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« Ghetto »

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De récentes études ont montré avec finesse combien les tout premiers ghettos, les ghettos juifs d’Italie du XVIIè siècle, ne se limitaient pas à figurer un espace contraint, mais incluaient une dimension de négociation par laquelle les Juifs conservaient une forme d’agentivité, notamment autour des règles ou des activités économiques (Gasperoni, 2018 ; Gasperoni, Groppi, 2018). Cette expérience ambivalente du ghetto, dès l’apparition du terme (en vénitien géto fait référence aux fonderies, lieux où le métal était “jeté”), associe initialement le ghetto à un dispositif géographique et matériel de mise à l’écart et de confinement d’un groupe dominé.

“Le ghetto était un espace paradoxal qui faisait des Juifs des parias du fait de leur différence religieuse, sans les bannir physiquement. Contrairement à l’Angleterre, la France, l’Allemagne, l’Espagne, et le Portugal, qui expulsèrent leurs populations juives, la République Vénitienne permit un établissement juif dans les marges au nord de la ville”,

rappelle Dana Katz (2021), qui souligne l’importance de la dimension architecturale du ghetto vénitien construit sur le sol particulièrement instable de la lagune. Institution caractéristique de la réclusion des populations juives d’Italie, le ghetto se retrouve par la suite en Europe, puis aux États-Unis où le terme est repris et appliqué aux quartiers juifs puis noirs, et popularisé notamment par la sociologie urbaine émergente (Wirth, 1928). D’autres travaux ont proposé d’étendre la signification du ghetto aux situations de rupture entre les différents groupes sociaux français qui souhaiteraient vivre séparés les uns des autres (Maurin, 2004), voire aux quartiers d’auto-ségrégation socio-spatiale des classes dominantes (Pinçon & Pinçon-Charlot, 2007). Pour éviter la confusion entre ces définitions parfois peu compatibles entre elles, nous proposons de repartir de l’idée que le ghetto qualifie un espace de relégation caractérisé par une concentration et une séparation spatiale subies. Il se distingue par là en partie du “quartier ethnique” qui procède en principe d’affinités électives, en raison du fait que “la ségrégation y était poreuse, produit de la solidarité immigrée et de l’attraction ethnique plutôt qu’imposée par l’hostilité implacable des groupes extérieurs” (Wacquant, 2005). Une distinction plus fine proposée par Peter Marcuse, revisitée par Juliette Galonnier, marque la nuance entre l’enclave, caractérisée par l’auto-ségrégation d’une minorité, la citadelle, définie par celle d’un groupe dominant, et le ghetto, dans lequel une minorité ethno-raciale, y compris les fractions supérieures de celle-ci, est exclue de façon forcée sans que la possibilité de contrôler son environnement ne lui soit reconnue (Galonnier, 2015). La mise à l’écart semble de ce point de vue être un élément déterminant de la “ghettoïsation”, à savoir une exclusion accompagnée de mécanismes d’exploitation notamment économique, les habitant-es du ghetto demeurant une force de travail et d’innovation mobilisable dans la ville (pour la dimension d’innovation, voir par exemple Tastevin, 2017). Souvent, cette exclusion se construit autour d’un rapport d’exploitation économique (comme le montre l’activité de prêteurs des Juifs des ghettos italiens) et culturelle, ainsi que de la mise en avant de craintes du côté des institutions tant formelles qu’informelles et qui peuvent prendre l’apparence d’un souci hygiéniste, ou passer par la médiation de paniques morales, comme dans le cas de la crainte d’une diffusion de l’épidémie de VIH depuis les “centres urbains” vers les “banlieues”, marquée par la double stigmatisation des personnes noires et des homosexuels dans les États-Unis des années 80 (Esparza, 2019). Ces craintes peuvent trouver des prolongements dans l’imposition de stigmates réputationnels, qui discriminent durablement les habitants du ghetto hors de ses limites (Dulong, Paperman, 1992).

Si le ghetto contraint, il permet aussi une certaine agentivité, voire une créativité sociale et culturelle. En effet, ainsi que le précise Loïc Wacquant, les ghettos, en délimitant des espaces, créent les conditions de production des assignations collectives pour les populations qui y vivent. C’est-à-dire qu’

“il est un dispositif de protection et d’intégration dans la mesure où il soulage ses membres du contact constant avec les dominants et qu’il favorise la “consociation” et la construction communautaire au sein de la sphère restreinte des relations qu’il crée. L’isolement forcé vis-à-vis de l’extérieur conduit à l’intensification des échanges sociaux et du partage culturel à l’intérieur” (Wacquant, 2012).

En permettant la construction des rapports sociaux (en particulier de classe et de race) qu’il est censé gérer, le ghetto permet ainsi de les appréhender de façon heuristique tout en rejetant toute forme d’esssentialisme et de réification. La réappropriation de ces assignations collectives par les habitants peut du reste leur servir de ressources dans des productions culturelles. Le géographe Séverin Guillard, notamment, a montré la façon dont une production musicale comme le rap prenait ses racines dans des espaces socialement ségrégués, mais visait parfois à renverser l’ordre symbolique entre ces derniers et les “centres” auxquels ils sont subordonnés (2017), par exemple en plaçant Saint-Denis largement devant Paris. À la fois dispositif de politique publique, lieu et institution, le ghetto peut ainsi être rapproché des camps de réfugiés (Agier, 2014), qui contrairement aux nombreux arguments sur leur statut “d’espaces d’exception” demeurent des espaces de production de l’urbain (Doraï & Puig, 2011), bien qu’ils soient touchés par des tentatives similaires de marginalisation et de contrôle (Bernardot, 2008). Cette production d’urbanité (qu’on ne retrouve pas toujours dans d’autres lieux de réclusion comme la prison, par exemple) est une autre façon de qualifier l’ambivalence qui caractérise ces espaces, en contrepoint du côté sombre qu’ils charrient au premier abord et parfois uniquement. Est-ce bien toujours le cas – notamment quand l’acception métaphorique du terme l’emporte sur sa dimension matérielle, spatiale ?

L’ambition de ce numéro est d’aborder le ghetto en posant la primauté de son caractère matériel, pour voir les façons dont il peut être saisi comme objet d’enquête et comme concept. Nous invitons différent-es praticien-nes des sciences sociales issu-es tant de l’histoire, de la sociologie, de l’anthropologie, de l’architecture et de la géographie, mais aussi de la littérature, de la linguistique, de l’économie, des arts (musique, spectacle, cultures visuelles…), du droit, de la philosophie, de l’urbanisme et des sciences politiques à s’emparer de ces questions. Il est attendu des propositions qu’elles décrivent le caractère concret des ghettos qu’elles souhaitent enquêter et analyser – quitte à ce que l’enquête les mène aussi vers des acceptions métaphoriques, notamment celles portées par les acteurs sociaux eux-mêmes. Trois axes structurent cet appel à contributions : le ghetto comme forme urbaine ; comme frontière et occasion de circulations ; et enfin comme ressource créative.

Axe 1 : Le ghetto comme forme urbaine : approche historique et spatiale

Historiquement, il convient d’appréhender le ghetto en tant que dispositif faisant l’objet de circulations. “Inventé” à Venise, il se diffuse en Italie, puis en Europe et dans l’Empire Ottoman, et aux États-Unis et ailleurs, au Japon par exemple (Wacquant, 2012). Replacer le ghetto et ses imaginaires dans les pratiques de l’enfermement et de la marginalisation en général permettrait de situer cet objet en relation avec les techniques du camp, du slum, du bidonville, etc., et leurs variations locales.

Nous proposons donc comme angle premier pour ce numéro d’appréhender le ghetto comme une forme urbaine, localisée en un temps et un lieu particulier, dont le sens a fait par la suite l’objet d’une montée en généralité, de luttes conceptuelles ou d’usages métaphoriques s’appuyant sur un ou plusieurs des traits définitionnels initiaux. Dans son état des lieux sur la question, Loïc Wacquant (2005) montre comment, de terme utilisé par les acteurs eux-mêmes et se référant spécialement à ces parties des villes étatsuniennes habitées par les Juifs européens, le signifiant “ghetto” en est venu à désigner les quartiers ethniques :

“‘Petites Siciles, Petites Polognes, Chinatowns et Ceintures Noires de nos grandes villes’, ainsi que les ‘zones de vice’ abritant les types sociaux déviants tels que les hobos, bohémiens et autres prostituées” (ibidem, p. 6).

Cette perspective ignore toutefois la spécificité du ghetto en confondant des phénomènes de regroupement par affinités électives et une forme d’enfermement imposée, tant aux Juifs en Europe de l’Est qu’aux Noirs aux États-Unis. C’est cette forme d’enfermement, en particulier, qui est étudiée dans un autre classique de la sociologie, Les Noirs de Philadelphie, par William EB Du Bois (2019), qui voit dans le mécanisme de formation des taudis de Philadelphie où vivent les Noirs un effet matériel et spatial du racisme. Pour Du Bois, c’est également  la confrontation au ghetto juif de Varsovie qui forme la compréhension du phénomène du racisme :

“le ghetto de Varsovie m’a aidé à sortir d’un certain provincialisme vers une conception plus large des manières dont la lutte contre la ségrégation raciale, contre la discrimination religieuse et l’oppression des pauvres devait évoluer, pour que la civilisation puisse se répandre et triompher dans le monde” (1949, p. 134).

Cet effet matériel de dynamiques culturelles est par la suite analysé également sous l’angle des politiques publiques, en particulier via la pratique du redlining (pratique de discrimination consistant à restreindre l’accès à la propriété ou à la location aux minorités raciales dans certains quartiers), qui ancre les rapports sociaux de race dans le tracé même des villes (Rothstein, 2017), dans le contexte étatsunien de ségrégation raciale.

Pour reprendre les mots de Wacquant (2005), le ghetto pourrait donc être appréhendé comme un véritable “produit de pouvoir asymétrique entre groupements ethno-raciaux : une forme spéciale de violence collective concrétisée dans et par l’espace urbain” (p. 12). Dans cette optique, c’est en s’inspirant du concept de “gouvernementalité” de Foucault que Picker, Greenfield & Smith (2015) ont pensé aux ghettos urbains comme à des lieux d’exercice des “technologies politiques spatio-raciales” (ibidem) qui permettraient de contrôler, par l’emploi de technologies récentes (par exemple par des caméras de surveillance), des espaces relativement clos qui séparent physiquement et socialement les habitants du centre de la ville. Comment ne pas penser à l’emploi massif de ces technologies dans ces dernières années de crise sanitaire (COVID-19) où la nécessité de rester chez soi a été mise en œuvre de manière assez généralisée ? Ce qu’il s’est passé dans certains ghettos tsiganes de Bulgarie en est un exemple clair : les quartiers ont été clos, la présence policière intensifiée et de véritables couvre-feux ont été établis afin de régler la sortie des habitants qui se sont trouvés ainsi “walled in by fear” (Canut, 2018) – enfermés par la peur non seulement de la criminalité mais aussi du contact et de la contagion. C’est aussi ce qu’il s’est passé aux États-Unis où la relégation des noirs américains (Massey, Denton, 1988) et les disparités dans l’accès aux services de santé (Raudenbush, 2020) les ont plus exposés à la contagion au COVID-19.

Ni tout à fait concept, ni tout à fait phénomène dénué de conceptualisation, le ghetto renvoie plutôt à ce que Louis Quéré (1994) appelle un objet sémiotique ou artefact sémantique, c’est-à-dire un objet déjà stabilisé “sous une description” (Mink, 1978) (qui est catégorisante, schématisante, etc.).1 Pour autant, l’histoire de cette stabilisation reste à faire, notamment l’histoire de l’utilisation de cette catégorie descriptive pour des espaces précis : comment en vient-on à décrire tel espace comme un ghetto, avec ce que la description sous ce terme emporte avec elle de dispositifs, mais aussi d’horizons d’attente et de normativité pour celles et ceux qui entendent cette description, ou encore de charge réputationnelle pour les habitants dont le lieu de vie est soumis à une telle description… ?

Lieux de mise à l’écart et d’enfermement, les ghettos sont en même temps des lieux de constructions identitaires et de production d’histoire et de culture. Il est ainsi possible de penser à la mise en tourisme d’espaces comme les townships en Afrique du Sud, le quartier juif de Cracovie (voir Ruthers, 2014, sur la revalorisation de ce quartier par le moyen de festival annuel de musique klezmer) ou comme Harlem à New-York. Mary Pattillo (2007) a pu montrer la façon dont la revitalisation de ces quartiers au nom de la valorisation de leur “identité raciale” n’a pas été une simple affaire de “communauté” et a impliqué des mécanismes d’appropriation et de marginalisation, participant de processus de gentrification. Comment se produisent ces valorisations, qui en bénéficie, et qui les subit ? Quels sont les discours légitimes et illégitimes les concernant ? Quelles sont les formes alternatives, critiques, ou émancipatrices de ces phénomènes ? Comment se reproduit le ghetto, et quand cesse-t-il d’en être un ? Autant de questions qui invitent à des approches comparatives autant que monographiques non pas sur le ghetto en général, mais sur des ghettos particuliers.

Axe 2 : Frontières et circulations : diversité des expériences du ghetto

Si donc la forme urbaine du ghetto peut renvoyer, de manière plus ou moins métaphorique, à une idée de clôture ou de fermeture, ou pour le moins d’isolement et de contrôle, ces notions ne sauraient épuiser ce que les habitants du ghetto font ou peuvent faire de leur situation. Même dans les institutions totales, notait Erving Goffman, l’emprise ne saurait être complète : la communication verbale peut bien y être interdite, cela n’empêche pas d’autres formes de communication d’émerger (Goffman, 1968), par adaptation secondaire. On peut dans ce cadre penser au récent livre de Judy Batalion (2022) sur les femmes des ghettos d’Europe de l’est et leurs résistances discrètes face aux nazis. Plus spécifiquement concernant le ghetto, l’école de Chicago de sociologie en a fait une de ses thématiques récurrentes, à travers le classique de Louis Wirth (The ghetto, 1928) et de nombreuses autres études d’écologie urbaine – au moment où les formes urbaines mêmes de Chicago changeaient considérablement, avec l’afflux de nouveaux habitants. Dans cette approche, le ghetto est compris comme une des différentes aires naturelles qui forment la ville, saisie sous la métaphore de la mosaïque ; cette aire naturelle qu’est le ghetto est insérée dans le processus migratoire, voire dans le processus d’urbanisation des migrants. Les différentes aires paupérisées de la mosaïque, et spécifiquement le ghetto, renvoient à ce que la ville produit continuellement en matière de ségrégation sociale et spatiale ; cependant, et c’est l’intérêt de la métaphore de la mosaïque, ces aires ne fonctionnent pas en vase clos mais forment système entre elles dans le tout de la mosaïque / ville. C’est dire combien la ville ne saurait se penser sans les formes de mobilité qu’elle contribue également à rendre possibles et que les habitant-es du ghetto cherchent à exploiter à la moindre occasion (voir Joseph, 1983, pour une synthèse éclairante). En somme, la ville assigne dans le ghetto, et permet la sortie du ghetto : comme un mouvement de balancier inscrit dans les mobilités urbaines et plus généralement dans l’expérience de la métropole.

Ce principe du balancier entre ségrégation et mobilité, acquis majeur de l’école de Chicago, présente l’avantage d’appeler des analyses nuancées, qui évitent le double écueil du populisme et du misérabilisme (Grignon, Passeron, 1989). Le présent appel à articles invite par conséquent à décrire les ambivalences, la diversité des expériences du ghetto ainsi que les domaines d’application de ce balancier. Le travail et l’économie (y compris souterraine) fournissent évidemment de puissantes occasions pour sortir du ghetto ; d’autres ressources sont également centrales, comme les réseaux (locaux, familiaux, dans les cas de migrant-es, etc.), mais aussi des qualités comme la “débrouillardise” ou “l’autochtonie”, qui sont construites de façon toujours localisée dans des réseaux géographiques plus vastes que le seul ghetto (Hilgers, 2011). Ces allers et retours, plus largement tous ces mouvements entre les aires qui font sortir du ghetto tout en y ramenant, tendent à compliquer la métaphore de la mosaïque utilisée pour la métropole – et dont le ghetto fournit une pièce – et invitent à s’intéresser aux “comportements frontières” (Joseph, 1983). De tels comportements gagneraient à être explorés dans toute la diversité et toute l’épaisseur de leur étendue, comme les figures du sniper et plus récemment du djihadiste nous y invitent. En effet, la figure du sniper (Joseph, 1992) sape les principes d’accessibilité et de visibilité de l’espace public urbain en s’attaquant au passant singulier, et empêche les circulations à partir d’une position frontière, en surplomb – et dénie ainsi le droit de visite dans un territoire. La figure du djihadiste (Stavo-Debauge, 2016) s’attaque de son côté à ce que l’urbanité produit de rassemblements (places, promenades, gares et aéroports, etc.), en réussissant le jour de l’attaque à y évoluer de manière compétente (sans attirer l’attention), mais aussi en ayant bénéficié de bases arrières qui lui ont permis de préparer son coup – le ghetto devenant un espace d’embrigadement et de repli. À ce titre, le sniper comme le djihadiste, “créatures monstrueuses de la ville elle-même” (Ibid.), manifestent des versions inattendues du balancier ghetto / espaces centraux, et invitent à en repenser les frontières et les circulations. Ces figures, comme celles du débrouillard ou de l’autochtone plus haut, ne sont pas à prendre au pied de la lettre (pas même dans leur supposée négativité), mais pour stimuler l’imagination anthropologique (au sens large) et inviter les contributrices et contributeurs à proposer des analyses renouvelées de la tessiture des figures du ghetto.

La question des frontières et des comportements associés gagnerait aussi à être analysée du point de vue de l’immédiat extérieur du ghetto : dans son analyse des camps palestiniens, Daniel Meier montre ainsi la façon dont les camps et les quartiers adjacents se ressemblent sur le plan matériel et peuvent selon les périodes se confondre socialement ou au contraire faire l’objet d’une séparation qui renforce les identités collectives des deux côtés de la frontière (2008).

Ces premiers éléments visent à problématiser les liens multiples et ambivalents entre le ghetto et les autres mondes sociaux environnants. Un autre champ d’investigation possible aurait trait aux interactions quotidiennes, notamment si l’on suit les analyses de Hoggart en termes de “nous contre eux” (1970) ou celles convergentes de Du Bois concernant la double conscience et la double vue (Du Bois, 2007 ; Rawls, Duck, 2020 ; Chanial, 2021) : si la double conscience fonctionne pour Du Bois comme conscience de soi et d’être vu différemment par les Blancs, elle dote d’un don de

“‘double vue’ qui les rend capables de se voir à la fois tels que les Blancs les voient, comme des inférieurs, mais aussi, au sein de leur communauté, comme des égaux” (Chanial, p. 306).

Il s’agirait de porter une attention accrue aux manières ordinaires d’interagir (d’engager la conversation, des regards réciproques, etc.) des habitants du ghetto entre eux (“nous”), mais aussi avec des membres d’autres mondes sociaux (“eux”), et ce à partir d’une hypothèse générale issue de ces travaux et selon laquelle les habitants du ghetto se sentiraient vus / considérés / reconnus (ou non – l’absence de reconnaissance étant centrale dans les interactions quotidiennes) d’une manière négative par ceux qui n’en sont pas (que ce soit pour des raisons raciales, sociales, ou entremêlées). Et en retour – seconde hypothèse – ils développeraient entre eux (“nous”) des formes d’interaction basées sur une présomption d’égalité. Dans l’un comme l’autre cas, on sent combien ces caractérisations générales laissent une grande place pour documenter et analyser les ambivalences, les comportements frontières.

Notamment, ces questions d’interactions quotidiennes doivent connaître des nuances selon le genre. D’un côté, dans son ethnographie des canopées cosmopolites, lieux dont l’atmosphère permettrait des interactions interraciales relâchées, Elijah Anderson note en creux l’existence d’autres lieux, beaucoup moins idéaux, spécialement pour les (jeunes) hommes noirs, en l’occurrence les transports en commun où ils peuvent faire un trajet entier sans que personne ne vienne à leur côté, et ce alors que la rame est bondée :

“L’homme noir peut constituer pour les Blancs un repoussoir juste parce qu’il est noir, et la défiance suscitée sera d’autant plus forte qu’il est jeune ou de style ‘ghetto’” (Anderson, 2019, p. 131).

D’un autre côté, les femmes ont sans doute des expériences différentes d’entrée / sortie du ghetto, et des interactions ou des évitements. On peut songer aux activités de care, très largement féminisées (travailleuses domestiques, nourrices, aides-soignantes, aides à domicile, médiatrices culturelles des ONG qui opèrent dans les quartiers “problématiques”…), et à ce que ces activités impliquent en termes de venue sur le territoire de l’autre et d’interactions. Toutes ces expériences gagneraient à être documentées précisément et problématisées selon la perspective proposée ici.

Axe 3 : Le ghetto comme ressource

On a vu avec l’exemple du ghetto juif de Venise que dans l’histoire la plupart des ghettos sont nés pour mettre à l’écart dans un espace physiquement délimité une partie de la population appartenant à des groupes sociaux ou ethniques spécifiques, considérés comme différents et dangereux pour l’ordre public comme pour la santé publique. En même temps, cette mise à l’écart permettait de réguler et contrôler leurs activités économiques, comme cela était le cas du ghetto juif de Venise. Aux États-Unis, les black cities ont été vues comme des lieux physiquement et socialement délimités non seulement par des murs, enceintes et autres éléments architecturaux de délimitation, qui servent à “enfermer dehors” (Agier, 2014) les habitants ; mais aussi par la “ligne du partage des couleurs” (Du Bois, 2019) qui sépare les groupes racialisés. Toutefois, l’autre visage du ghetto est celui d’un lieu où l’agentivité des habitants peut s’exprimer à travers différentes manières de faire ville, c’est-à-dire de transformer un lieu apparemment hostile et vide (comme les campements de réfugiés, les slums et les bidonvilles), en un “chez soi” (Agier, 2014). Cela peut advenir, par exemple, par le développement de commerces et d’échanges informels, du micro-entrepreneuriat et de l’auto-construction des maisons ainsi que par la formation de nouvelles alliances locales ou par le renforcement de celles déjà existantes (voir Pollak, 1982, dans le cas de l’homosexualité masculine). Dans le ghetto, il serait donc possible d’observer des processus de cohésion interne (Picker, 2017) similaires à ceux qui ont lieu dans d’autres espaces d’enfermement :

“lorsque le refuge a été trouvé dans des contextes de survie, d’hostilité de l’environnement, c’est le contexte le plus propice à l’enfermement identitaire : chacun se protège, à l’extérieur et à l’intérieur, parce qu’il a trouvé un lieu de survie” (Agier, 2014, p.116).

Alice Goffman montre par exemple les effets socialisateurs du lieu (2014).

Par quels moyens exprimer ces procédés émergents d’identification (Brubacker, 2001) par lesquels les habitants se reconnaissent et, en même temps, cherchent à contester l’identification imposée de l’extérieur ? Un des moyens serait la création de nouveaux langages (Labov, 1978), avec ce même rapport ambivalent entre ghetto et monde extérieur puisque, forgés ici, entre “nous”, ces langages s’adressent aussi au-dehors, à “eux”, afin de faire passer des messages de contestation, de transmettre des modes de vie et façons de faire, etc. – par exemple les jeunes d’Abidjan en Côte d’Ivoire avec le nouchi (Boutin, Kouadio N’Guessan, 2015). Ces rapports langagiers ambivalents entre ici et là-bas s’expriment encore à travers l’usage du codeswitching (Gumperz, 1989 ; Woolard, 2004), comme manière de “négocier les identités” (Heller, 1988) ainsi que comme stratégie de positionnement par rapport à ses interlocuteurs (qu’ils soient chercheurs, journalistes, travailleurs sociaux, etc.) et dans les structures sociales (Gal, 1987). En passant d’une langue à l’autre on peut, par exemple, échapper au regard des chercheurs en employant la langue qu’ils ne connaissent pas, ou bien se faire reconnaître par eux en tant que porteurs d’un message à véhiculer à l’extérieur. De plus,

“les locuteurs peuvent changer leur perspective d’une expérience proche (“nous” ou première personne singulier) pour faire l’expérience de points de vue éloignés (“eux” ou troisième personne singulier)” (Woolard, 2004, p. 77, notre traduction).

Un autre moyen aurait trait à la création artistique qui, comme dit ci-dessus, peut permettre de renverser l’ordre social et symbolique entre “centre” et “périphérie” – il n’y a qu’à voir combien la danse hip-hop est partie intégrante de la création contemporaine en danse. Ces productions artistiques visent en partie, plus ou moins explicitement selon les supports et modes créatifs (de manière revendiquée dans le cas du rap – voir Pecqueux, 2007, par exemple), à figurer un “nous” (plus ou moins large, plus ou moins en opposition avec un “eux”), notamment en s’appuyant sur le partage d’un même vécu. Il est remarquable que la musique rap, en France et ailleurs, ait permis à des jeunes issus de quartiers paupérisés et marginalisés de non seulement exprimer leurs expériences de vie, mais aussi de renouveler pour partie le répertoire du politique et de la contestation. Un travail similaire est relevé par Nicolas Puig concernant la production musicale palestinienne dans ou hors des camps, qui “relocalise” la Palestine en exil quand elles sont produites tant à des fins commerciales que patrimoniales (Puig, 2006). Cette même créativité exprimant une particularité locale dans le cadre d’une marginalisation sociale et spatiale est observée par Adam Ramadan dans les mêmes camps palestiniens (2009), ou par Guillaume Marche en ce qui concerne les marquages paysagers (street art) dans les espaces gay à San Francisco (2016). Une telle forme de créativité (comme d’autres) pourrait donc compter comme une façon d’exprimer et revendiquer sa subjectivité dans un contexte d’isolement physique et social, où les contraintes et la mise à l’écart tendent à priver les habitants de leur voix. Toutefois, il faut aussi considérer un autre aspect de la production culturelle (notamment artistique) au sein du ghetto qui consiste dans la marchandisation de la culture apparemment “propre” à ces lieux et dans leur médiatisation. Ces procédés pourraient véhiculer des images essentialistes du ghetto et renforcer les stigmates (positifs comme négatifs) pesant déjà sur leurs habitants. On peut penser encore au ghetto juif de Cracovie où se déroule annuellement le festival de musique klezmer qui est ici présentée comme “typique” de la culture et de l’histoire des Juifs d’Europe Centrale. Les touristes venant pour le festival pourront ainsi appréhender le quartier comme “typiquement juif” alors que, comme l’a démontré Diana Pinto (1996), il s’agit plutôt d’un ghetto symbolique, c’est-à-dire d’un lieu symboliquement juif mais désormais vide ou presque de ses occupants originaires et transformé en un espace de tourisme et de mémoire où par la musique résonne une “douleur fantôme” (Schümer 2004).

Le présent appel à articles invite donc à problématiser la conceptualisation et les usages – littéraux comme métaphoriques – du terme “ghetto” en tenant compte de cette dynamique de clôture-ouverture, d’enfermement comme de possibilités de sorties, de réception ou de production de l’urbain ainsi que de formes culturelles – qui ne sont pas par hasard définies comme “sous”(-cultures). Un des enjeux serait d’observer concrètement les expériences de ceux et celles qui y vivent et les dynamiques de transformation qui y peuvent prendre place. L’appel à articles invite aussi à se demander si la créativité langagière, musicale et artistique pourrait se faire véhicule d’émancipation en permettant à ses habitants de “sortir du ghetto” sans renoncer toutefois à leur attachement à ce lieu.

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Modalités de soumission

L’appel à contribution a valeur de cadrage et permet la sélection des contributions en fonction de leur pertinence par rapport au thème et aux enjeux du numéro. Il a, en outre, vocation à suggérer aux rédacteurs potentiels quelques pistes générales de réflexion.

Articles

Les articles représentent des contributions originales à la recherche, qui suivent les normes habituelles de la production scientifique. Ils doivent tous se positionner par rapport à l’appel à contributions.

Différents types d’approches sont possibles, permettant de diversifier la manière d’aborder la thématique : nous accueillons tant des articles à vocation essentiellement théorique, que des contributions fondées sur des recherches empiriques, où les enjeux méthodologiques seront précisés et discutés.

Tracés étant une revue interdisciplinaire, les articles doivent pouvoir être compréhensibles et pertinents pour des lecteurs et des lectrices non spécialistes ; ils peuvent également faire appel à des méthodes et des références de plusieurs disciplines, ou interroger les présupposés ou les outils empiriques et théoriques d’une discipline à partir du point de vue d’une autre discipline.

Les articles soumis ne peuvent excéder 45 000 signes (espaces, notes, et bibliographie incluses).

