Le corps à l’épreuve des frontières

Expected response for the 22/04/2026

Response type Résumé

Event type colloque

Coordinators

  • Julien AUBERT , DIRE, Université de La Réunion
  • Sophie IRELAND , DIRE, Université de La Réunion
  • Ada LESCAY , DIRE, Université de La Réunion
  • Mélodie LHERMINEZ , OIES, Université de La Réunion
  • Jean Pierre SAGNO , LCF, Université de La Réunion
Event dates
  • From at

Event place Université de La Réunion, Saint-Denis 974, France

Le colloque Le corps à l’épreuve des frontières souhaite explorer les multiples manières dont les corps humains, qu’ils soient individuels, collectifs, réels ou représentés (Le Breton et al. 2013 ; Berthelot, 1997), se confrontent aux limites qui les définissent, les contraignent ou les transforment, à celles qui les environnent, affectent leurs déplacements et orientent leurs trajectoires. Les frontières, comprises au sens large, couvrent l’ensemble de ces limites, qu’elles soient politiques ou territoriales, sociales ou normatives mais aussi esthétiques, médiatiques, temporelles ou perceptives. Elles concernent autant les corps vécus que les corps imaginaires, performés ou médiés par des dispositifs techniques.

Le « corps » et la « frontière » sont deux notions productives en sciences humaines et sociales. De nombreux travaux ont mis à profit ces notions (sans forcément les lier) pour penser, entre autres, le pouvoir, les relations humaines, les mobilités, l’identité, l’altérité, la violence, la beauté, le stigmate ou encore la construction de soi. Articuler les notions de « corps » et de « frontière » exige l’examen (et/ou le réexamen) des relations plurielles que ces notions entretiennent et incite à questionner leur opérativité, à prendre en compte les transformations socio-politiques et à être attentif aux spécificités culturelles ainsi qu’aux cadres transnationaux.

Qu’est-ce qu’un corps ? Qu’est-ce qu’une frontière ? À quoi servent-ils ? Au-delà d’être une structure, une entité physique et visible, lieu d’ancrage de nos expériences singulières, le corps (ou encore la corporéité) est un construit social. Parlant des sociétés de type individualiste, Le Breton (1992 [2023], p. 34) explique que « (…) le corps fonctionne là à la façon d’une vivante borne frontière[1] pour délimiter face aux autres la souveraineté de la personne » alors que dans les sociétés de type traditionnel ou communautaire, le corps est une partie du collectif, il est lié à l’« énergie collective ». Par ailleurs, le corps, notamment celui des femmes, a fait l’objet de plusieurs études qui ont mis en évidence les formes de contrôle, surveillance et/ou de résistance auxquelles il est soumis (Frigon, Kérisit et al. 2000 ; Butler, 1993 ; Butler, 2004 [2016]). De ce point de vue, il est notamment important de réfléchir à la manière dont les corps « abîmés » (Butnaru et Le Breton, 2013), « subalternes », « handicapés », « transgenres » et « migrants » ont bouleversé les frontières (Le Blanc, 2010 ; Agier 2018 ; Peiretti-Courtis, 2021 ; Balibar, 2022).

Concernant la frontière, soulignons que nous vivons dans un monde saturé de limites, de passages et de contrôles : du portail d’immeuble à la portière d’un véhicule, nos déplacements les plus ordinaires sont rythmés par la traversée d’espaces juxtaposés et segmentés. La multiplication des portes, bornes et sas matérialise une tomogenèse de l’espace, c’est-à-dire la création de sections et de découpes qui organisent le passage entre le dedans et le dehors, entre le privé et le public (Gay, 2016). Ces seuils ne sont jamais neutres car ils trient, filtrent et hiérarchisent les corps qui les franchissent, ou qui restent tenus à distance. Cette segmentation du territoire s’illustre également par l’interdiction progressive du vagabondage et la restriction des formes de subsistance libre qui ont façonné un monde moins poreux, pour les humains comme pour les autres êtres vivants (Vanuxem et Mathieu, 2025).

Dans ce colloque, la frontière est entendue dans un sens volontairement large. Elle renvoie d’abord à sa définition classique comme limite entre États et compétence territoriale, produit d’une histoire politique et cartographique qui a vu s’imposer la frontière-ligne, continue et juridiquement fixée, au détriment des confins plus flous. Mais, au-delà de cette acception strictement étatique, la frontière désigne toute discontinuité entre des espaces, des régimes d’appropriation ou des formes de pouvoir (Géoconfluences, 2025). Les frontières peuvent être ainsi coupures ou coutures, lieux de séparation mais aussi interfaces de contact, de circulation et de friction. Envisagées comme processus, elles illustrent aussi l’exploitation capitaliste des ressources, l’espace de dépossession des populations locales, ou encore les zones de tensions et d’arrangements entre acteurs aux intérêts divergents (Acloque, 2022). Mais à quoi sert la frontière ?

« À faire corps ». C’est la réponse que Régis Debray (2010) donne à cette question dans son Éloge des frontières. Aussi la frontière a-t-elle une fonction liée à un élan collectif et exprime-t-elle un principe identitaire qui se forge dans la recherche de l’unité autant que dans le rapport à l’altérité. La frontière, en effet, marque un double mouvement, l’un centripète, l’autre centrifuge, et plus largement encore rappelle « ce qu’il faut d’ailleurs pour qu’un ici prenne et tienne » (Régis Debray, ibid., p. 62.) Indissociable de l’ancrage territorial, la frontière structure l’espace collectif. Mais qu’en est-il de ses effets sur le corps propre ?

L’un des enjeux de ce colloque est d’explorer ce que l’écriture du corps révèle de la frontière et de l’expérience que l’on en fait. Il s’agira notamment d’étudier les éléments constitutifs des poétiques du corps et des frontières dans les textes se référant à l’expérience de la mobilité.

C’est en prenant en compte ces différents éléments (et dans une perspective pluri-interdisciplinaire) que le colloque propose de situer la réflexion sur les corps à l’épreuve des frontières. Les contributions attendues s’attacheront à particulièrement réfléchir à l’opérativité d’une réflexion liant la notion de « corps » à celle de la « frontière ». Voici quelques propositions d’intrication :

 

  • L’une des intrications possibles de ces deux notions est celle de « corps-frontière » qui peut se définir comme « […] un corps qui, traversé par les limitations sociales et spatiales, est marginalisé et effacé […] » (Simard, 2019, p.72). À ce « corps-frontière », on associe le corps-migrant, le corps violé, le corps stigmatisé, le corps du sans-abri, le corps racisé, le corps exilé ; un corps envisagé sous l’angle du néomalthusianisme, un excédent, un corps de trop, qu’on associe aux déchets (Mbembe, 2020), à l’instar des politiques de contrôle démographique opérées par le ventre des femmes racisées à La Réunion. Ces corps mutilés sans consentement sont devenus des objets de gouvernance en faisant l’objet de dispositifs de régulation démographique, médicalisation contrainte et violences institutionnelles, justifiées au nom d’un prétendu équilibre économique et social.
  • On peut aussi s’interroger sur ce que la frontière fait aux corps ou ce que les corps font aux frontières. La première partie de cette interrogation peut particulièrement mobiliser la question de la visibilité ou de l’invisibilité des corps de part et d’autre des frontières (Guénif, 2010 ; Leclère, 2025). Quant à la seconde, elle peut inviter à réfléchir à l’imaginaire des frontières créé par les corps (par exemple, que nous racontent les corps des migrants qui se heurtent aux frontières nationales ?).
  • La question de la « frontiérisation »[2] des corps mérite d’être examinée. Il s’agit ici d’aborder le corps non à partir des frontières territoriales mais plutôt sociales ; entendons par là le processus par lequel des discours et des codes imposent aux corps des limites à ne pas franchir. De fait, la frontière est une institution discursive dans la mesure où elle est l’objet de discussions, délibérations, codifications, en somme objet d’énonciation (politique, littéraire, journalistique etc.).
  • À la suite d’une réflexion sur la visibilité, on pourra aborder la médiatisation de ces « corps-frontières » et des « corps aux frontières ». Comment sont-ils représentés ? Quels sont les codes médiatiques utilisés ? Par ailleurs, ces corps peuvent aussi être analysés comme des corps qui communiquent, ou des corps qui font trace (Galinon-Melenec, B. et al., 2017). Lier les notions de « corps » et de « frontière » à celle de la « trace » (données, digitalisation des corps physiques etc.) permet de questionner le corps dans le contexte numérique. On pourra ainsi interroger les frontières que le numérique impose aux corps, le investissement des frontières sociales dans les espaces numériques ; ou encore se demander, plus globalement, ce que le numérique fait simultanément aux corps et aux frontières.

Les propositions qui articulent réflexions théoriques et études contextualisées sont vivement encouragées, en particulier celles portant sur le contexte indiaocéanique. Elles permettront notamment d’interroger l’ancrage des corps, des pratiques et des représentations dans cet espace maritime, bordier et insulaire traversé par des circulations, des héritages pluriels et des rapports de pouvoir. À partir de terrains situés dans l’océan Indien, il s’agira notamment d’examiner comment les frontières s’y incarnent, s’y éprouvent et s’y recomposent. L’ensemble des propositions s’inscriront dans l’un des trois axes thématiques proposés ci-dessous.

Axe 1 : Le corps et le tracé des frontières

Notre premier axe propose d’aborder l’émergence et la création des frontières, ainsi que tout ce qu’implique l’acte de les tracer, dans toute la diversité de leurs acceptions, de la géopolitique à l’intime. Étudier les relations entre corps et frontières sous cet angle pourrait permettre de mettre au jour certains archétypes, rappelant notamment la dimension sacrée qui préside à l’acte de délimitation. Songeons par exemple à la fondation légendaire de Rome au cours de laquelle Romulus trace d’un sillon dans le sol les limites de la ville en prononçant des paroles sacramentelles. Ces limites alors définies par un sillon sacré distinguent deux espaces qu’elles séparent sans appel. Plus généralement, les frontières occupent une place importante dans les récits de cosmogonies ou dans les mythes ; leur tracé se fait délimitation de l’ordre et du chaos. Ces récits trouvent d’importants échos dans les sociétés contemporaines, notamment au sein de l’actualité internationale et des textes philosophiques et littéraires où des rôles fondamentaux sont accordés aux frontières et où est réinterrogé l’acte de séparation (Suter et Fournier Kiss, 2021).

Le tracé des frontières ne saurait être envisagé seulement comme un geste figé ou purement spatial. Il s’inscrit dans des temporalités multiples, faites de déplacements des corps et des sens ainsi que de reconfigurations symboliques. Les frontières se déplacent, se (re)dessinent, se brouillent, à mesure que les pratiques sociales, artistiques et politiques les investissent voire les définissent. Qu’il s’agisse de frontières géographiques, corporelles ou esthétiques, leur tracé révèle autant un désir d’ordre et de séparation qu’une dynamique de passage et de transformation. Explorer ces lignes, c’est ainsi ouvrir un espace de réflexion sur ce qui distingue, relie et met en tension les corps, les territoires et les imaginaires.

Enfin, le tracé des frontières engage une réflexion sur les espaces contemporains, marqués par la multiplication des dispositifs de contrôle, de surveillance et de normalisation des corps. Des frontières nationales aux frontières urbaines, numériques ou administratives, les lignes de démarcation se font parfois invisibles mais n’en demeurent pas moins agissantes. Elles produisent inclusions, exclusions et assignations des individus à des positions différenciées. Cette réflexion s’inscrit également dans un enjeu de place (Lussault, 2009). Les frontières ne séparent donc pas seulement des territoires, elles distribuent des places aux corps, autorisent ou interdisent des présences, orchestrent des luttes inégales pour l’accès aux espaces les plus valorisés. Étudier ces frontières, c’est alors interroger les rapports de pouvoir qu’elles cristallisent. En effet, l’hégémonie (Gramsci, 2003, 2004) a imposé des frontières tangibles et métaphoriques que les corps marginalisés ont dû apprendre à franchir, ou du moins à frôler, pour donner sens à leurs existences.

