue)