Ouvrage collectif

La communication des/sur les organisations militaires aujourd’hui

Une perspective africaine

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Différents événements politiques et géopolitiques survenus en Afrique depuis la proclamation des indépendances à l’orée des années 1960, et au-delà, favorisent une représentation équivoque de l’armée au sein de nos sociétés. L’organisation militaire est en effet, alternativement et simultanément, garante de l’unité nationale ou force de déstabilisation du fait notamment de putschs qu’elle initie ou concrétise. Elle inspire de ce fait soit la confiance soit la méfiance, entre autres.

Le sentiment mitigé sur l’action des forces de défense et sécurité s’observe à travers les jugements portés sur les opérations militaires montées pour juguler des crises aussi bien internes – au Cameroun, mobilisation de l’armée dans le cadre du Commandement opérationnel, de la guerre contre Boko Haram, de la crise dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des contestations électorales, etc. – qu’externes (mobilisation de l’AMIS au Darfour, de la MINUSCA en République Centrafricaine, de Licorne en Côte d’Ivoire, de la MONUSCO au Congo, etc.). Chez certains, ce sentiment semble intuitif. Chez d’autres, il résulte d’une perception critique du rapport des citoyens et des soldats eux-mêmes à l’information-communication orchestrée par les organisations militaires et leurs (ex)actions.

Si le rapport des citoyens et des militaires à l’information-communication de guerre structure leurs opinions, il convient surtout de relever que ledit rapport a, comme le note Boniface (2014, p. 71), changé la guerre en faisant notamment le procès des « réalités de terrains d’opérations ». Sir Rupert Smith (2007), exprime ainsi ce phénomène : l’image (et la contre-image) que renvoient les opérations militaires dans l’esprit des civils prend aujourd’hui le dessus sur les résultats techniques du terrain. L’action de guerre en soi permet d’agir sur le mental collectif des troupes et de la population. De ce point de vue, « la guerre est (devenue) un moyen de communication qui a pour but de faire changer la perception que le monde extérieur peut avoir de celui qui intervient » (Desportes, 2013, p. 1). L’information-communication explicitement construite autour de cette guerre la parachève en lui donnant un certain sens. Les acteurs la mobilisent par ailleurs pour charrier des mythes : super ou hyperpuissance (notamment des armées des pays européens à l’ouest du mur de Berlin et de l’armée des Etats-Unis d’Amérique), « frappes chirurgicales » malgré les défaites cuisantes au Viêt-Nam, en Algérie, en Somalie, en Iraq, en Afghanistan, etc.

La rhétorique de la communication des armées vise à construire un récit autour de la justesse de l’action militaire et des valeurs qui lui sont associées. Quel que soit le type de régime et de système politiques qui la met en mouvement, l’armée cherche ainsi à véhiculer ses propres messages, généralement soit pour défendre ses intérêts, soit pour maintenir une relation privilégiée avec la nation. Le discours des forces de défense et sécurité ont également une visée de conservation de leur légitimité et de mobilisation du soutien, par la population, à leurs actions. On peut alors affirmer qu’une opération de défense nationale, ensemble la communication « officielle » y rattachée, relève de la communication stratégique. Par exemple, avec le cas de la guerre israélo-américaine de février-avril 2026 contre l’Iran, il semble légitime de constater que les champs de bataille sont investis par la société du spectacle et du simulacre. On assiste à un incessant jeu de miroirs qui nous mènent « naturellement » à une information quasiment réduite à la science-fiction avec des images générées par l’Intelligence artificielle, à des images et paroles autorisées par la censure militaire, à l’émergence ou à la consolidation de l’image de galonnés médiatiques qui « écument » les télévisions.

Différents segments du corps social acceptent ou rejettent ces récits. Les messages officiels des opérations armées sont en effet constamment remis en question (Mielcarek, 2018) par des entrepreneurs politiques, des objecteurs de conscience ou des antimilitaristes. Cette remise en question procède en général par d’autres discours. Il est ainsi loisible de constater que sur les armées et sur leurs actions, il y a une guerre des récits qui a investi les espaces publics. L’on y observe tout d’abord des récits officiels des armées dites républicaines et des États qui les mettent en mission. Les entrepreneurs de ces récits ont des adjuvants qui se recrutent aussi bien dans la classe politique interne qu’au sein des populations locales avec, dans certains cas, des soutiens étrangers. On y décèle ensuite des récits alternatifs issus des armées dites « non-républicaines » ou « rebelles » que les premières combattent et, comme ces premières, elles ont aussi leurs adjuvants. Entre les deux, émergent d’autres types de récits qui peuvent être « pour » ou « contre » mais qui, surtout, expriment une réception / perception proprement locale et populaire de la guerre et des récits « initiaux » qui les précèdent, accompagnent ou suivent, d’où qu’ils viennent.