Notes

Nous publions des notes critiques qui présentent un ensemble de travaux (éventuellement un ouvrage en particulier), une controverse scientifique, ou l’état d’une question actuelle. Elles doivent dans tous les cas se rattacher explicitement à la thématique du numéro et permettre d’éclairer des orientations de recherche ou des débats inhérents à cette dernière, notamment pour des lecteurs et des lectrices non spécialistes des disciplines concernées.

Les notes soumises ne peuvent excéder 30 000 signes (espaces, notes, et bibliographie incluses).

Entretiens

Des entretiens avec des chercheurs, chercheuses ou d’autres expert-e-s des questions étudiées sont également publiés dans chaque numéro. Les contributeurs et les contributrices qui souhaiteraient en réaliser sont invité-e-s à prendre contact directement avec le comité de rédaction (redactraces@groupes.renater.fr).

Traductions

Les traductions sont l’occasion de mettre à la disposition du public des textes peu ou pas connus en France et qui constituent un apport capital à la question traitée. Il doit s’agir d’une traduction originale. Le choix du texte devra se faire en accord avec le comité de rédaction et les questions de droits devront être réglées en amont de la publication.

Il est donc demandé aux contributeurs et aux contributrices de bien préciser pour quelle rubrique l’article est proposé. La soumission d’articles en anglais est également possible, mais si l’article venait à être retenu pour la publication, sa traduction nécessaire en français demeure à la charge de l’auteur ou de l’autrice.

Procédure

Les auteurs et autrices devront envoyer leur contribution (article complet) pour le 1er octobre 2022. Celle-ci sera envoyée à la rédaction de Tracés (redactraces@groupes.renater.fr) ainsi qu’aux responsables du numéro : mahoudeau.alex@gmail.com anthony.pecqueux@msh-lse.fr et salvatorecamilla8@gmail.com.

Si elles ou ils le jugent utile, les auteurs et autrices peuvent adresser dès qu’ils le souhaitent un résumé (en indiquant le titre de leur contribution, la rubrique dans laquelle ils le proposent, ainsi qu’un bref résumé du propos) au comité de rédaction de Tracés (par courrier électronique à la même adresse) pour leur faire part de leur intention de soumettre un article.

Chaque article est lu est par un-e membre du comité de rédaction et par deux évaluateurs et évaluatrices extérieur-e-s. Nous maintenons l’anonymat des lecteurs et lectrices et des auteurs et autrices. À l’aide de ces rapports de lecture, le comité de rédaction de Tracés rend un avis sur la publication et décide des modifications à demander aux auteur-e-s afin de pouvoir publier l’article.

Dans le cas de propositions trop éloignées de l’appel à contribution ou des exigences scientifiques de la revue, le comité de rédaction se réserve le droit de rendre un avis négatif sur la publication sans faire appel à une évaluation extérieure. Hormis ces exceptions, une réponse motivée et argumentée est transmise aux auteur-e-s suite à la délibération du comité de lecture.

Nous demandons aux contributeurs et contributrices de tenir compte des recommandations en matière de présentation indiquées sur notre site.

Les articles envoyés à la revue Tracés doivent être des articles originaux. L’auteur ou l’autrice s’engage à réserver l’exclusivité de sa proposition à Tracés jusqu’à ce que l’avis du comité de lecture soit rendu. Elle ou il s’engage également à ne pas retirer son article une fois que la publication a été acceptée et que l’article a été retravaillé en fonction des commentaires des lecteurs et lectrices.

NB : L’insertion d’images et de supports iconographiques en noir et blanc et en couleurs est possible en nombre limité (Précisez-le dans votre déclaration d’intention). Celles-ci doivent être livrées libres de droit (sauf exception, la revue ne prend pas en charge les droits de reproduction) ; elles limitent le nombre de signes à hauteur de 2500 signes par image pleine page, et de 1500 signes par image demi-format. Pour des projets spécifiques, il est possible de faire établir un devis pour un cahier hors-texte.

  1. Pour Louis Quéré, un artefact sémantique s’oppose aux “objets organisationnels” (terme qu’il reprend à Harold Garfinkel), à savoir la façon dont, dans le domaine de l’accomplissement pratique de la vie de tous les jours, les acteurs sociaux en viennent à saisir pratiquement des occurrences comme des entités sensibles et ordonnées (actions, paroles, etc.) sans en passer par des événements saisis “sous une description”, sans en passer donc par des artefacts sémantiques. []

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