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Édito

La Société Français des Sciences de l’Information et de la Communication se joint aux associations qui dénoncent la dangerosité du projet de loi relatif au renseignement.

Un journal, des lieux de fête ou de culte, un musée, une université : ni espace de liberté, ni moment de répit ne sont laissés à ce qui participe de la construction de valeurs que l’on croyait universelles. La SFSIC a exprimé plusieurs fois son point de vue depuis quelques semaines. Condamnation sans appel et appel à la discussion sur des terrains qui sont aussi ceux de nos recherches : situations communicationnelles à géométries et temporalités variables, éthique de la communication, questions interculturelles.

Mais ces événements ont une autre conséquence qui doit nous interroger. Les membres de notre communauté de chercheurs et professionnels de l’information-communication sont particulièrement attentifs au développement de dispositifs de traçabilité et de profilage des citoyens et des groupes de personnes qui accompagnent ce qu’il est maintenant convenu d’appeler « la mutation numérique de nos sociétés ». De nombreux ouvrages, rapports, articles, colloques, attirent l’attention du public et des pouvoirs publics sur la dangerosité, pour les sociétés démocratiques, de laisser ce secteur d’activité hors de l’état de droit dans un contexte international, on l’a vu plus haut, troublé et dangereux. Si la régulation des opérateurs est nécessaire, elle ne doit pas être l’occasion de la mise en place de dispositifs de surveillance des citoyens qui mettent à mal leurs droits : atteintes à la vie privée, à l’intimité, au droit à l’oubli, et, plus largement, officialisation des logiques de renseignement, d’espionnage, de collectes de données. Comme ce fut souvent le cas dans l’Histoire, et notamment aux États-Unis après le 11 septembre 2001, l’argument de menaces terroristes sur les citoyens est mis en avant pour justifier un recul des libertés publiques, c’est-à-dire, contrairement à ce qui a été massivement affirmé dans les manifestations du mois de janvier 2015, pour céder devant la menace des assassins.

De nombreuses associations font entendre leur voix : la Ligue des droits de l'homme, le Centre d'étude sur la citoyenneté, l'information et la liberté, Reporters sans frontières, Quadrature du net, le Syndicat de la magistrature, Amnesty international, le Syndicat des Avocats de France… Elles dénoncent ce qui constitue une possible remise en cause de l'état de droit et de la protection des citoyens. La SFSIC engage ses adhérents à visiter le site : sous-surveillance.fr/#/ et se doit de relayer cette action militante au sujet d’une loi qui instaure aussi le pouvoir de la peur.

Mais, comme pour les événements de janvier, la SFSIC se doit aussi d’engager des questionnements précis et circonstanciés :

-          pour des motifs liés à la pédagogie : les collectes de données personnelles par les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), ou les services de renseignements n'ont évidemment pas le même sens et le projet de loi pose, peut-être, les bases d'une Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement.

-          pour des motifs liés à la recherche : au-delà des « humanités digitales » interrogation présente désormais en de nombreuses occasions scientifiques, cette loi qui convoque le citoyen participe de l’installation de « sociétés digitales ».

La SFSIC donnera bien entendu, dans ses diverses publications, des points de vue argumentés reposant sur les recherches de ses membres.

Le CA de la SFSIC