Problématique et positionnement

Les représentations que les récits de guerre suggèrent attirent de prime abord l’attention sur l’articulation entre les organisations militaires, leurs moyens d’information-communication et leurs publics-cibles à l’échelle internationale, nationale et locale. L’aphasie postulée de ces organisations est confrontée à l’exigence de transparence inscrite dans les paradigmes de la gestion sociale dans un contexte marqué par une explosion de la communication à la faveur, notamment, d’un accès plus démocratique aux technologies de diffusion de masse.

À côté des médias et réseaux sociaux traditionnels (nœuds d’herbes, tamtam d’appel, bouche à oreille, réunions de communautés, etc.) qui servaient autrefois à annoncer la guerre, à la raconter et à célébrer les victoires dans l’Afrique précoloniale, les médias classiques exportés de l’Occident vers l’Afrique (lettres, presse, radio, télévision, etc.) et désormais les réseaux sociaux numériques agissent de concert pour créer un bouillonnement de l’information-communication des/sur les armées. Du fait de ce bouillonnement, la guerre des récits se complexifie et le « bruit » qui en résulte obstrue inéluctablement la compréhension des dynamiques d’information-communication des organisations militaires. Cette information-communication envisagée dans une perspective de mise en transparence du « social » apparaît ainsi désormais comme une utopie difficile à saisir.

Dans une Afrique rythmée entre autres par les guerres du Cap au Caire et de Dakar à Naïrobi, l’on a pourtant besoin de lumière pour agir pour soi-même et pour l’intérêt général en toute connaissance de cause. Aussi un éclairage nouveau s’impose-t-il comme devoir pour les sciences sociales. Cet éclairage n’a pas seulement un enjeu de savoir, elle a aussi un enjeu de savoir-faire et, au-delà, d’amélioration des conditions de travail des armées, de leurs relations avec leurs publics et de l’existence d’une manière générale dans les localités théâtres de la guerre.

Dans une perspective heuristique interdisciplinaire, le présent projet éditorial se focalise d’une part sur la façon dont les armées, à travers l’histoire et par leurs opérations d’information-communication, se montrent et rassurent les citoyens, les séduisent et les attirent, les informent ou les mésinforme. D’autre part, il entend mettre en évidence la manière dont la nation – les individus et les organisations – parle de/à l’armée et ainsi confronter les ambitions des armées aux perceptions et sentiments des publics.

Du point de vue du « pôle émetteur », les propositions de textes interrogeront les doctrines info-communicationnelles, les théories, les principes, l’organisation, la planification, les acteurs, les objets, les produits, etc., mobilisés par les armées aussi bien à l’attention de leurs publics externes que de leurs publics internes. Une telle exploration s’intéresse par ailleurs aux sons discordants et aux moyens détournés voire informels d’information-communication au sein des organisations militaires. Du point de vue du « pôle récepteur », il s’agit de voir comment les publics-cibles de l’information-communication des organisations militaires, mais aussi se pro-destinataires et anti-énonciataires reçoivent les discours desdites organisations et construisent / diffusent les leurs.

Au-delà de la logique des « pôles » qui pourrait renvoyer l’idée d’une information-communication linéaire, notre projet éditorial situe les processus à l’étude dans une perspective orchestrale et dynamique pour envisager la construction et la circulation des messages (discours ou récits) de/sur l’armée au sein des sociétés en Afrique.

Axes thématiques

Pour démêler l’écheveau, les contributions à ce projet d’ouvrage collectif pourront s’inscrire dans quatre principaux axes thématiques.