Axe 2 : Le corps et la traversée des frontières

Les expériences contemporaines de déplacement sont indissociables des tensions que cristallise le passage des frontières. Régi par des règles, ce dernier filtre les individus et dessine une géographie morale des mobilités (Schmoll, 2025). Les différents régimes de mobilité résultent de codes en vigueur sur des territoires donnés ; l’individu passant une frontière est donc directement confronté aux pouvoirs qui s’exercent dans les territoires qu’il traverse. Les normes d’usage de l’espace pour un groupe spécifique et les emplacements concrets qu’il est autorisé ou capable d’occuper s’incarnent en effet dans des institutions, des lois, des normes culturelles et des dispositifs spatiaux et ils organisent très concrètement qui peut être où, avec qui, à quel moment. En quoi les différentes modalités de déplacement affectent-elles les corps, qu’ils soient en mouvement ou assignés, en transit ou immobilisés ?

Des aventures d’Ulysse aux épreuves contemporaines des migrants, le corps constitue un motif propre à refléter de manière toute concrète et toute symbolique, en deçà de l’ensemble des données relevant de l’organisation de la collectivité, la singularité de qui fait l’épreuve de la frontière. Si « la frontière est d’abord une affaire intellectuelle et morale » – selon le mot de l’historien Christian Jacob que cite Régis Debray (2010) dans son Éloge des frontières – elle est aussi affaire de corps. La fascination pour la frontière que ressent le personnage d’Aldo dans Le Rivage des Syrtes (Gracq, 1951), et qui l’incite à dépasser le tracé de la frontière, s’exprime en des termes qui renvoient à une expérience qui a trait au corps et à l’altération des limites du sujet : « Ce que je voulais n’avait de nom dans aucune langue. Être plus près. Ne pas rester séparé. Me consumer à cette lumière. Toucher ». Qu’est-ce que les représentations du corps dans les zones frontalières révèlent de la frontière, du corps et de leurs usages ? En quoi ces représentations qui font valoir les relations entre l’intime et le collectif, entre l’identité et l’altérité, entre l’expérience du corps propre et celles des institutions (Foucault, “Le corps utopique”, 1966) permettent-elles de dégager un ensemble d’enjeux spécifiques au passage des frontières, de penser un phénomène crucial du monde d’aujourd’hui et d’en appréhender les défis ?

Par ailleurs, la frontière annonce l’incertain et son franchissement apparaît comme une confrontation à l’inconnu. Les représentations des passages de frontières mobilisent des éléments liés au mythe d’Orphée franchissant le seuil du monde connu grâce aux pouvoirs de son chant. Quel serait le monde inconnu auquel ouvrent les textes où se tisse la poétique du corps à l’épreuve de la frontière ? En quoi ce monde oscille-t-il entre espace référentiel et « espace littéraire » (Blanchot, 1951) ? Est-il à même de fournir des éléments de renouvellement de notre expérience de l’espace et plus encore de recréer notre rapport au territoire, de redéfinir les corps, de les investir de manière inédite ? De tels questionnements sont à la croisée de la littérature et des arts de la scène qui, tout particulièrement, incitent à aborder la porosité entre fiction et réel.

En outre, le jeu d’acteur comme certains types de personnages incarnent un franchissement symbolique où l’identité devient surface mobile, et où le corps, volontairement ou malgré lui, transgresse ses assignations. Aussi la scène met-elle en lumière des corps soumis à l’épreuve constante des frontières. Par les jeux de masques, les simulations corporelles et les stratégies de traversée des normes, les frontières, tant sociales que morales, sont envisagées dans leur fragilité. La frontière au théâtre se manifeste également à travers la séparation, plus concrète mais parfois instable, entre la scène et les spectateurs. Ce seuil, matérialisé par l’espace scénique ou institutionnalisé sous la forme du « quatrième mur », organise la distribution des regards, des voix et des présences. Pourtant, il demeure une frontière poreuse, sans cesse traversée par les adresses directes, les apartés, les ruptures d’illusion ou les performances qui sollicitent la participation du public. Cette limite, qui sépare fiction et réalité, constitue un espace de tension où se négocient autorité dramatique et liberté interprétative. En jouant avec ce mur symbolique, en le renforçant, en le fissurant ou en le faisant voler en éclats, les dramaturges interrogent les conditions mêmes de la représentation, tout en exposant les corps à une zone de friction où se redéfinissent leurs places respectives.

Axe 3 : Le corps et les modes d’habiter les frontières

Au-delà de la prise en compte des modes selon lesquels les frontières sont tracées ou traversées, il nous importe également de valoriser les manières dont nous les habitons. Selon Léonora Miano, la frontière « […] est l’endroit où les mondes se touchent, inlassablement. C’est le lieu d’oscillation constante : d’un espace à l’autre, d’une sensibilité à l’autre, d’une vision du monde à l’autre » (Miano, 2012, p. 25). Les corps qui habitent cet espace structurent leurs identités à partir du dialogue ou du conflit entre des matrices ou des modèles culturels de nature diverse.

Penser la frontière en tant qu’espace liminaire d’aller-retour favorise une conversation féconde sur les réalités et les imaginaires d’individus ou de groupes sociaux qui ont trouvé le sens de leur existence (Frankl, 1991) dans, au moins, deux contextes géographiquement ou symboliquement séparés. Que signifie habiter la frontière ? Quels sont les avantages et les défis liés au fait de l’habiter ? Les frontières peuvent-elles habiter les corps ?

Dans quelle mesure les sciences sociales contemporaines ont-elles contribué à répondre à ces interrogations ? Dans quelle mesure l’histoire, la science politique, la géographie, l’anthropologie, la sociologie, la psychologie, les sciences de l’information et de la communication ont-elles apporté un éclairage sur ce sujet ? Quels sont les codes textuels et visuels qui ont permis de représenter les manières d’habiter les frontières ? Comment les études littéraires et les études sur la culture visuelle se sont-elles approchées des imaginaires inhérents aux rapports corps/frontières ? Nous espérons que les débats suscités dans le cadre du colloque apporteront des réponses à ces questions et à d’autres interrogations liées à ce thème.

Une fois analysées les manières dont les frontières sont tracées, traversées ou habitées, nous souhaiterions inviter les participants au colloque à réfléchir à la possibilité de concevoir un monde, réel ou symbolique, sans frontières. Que se passe-t-il lorsque les binarismes se brisent ? À quoi ressemblerait le monde si les barrières entre le blanc et le noir disparaissaient ? À quoi ressemblerait le monde si nous oubliions les catégorisations liées à l’origine, la couleur de peau ou le genre ? À quoi ressemblerait un monde sans frontières ?

*****

Pour terminer, le colloque invite également à répondre à plusieurs séries de questions : en quoi la frontière affecte-t-elle le corps du voyageur ? Quelles sont les représentations du corps dans les textes évoquant la traversée des frontières ? Le passage de frontière est-il l’occasion d’exprimer, via le corps, une réappropriation de la subjectivité, une perméabilité à l’altérité, une transformation identitaire, une créolisation, une ouverture radicale à l’inconnu ? Comment les corps subalternes ont-ils franchi ou contourné les frontières ? Quelles ont été les circonstances ayant motivé les relations conflictuelles avec les frontières ?

In fine, les études de cas pourront également questionner les dispositifs au cœur de l’activité de « frontiérisation » et leurs effets sur les corps. Les analyses (sémiotique, discursive, littéraire, théâtrale, iconique etc.) des mises en scène, des récits de ces corps qui résistent aux frontières sont également bienvenues.

Modalités de soumission

  • Les propositions de communication (500 mots environ, avec les références bibliographiques et courte notice biographique) sont à envoyer jusqu’au 22 avril 2026. Elles doivent notamment comporter l’axe choisi et le titre de l’intervention. Nous vous suggérons qu’elles contiennent les éléments suivants : problématique générale, question de recherche, cadre théorique, méthodologie et contribution(s) principale(s).
  • Les propositions et communications pourront être présentées en français et anglais (ou encore espagnol et créole avec soumission de la communication traduite dans les grandes lignes pour en faciliter la diffusion et la compréhension). Les communications seront d’une durée de 20 minutes, suivies de 10 minutes de questions. Les propositions d’ordre artistique, type performances ou autres, sont également bienvenues.
  • Contact et envoi des propositions à corps.frontieres@gmail.com.
  •  L’acceptation des propositions de communication ne vaut pas acceptation des articles qui seront soumis à évaluation anonyme. Les articles devront répondre aux standards des publications scientifiques. Une feuille de style vous sera transmise à cet effet.

