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Event place MSH, Dijon 21000, France
L’expérience alimentaire :
entre production, création et trivialité
Objet de recherche aussi essentiel que complexe, l’alimentation a donné lieu à un nombre important de travaux au sein de différentes disciplines. Elle est ainsi au cœur de réflexions menées en agronomie, en sciences de santé, en sciences expérimentales ou même dans le champ de “sciences de l’aliment” placées au cœur de programmes d’enseignement et de recherche spécialisés. Mais au-delà d’un processus allant, de manière relativement linéaire, selon une logique de filière, “de la fourche à la fourchette”, l’alimentation est également interrogée à l’aune d’une complexité qui n’est pas uniquement technique mais davantage sociale, culturelle, économique et, finalement, anthropologique (Fischler, 1990, Fischler, 1995 ; Corbeau et Poulain, 2002 ; Stanziani, 2005 ; Ferrières, 2009 ; Bonnaud et Joly, 2012 ; Dupuy, 2013 ; Fouilleux et Michel, 2020 ; De Raymond, 2021 ; Bricas et al. 2021).
Cette complexité de l’alimentation, du fait alimentaire, des pratiques alimentaires ou liées à l’alimentation, a notamment servi de point de départ à des réflexions menées en France dans le cadre des sciences de l’information et de la communication.
Pourquoi cette pluralité foisonnante de perspectives ? Pas uniquement du fait des croisements autorisés par une interdisciplinarité réelle ou espérée. La raison serait davantage à rechercher selon nous dans la capacité – et l’ambition – de notre discipline à saisir la complexité des processus par lesquels se crée et se partage de la signification. Quoi de mieux pour nourrir et justifier le positionnement épistémologique d’une discipline alors jeune que de se saisir d’un objet aussi complexe, outillé, transmis, discuté, diversement appropriable que l’alimentation ? Cette opportunité initiale a donné lieu à de nombreux travaux dont il est aujourd’hui possible de tenter sinon une cartographie, du moins une typologie. Celle-ci ne saura être parfaitement conforme ou définitive. Elle vise davantage à mettre en lumière la diversité des angles qui ont pu être développés au sein de notre discipline à propos de l’alimentation ; diversité que nous abordons à l’aune d’un potentiel objet-frontière, de convergences possibles, souhaitables.
Pour outiller ces convergences et in fine la coconstruction d’une approche de l’alimentation par les SIC sans exclusive, nous proposons de mobiliser la notion d’expérience. Celle-ci raisonne en effet avec la complexité d’un phénomène ancré dans notre vécu individuel et collectif, dans notre biologie et dans notre culture, dans nos processus et nos émotions. (Collet, 2018). Cette notion d’expérience peut bien sûr être liée aux travaux de Jacques Fontanille. (2008 ; 2013) L’expérience est alors une pratique sensible, signifiante et socialement située, qui articule le vécu corporel, la médiation sémiotique et l’inscription dans des formes de vie. Elle constitue ainsi un point de passage privilégié entre phénoménologie, sémiotique et SIC. Dans le cadre d’un dossier visant à rendre compte de l’ambition et de la spécificité des travaux consacrés à l’alimentation en SIC, nous pouvons également convoquer les travaux d’Yves Jeanneret. En effet, en tant qu’expérience à la fois matérielle, économique, sociale, corporelle et affective, l’alimentation peut aussi être lue à l’aune de processus de production et de mise en circulation de formes dont l’appropriation implique de nombreuses médiations comme autant de préoccupations pour des recherches en SIC. Ces processus recouvrent aussi bien la gastronomie, son lien à l’auctorialité, à la créativité et à sa dimension rituelle, que l’alimentation quotidienne, essentielle, potentiellement difficile d’accès. Nous lions donc la production alimentaire, déjà complexe et potentiellement créative, à ce que Jeanneret envisage en termes de trivialité, en termes de circulations et de médiations autour de l’alimentaire. Le paradigme expérientiel apparaît alors comme porteur d’une approche complexe tout en se prêtant à une lecture en termes de processus de signification spécifiques, observables par notre communauté scientifique.
Cette dernière a déjà produit un nombre significatif de recherches permettant de caractériser ce qu’est ou ce que peut être une expérience alimentaire, à la fois dans son caractère situé et dans sa complexité.
Pour faire écho à ce que l’alimentation peut avoir d’intime, nous commencerons par rappeler les travaux qui y décèlent une expérience personnelle, un rapport construit, une trajectoire qu’il sera possible d’appréhender en termes de formation, d’éducation et d’une potentielle identité ( De Iulio et Kovacs, 2014 ; Berthoud, 2020 ; Constantin, 2021, 2025 ; Hugol-Gential, 2025).
Ce caractère situé des pratiques alimentaires nous conduit à y voir aussi une expérience sociale, analysée dans certains travaux en termes d’ancrage, d’inégalités, d’accessibilité, voire de précarité, que celle-ci soit d’ailleurs liée au prix des aliments ou à une dimension davantage culturelle (Paganelli et Clavier, 2023).
Cette dimension culturelle de l’expérience de l’alimentation a d’ailleurs été au cœur de travaux insistant sur ses dimensions patrimoniales et rituelles appuyées par des médiations spécifiques (Boutaud, 2007).
