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Event place université Perpignan Via Domitia, 52 avenue Paul Alduy , Perpignan 66, France
Depuis trois décennies (Deloche, 2001), le développement des technologies numériques transforme en profondeur les pratiques de recherche, de médiation et de patrimonialisation dans les domaines de l’histoire de l’art et de l’archéologie, mais aussi les cadres institutionnels et communicationnels du patrimoine culturel (Baujard, & Houdy, 2013). Numérisation des corpus, bases de données iconographiques enrichies, reconstitutions 3D d’édifices disparus ou altérés, dispositifs immersifs, plateformes de visite virtuelle, narrations interactives et transmédiatiques modifient durablement les modalités d’accès aux œuvres, aux monuments et aux savoirs scientifiques (Andreacola, 2014). Ces mutations, largement analysées en muséologie et en sciences de l’information et de la communication, prennent une acuité particulière dans le champ de l’art roman, dont les édifices sont souvent géographiquement isolés, faiblement médiatisés et marginalisés dans les circuits culturels traditionnels.
Parallèlement à cette transformation des pratiques, on assiste à l’apparition de musées numériques, qu’ils soient autonomes, hybrides ou adossés à des institutions muséales existantes ou à des structures touristiques (Schmitt, & Meyer-Chemenska, 2015). Toutefois, malgré leur sophistication technique et leur visibilité croissante – accentuée notamment par le contexte post-Covid et les injonctions à l’innovation portées par les politiques culturelles et les dispositifs de financement – ces musées numériques demeurent marqués par une reconnaissance institutionnelle, scientifique et patrimoniale fragile et ambivalente (Appiotti, & Sandri, 2017). Sont-ils des musées à part entière, des dispositifs de médiation, des archives visuelles enrichies ou des formes transitoires de patrimonialisation ? Cette incertitude statutaire interroge à la fois les définitions classiques du musée, les cadres juridiques et professionnels, ainsi que les catégories analytiques mobilisées par les sciences humaines et sociales.
Dans ce contexte, le colloque se propose d’analyser les dispositifs numériques consacrés à l’art roman comme des objets socio-techniques et communicationnels à part entière, relevant de ce que les SIC qualifient de médias informatisés (Tardy, & Jeanneret, 2007), porteurs de récits, de valeurs symboliques et de choix interprétatifs. Il s’agit d’interroger les promesses, les limites et les enjeux de ces dispositifs, tant du point de vue de la production des savoirs scientifiques que de leur médiation auprès des publics, en croisant les approches de l’histoire de l’art, de l’archéologie, de la muséologie et des sciences de l’information et de la communication.
Cette réflexion s’inscrit également dans un questionnement épistémologique plus large sur la notion même d’« art roman ». Le terme, forgé au début du XIXᵉ siècle par Charles de Gerville dans un contexte marqué par l’émergence de l’histoire de l’art et de l’archéologie médiévale comme disciplines scientifiques, désigne un ensemble de productions architecturales et artistiques caractérisées notamment par l’usage de l’arc en plein cintre, de la voûte en berceau et par une filiation revendiquée avec les techniques romaines. Toutefois, des historiens de l’art majeurs tels que Henri Focillon ou Georges Duby ont montré combien l’unité de l’art roman relevait en partie d’une construction historiographique à la fois opératoire et simplificatrice. Cette remise en question invite à interroger la pertinence scientifique actuelle de cette catégorie, au regard de la diversité régionale, technique et fonctionnelle des édifices romans, mais aussi des nouveaux outils numériques capables de renouveler l’analyse, la comparaison et l’interprétation des formes.
C’est dans cette perspective que s’inscrit le programme transfrontalier ROMTUR (Interreg POCTEFA) – Innovation numérique pour mettre en valeur le patrimoine roman méconnu et stimuler le développement touristique dans les zones peu dynamisées. Ce projet associe la France, l’Espagne et l’Andorre, vise à la valorisation d’un patrimoine roman partagé à l’échelle de la Catalogne historique. En mobilisant les technologies numériques, ce programme entend rendre visible un patrimoine à la fois isolé géographiquement et marginalisé médiatiquement, en renouvelant les formes de connaissance scientifique, de médiation culturelle et de mise en récit patrimonial.
Le colloque organisé à l’Université Perpignan Via Domitia du 8 au 10 juin 2026 propose ainsi d’interroger l’actualité de la recherche de l’art roman à l’heure des technologies numériques contemporaines. Il s’agira d’analyser comment les dispositifs numériques participent à la redéfinition des savoirs scientifiques, à la construction de nouveaux récits patrimoniaux et à l’élargissement des publics, tout en questionnant les enjeux de légitimité, de normalisation et de reconnaissance institutionnelle des musées numériques. En croisant histoire de l’art, archéologie et sciences de l’information et de la communication, ce colloque entend contribuer à une réflexion critique sur les transformations contemporaines de la patrimonialisation de l’art roman.
Liens de référence pour le projet ROMTUR
Le projet ROMTUR a été cofinancé à 65% par l’Union européenne à travers le Programme Interreg VIA Espagne-France-Andorre (POCTEFA 2021-2027).
Programme POCTEFA ROMTUR – CRESEM
Axes thématiques
Axe 1 – Technologies numériques, archéologie du bâti et renouvellement des approches scientifiques de l’art roman
Cet axe interroge les apports des technologies numériques au renouvellement de la recherche fondamentale sur l’art roman, en particulier dans le champ de l’archéologie du bâti et de l’analyse des édifices. Les communications pourront porter sur l’utilisation d’outils de relevé, d’analyse et de visualisation, tels que la photogrammétrie, le scanner 3D, la modélisation numérique ou les systèmes d’information géographique, appliqués à l’architecture, à la sculpture ou aux décors peints.
Une attention particulière sera accordée aux enjeux méthodologiques et épistémologiques liés à la production, à la gestion et à l’exploitation des données numériques : fiabilité des relevés, articulation entre données quantitatives et interprétation qualitative, renouvellement des hypothèses chronologiques et constructives, ainsi qu’aux modalités de partage, de pérennisation et de réutilisation des corpus numériques. Les propositions sont invitées à interroger de manière critique la place de ces outils dans les processus d’interprétation scientifique, entre enrichissement des connaissances, nouveaux régimes de preuve et limites analytiques.
Axe 2 – Musées numériques : muséalité, reconnaissance institutionnelle et enjeux critiques
Cet axe propose d’interroger les musées numériques au regard des définitions classiques et contemporaines du musée, des processus de muséalisation et des formes d’écriture expographique propres aux environnements numériques. Les communications pourront analyser les musées numériques comme dispositifs culturels et communicationnels hybrides, à la croisée de l’exposition, de l’archive et du média.
Une attention particulière sera portée aux enjeux de reconnaissance et de légitimation institutionnelle et scientifique de ces dispositifs : statut ambigu des musées numériques, cadres juridiques et professionnels, discours d’autorité et critères d’évaluation. Les propositions pourront également aborder les questions de durabilité — environnementale, technologique et culturelle — en interrogeant la pérennité des dispositifs numériques, la mémoire patrimoniale numérique et les tensions entre innovation, obsolescence et responsabilité patrimoniale.
Axe 3 : Médiation numérique, publics et valorisation territoriale : usages, expériences et tourismes culturels
Cet axe propose d’analyser les dispositifs numériques de médiation du patrimoine roman au prisme des usages, des expériences et des formes de réception des publics. Les communications pourront porter sur les récits patrimoniaux numériques, les dispositifs de médiation (applications mobiles, parcours interactifs, réalité augmentée ou virtuelle, plateformes en ligne) et les stratégies de valorisation territoriale, en interrogeant leur articulation avec les formes contemporaines de tourisme culturel.
Une attention particulière sera accordée à l’étude des pratiques et des expériences de visite, qu’elles soient in situ, hybrides ou à distance, ainsi qu’aux enjeux d’accessibilité, d’inclusion, de participation et de co-construction des savoirs. Les propositions pourront également interroger les effets de ces dispositifs sur les représentations du patrimoine, les modalités d’appropriation culturelle et les dynamiques territoriales, entre médiation scientifique, attractivité touristique et démocratisation culturelle.
Modalités de contribution
Les propositions sont à envoyer par mail à
- Virginie Soulier : virginie.soulier@univ-perp.fr
- Caroline de Barrau : caroline.de-barrau@univ-perp.fr
- et Louna Warnier : louna.warnier@etudiant.univ-perp.fr
Les propositions de communication (1000 mots maximum) devront préciser :
- le titre de la communication ;
- la problématique et les objectifs ;le cadre théorique mobilisé ;
- la méthodologie et/ou le corpus étudié ;
- les principaux apports scientifiques.
Elles seront accompagnées de :
- 5 à 7 mots-clés ;
- une notice biographique de 100 à 150 mots.
Langues acceptées : français, anglais, catalan, espagnol.
Calendrier
- Date limite de soumission : 30 mars 2026
- Notification aux auteur·e·s : 17 avril 2026
- Colloque : 8 au 10 juin 2026 – Université Perpignan Via Domitia
Comité organisateur
- Caroline de Barrau, UPVD
- Esteban Castaner, UPVD
- Michel Desmier, UPVD
- Romain Saguer, UPVD
- Virginie Soulier, UPVD
- CRESEM : Centre de Recherches sur les Sociétés et les Environnements en Mutation (UR 7397 – UPVD)
- Etudiants du Master 2 Métiers du patrimoine, UPVD : Gregory Cros, Marguerite Cros, Luca Doutres, Jade Elaroubi, Cloé Vermorel, Louna Warnier
Comité scientifique
- Marianne Cailloux, MCF-HDR, U. Lille
- Patrick Fraysse, Pr SIC, IUT Toulouse Paul Sabatier
- Sylvie Sagnes, CNRS – Héritages
- Daniel Piñol Alabart, Université de Barcelone
- Nayra Llonch Molina, Université de Lleida
- Clara Renedo, Université de Lleida
- Martí Vilamajó Solaní, Université de Lleida
- Caroline de Barrau, UPVD
- Esteban Castaner, UPVD
- Michel Desmier, UPVD
- Romain Saguer, UPVD
- Virginie Soulier, UPVD
Bibliographie indicative
Andreacola, F. (2014). Musée et numérique, enjeux et mutations. Revue française des sciences de l’information et de la communication, (5), 1-16. https://hal.science/hal-01834423/file/RFSIC%20Andreacola.pdf
Appiotti, S., & Sandri, E. (2017). Définir le musée par ses injonctions. In F. Mairesse (Ed.), Définir le musée du XXIe siècle : Matériaux pour une discussion (pp. 127–132). ICOFOM.
Baujard, C., & Houdy, P. (2013). Du musée conservateur au musée virtuel : Patrimoine et institution. Hermès Science Lavoisier.
Deloche, B. (2001). Le musée virtuel : Vers une éthique des nouvelles images. Presses universitaires de France.
Deramond, J., de Bideran, J., & Fraysse, P. (dir.). (2022). Scénographies numériques du patrimoine : expérimentations, recherches et médiations. Avignon : Éditions Universitaires d’Avignon. 268 p. ISBN 978-2-35768-125-5.
Idjeraoui-Ravez, L. (2017). Médiation culturelle, NTIC et muséologie : Valeur de lien, valeur d’usage, valeur d’expérience. In M. Pélissier-Thieriot & N. Pélissier (Eds.),
Métamorphoses numériques : Art, culture et communication (pp. 35-47). L’Harmattan.
Malraux, A. (1996). Le musée imaginaire. Gallimard. (Œuvre originale publiée en 1947)
Mathey, A. (2011). Le musée virtuel : Les nouveaux enjeux. Éditions Le Manuscrit.
Navarro, N., & Renaud, L. (2020). Fantasmagorie du musée : Vers une visite numérique et récréative. Culture & Musées, 35, 133-163. https://doi.org/10.4000/culturemusees.4713
Sandri, E. (2020). Les imaginaires numériques au musée ? Débats sur les injonctions à l’innovation. MKF Éditions.
Schmitt, D., & Meyer-Chemenska, M. (2015). 20 ans de numérique dans les musées : Entre monstration et effacement. La Lettre de l’OCIM, (162), 53–57. https://doi.org/10.4000/ocim.1605
Soulier, V., & Roigé, X. (2022). Comment valoriser le patrimoine culturel immatériel via un musée numérique ? Communication & Langages, 211(1), 87-109. https://doi.org/10.3917/comla1.211.0087
Tardy, C., & Jeanneret, Y. (2007). L’écriture des médias informatisés : Espaces de pratiques. Hermès Science Publications – Lavoisier.
Vidal, G. (2018). La médiation numérique muséale : Un renouvellement de la diffusion culturelle. Presses universitaires de Bordeaux.
Welger-Barboza, C. (2001). Le patrimoine à l’ère du document numérique : Du musée virtuel au musée médiathèque. L’Harmattan.
Eliane Vergnolle, L’art roman en France, Paris, Flammarion, 2003.
Marcel Durliat, Roussillon roman, La Pierre-qui-Vire, coll. Zodiaque, 4e édition, 2001.
Géraldine Mallet, Églises romanes oubliées du Roussillon, Nouvelles Presses du Languedoc, 2003.
Xavier Barral i Altet, Xavier, Religious Architecture During the Romanesque Period in Catalonia, Catalan Historical Review, 2011.
Catalunya Romànica (Encyclopédie, 27 vol.), Enciclopèdia Catalana.
Pierre Ponsich, Les origines et l’évolution de l’art roman en Roussillon (divers articles dans Les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa).
- Les Cahiers de Saint-Michel de Cuxa (publication annuelle des Journées Romanes)
- Catalan Historical Review (Institut d’Estudis Catalans)