Informations pratiques

Aucune prise en charge des frais (transport, hébergement, etc.) ne pourra être assurée, mais les repas du midi ainsi que le dîner du dernier soir seront offerts.

Comité scientifique

  • Nathanaëla ANDRIANASOLO-MATHIEU (LPL, Aix-Marseille Université)
  • Marc ARINO (DIRE, Université de La Réunion)
  • Julien AUBERT (DIRE, Université de La Réunion)
  • Myriam BOUCHARENC (CSLF, Université Paris X Nanterre)
  • Christophe COSKER (HCTI, Université de Bretagne Occidentale)
  • Catherine HAMAN (HLLI, Université Littoral Côte d’Opale)
  • Fabrice FOLIO (OIES, Université de La Réunion)
  • Sophie IRELAND (DIRE, Université de La Réunion)
  • Marie-Annick LAMY-GINER (OIES, Université de La Réunion)
  • Ada LESCAY (DIRE, Université de La Réunion)
  • Mélodie LHERMINEZ (OIES, Université de La Réunion)
  • Valérie MAGDELAINE-ANDRIANJAFITRIMO (LCF, Université de La Réunion)
  • Axelle MARTIN (LERASS, Université Paul-Valéry Montpellier 3)
  • Alison MORANO (LCF, Université de La Réunion)
  • Urbain NDOUKOU-NDOUKOU (EHIC, Université de Limoges)
  • Simon NGONO (LCF, Université de La Réunion)
  • Christine OROBITG (DIRE, Université de La Réunion)
  • Yolaine PARISOT (UPEC, Paris-Est Créteil)
  • Sylviane RABETSARAZAKA (DIRE, Université de La Réunion)
  • Christiane RAFIDINARIVO (LCF, Université de La Réunion / CEVIPOF, Sciences Po)
  • Colin ROBINEAU (LCF, Université de La Réunion)
  • Jean Pierre SAGNO (LCF, Université de La Réunion)
  • François TAGLIONI (OIES, Université de La Réunion)
  • Sofiane TAOUCHICHET (chercheur indépendant)
  • Laurène TETU (LCF, Université de La Réunion)

Comité d’organisation

  • Julien AUBERT (DIRE, Université de La Réunion)
  • Fabrice FOLIO (OIES, Université de La Réunion)
  • Morgane GRONDIN (OIES, Université de La Réunion)
  • Sophie IRELAND (DIRE, Université de La Réunion)
  • Ada LESCAY (DIRE, Université de La Réunion)
  • Mélodie LHERMINEZ (OIES, Université de La Réunion)
  • Valérie MAGDELAINE-ANDRIANJAFITRIMO (LCF, Université de La Réunion)
  • Balaviknesh NILAMEGAME (OIES, Université La Réunion)
  • Jean Pierre SAGNO (LCF, Université de La Réunion)
  • Françoise SYLVOS (DIRE, Université de La Réunion)
  • Kasia SOBONIAK (DIRE, Université de La Réunion)

Bibliographie

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Vergès, Françoise (2017), Le Ventre des femmes. Capitalisme, racialisation, féminisme. Paris, Albin Michel.

Notes

[1]  C’est nous qui soulignons.

[2]     De l’anglais bordering, la « frontiérisation » désigne « (…) l’émergence, l’instauration et la consolidation de la frontière en tant qu’objet matériel et symbolique à travers l’instauration de dispositifs d’affirmation et de régulation du pouvoir ». [Source : Lexique de l’institut des frontières et discontinuités (Groupement d’intérêt scientifique transfrontalier Franco-Belge). En ligne : https://ifd.hypotheses.org/lexique (consulté le 9 janvier 2026)].

 

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