Mais loin du repas gastronomique, l’expérience alimentaire est aussi médiatique. Elle se joue et se déjoue également à travers les dispositifs médiatiques et les mises en scène, les interactions qu’ils outillent, facilitent, inhibent, mettent en circulation. Le rapport à l’alimentation se raconte, s’illustre, se promeut sous des formes diversifiées, numériques ou non, qu’il convient de caractériser (Hugol-Gential et al., 2021 ; de Iulio et al., 2021 ; Badau 2024).
Ces circulations de formes, de mises en scène, de discours plus ou moins explicites font de l’alimentation un objet polémique. Entre rationalité scientifique et discours profane, entre objectivité et opinions, l’expérience alimentaire est aussi controversée. Certains travaux ont ainsi pris pour objet les dynamiques de publicisation qui entourent l’alimentation, que ce soit au niveau des modes de production ou à l’échelle des consommateurs. Les processus de construction des problèmes publics et des politiques publiques nous rappellent alors le statut particulier d’une alimentation saisie comme bien commun (Badau, 2018 ; De Oliveira et Clavier, 2021 ; Allard-Huver, 2024 ; Clavier et al., 2024).
Ce statut de bien commun est notamment lié au fait que l’alimentation est aussi une expérience des ressources, de leur consommation, une expérience indissociable de son environnement saisi au sens le plus large du terme et dont le coût doit être questionné.
Cette réflexion à propos du coût de l’expérience alimentaire n’est pas le propre des acteurs-consommateurs. Certaines organisations, certains professionnels s’en saisissent et y voient avant tout une expérience à configurer, à outiller, potentiellement à optimiser. L’alimentation fait alors l’objet de projets et de processus de recherche et développement, de stratégies d’innovation, d’amélioration continue ou de design comme autant de projections et de rationalisations (Bouillon et Galibert 2021) à concevoir (Bonnet, 2021) et à promouvoir en contexte de concurrence.
Enfin et pour revenir à une échelle micro, l’expérience alimentaire peut être envisagée en tant qu’expérience située. Elle est une expérience de la production en un lieu, de la circulation des biens et de leur consommation. Elle est une expérience incarnée, marquée par des enjeux de santé, de nutrition mais aussi par sa dimension affective (Romeyer, 2015, Bardou-Boisinier et De Oliveira, 2018 ; De Oliveira et Clavier, 2021 ; Hugo-Gential, 2022; Boutaud, 2024 ).
Face à la diversité et à la complémentarité de ces travaux, nous souhaitons saisir l’occasion de cette journée d’étude pour démontrer ce qu’une approche par les SIC, (Hugol-Gential, 2025) en mobilisant l’objet frontière qu’est l’expérience, peut avoir de spécifique et de porteur quand il s’agit d’alimentation. Sans dénigrer d’une quelconque manière les travaux passionnants développés ailleurs, dans d’autres disciplines ou à l’étranger, en termes de food studies ou sous d’autres dénominations, il s’agit ici de proposer une articulation des contributions qui ont vu dans l’alimentation davantage qu’une pratique mais bien un ensemble de processus et médiations complexes dont nous sommes collectivement spécialistes et par rapport auxquelles nos instances et collectifs de recherche peuvent gagner en lisibilité. Par leurs différentes contributions, les contributeurs.trices éclaireront différentes facettes complémentaires d’une expérience alimentaire à la croisée de la création et de la trivialité.
Consignes aux auteurs :
les propositions de communication (d’une longueur comprise entre 3000 et 5000 signes espaces compris) devront être envoyées à fabien.bonnet@ube.fr, estera-tabita.badau@ube.fr au plus tard le 30 octobre.
Calendrier :
Diffusion de l’appel à contributions : 20.06.2026
Envoi des résumés : 30.10.2026
Retour des évaluations : 01.12.2026
Date de l’événement : 5.02.2027
Comité scientifique :
François ALLARD-HUVER (Université Catholique de l’Ouest, CHUS)
Estera BADAU (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Justine BENHAMOU (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Pierre BESLAY (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Fabien BONNET (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Jean-Jacques BOUTAUD (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Viviane CLAVIER (Université Grenoble Alpes, GRESEC)
Marjorie CONSTANTIN (Université de Montpellier Paul-Valéry, LERASS)
Simona DE IULIO (Université de Lille, GERiiCO)
Patrice DE LA BROISE (Université de Lille GERiiCO)
Jean-Philippe DE OLIVEIRA, (Université Jean Moulin Lyon 3, ELICO)
Julie ESCURIGNAN (Université Catholique de l’Ouest, CHUS)
Olivier GALIBERT (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Clémentine HUGOL-GENTIAL (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Oihana HUSSON (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Susane KOVACS (ENSSIB – École nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques)
Cyril MASSELOT (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Caroline MARTI (CELSA Sorbonne Université, GRIPIC)
Manon NIQUETTE (Université Laval, NUTRISS)
Céline PAGANELLI (Université de Montpellier Paul-Valéry, LERASS)
Sarah RAKOTOARY (Université Bourgogne Europe, CIMEOS)
Hélène ROMEYER (Université Marie et Louis Pasteur, CIMEOS)
Bibliographie :
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- Mots-clés
- Food
- Experience