Axe n° 1 – Histoire de la communication des organisations militaires

Cet axe de recherche a pour ambition d’analyser la genèse et l’évolution des récits des armées dans le temps long (de l’Antiquité à l’ère contemporaine avec un accent sur la période postindépendance) et dans l’espace en fonction des différents théâtres d’opération. Au croisement de plusieurs chantiers historiques, chercheurs, chefs (politiques) militaires, praticiens des forces de défense et de sécurité pourront témoigner de leurs expériences et réflexions à travers une recension analytique de la littérature et toutes autres sources disponibles aujourd’hui mais aussi à travers des leçons apprises des pratiques empiriques de communication de l’institution militaire en Afrique.

Axe n° 2 – Structuration et organisation des communications militaires

Les textes reçus dans cet axe analyseront la structuration et l’organisation de l’information-communication dans les forces de défense et de sécurité en Afrique (armées, police et gendarmerie). Ils étudieront les logiques institutionnelles de l’organisation de la communication militaire en Afrique, la convergence ou la divergence entre l’idée d’aphonie des forces militaires et la fonction « information-communication » dans les organigrammes (direction de communication et de relations publiques, dissociation du porte-parole du ministère de la défense et de celui des forces armées, etc.). Les contributions dans cet axe sonderaient aussi la « philosophie » qui fonde la structuration de cette communication et articule leur organisation en temps de paix comme en temps de conflits ouverts. On y verrait par ailleurs apparaître, entre autres : les bases théoriques des architectures de communication militaire, les approches, méthodes, dispositifs, personnels, dynamiques normatives et structurelles des cadres d’information-communication dans le contexte des technologies numériques contemporaines.

Axe n° 3 – La communication des forces armées en action

Les auteurs mettront en lumière dans cet axe le déploiement de la communication opérationnelle de guerre et ses défis. Ils interrogeront le niveau d’intégration et les finalités de l’information-communication dans les opérations militaires. Ils analyseront l’environnement de la diffusion des informations publiques sur une opération ou un exercice militaire, les domaines couverts, les outils et dispositifs mobilisés, etc. Un accent particulier sera mis sur les médias (anciens et nouveaux) et surtout le multimédia, les réseaux sociaux numériques et l’intelligence artificielle. Une attention spécifique sera accordée à la mise en discours (verbal et non-verbal) de la guerre avec une focalisation sur l’ethos, le pathos et le logos. Au sein des organisations militaires (communication interne) les auteurs examineront comment l’armée se parle et parle de la guerre. Certaines propositions pourront être adossées sur des opérations de communication interne spécifiques (dynamiques du passage d’une logique de commandement à une pratique plus managériale de la communication interne, éducation civique dans les casernes, etc.). De l’autre côté du mur d’enceinte de la caserne (communication externe), les auteurs mettront en relief les visées et le déploiement de la communication des armées en direction des publics locaux, nationaux et internationaux. Les propositions feront aussi la lumière sur la communication des forces parallèles, informelles, dissidentes ou opposées aux armées dites républicaines.

Axe n° 4 – Le traitement, la réception et les perspectives locales des/dans les récits de guerre

Il est attendu des contributions regroupées sous cet axe d’abord qu’elles interrogent la construction et la diffusion des récits de guerre par les journalistes et leurs médias. Il est question d’y voir par la suite comment ces récits, aussi bien ceux des journalistes que ceux de l’organisation militaire, structurent les conversations de la vie quotidienne des populations. Il s’agit aussi d’examiner ce que les publics internes et externes des armées font des messages militaires auxquels ils ont accès. Au-delà de la « réception » par tous publics, il convient de relever que le soutien que les armées recherchent auprès des populations est surtout déterminé par une collaboration entre ces dernières et les soldats engagés sur des fronts territorialement situés. Il est dès lors intéressant dans cet axe de voir comment les armées projettent ces populations et leurs territoires dans les récits et moyens de diffusion. Il est également utile de connaître comment ces populations locales construisent leurs propres discours sur les armées. Tous les moyens (traditionnels, modernes, contemporains) de diffusion ou de circulation au niveau local des représentations sur les armées sont pris en compte. L’analyse de l’enjeu local dans les médias nationaux et internationaux ainsi que du positionnement des médias locaux permet d’envisager autrement la géopolitique (interne et internationale) des médias en contexte de guerre.

Modalités de soumission des résumés

Les propositions de texte, rédigées en anglais ou en français, sont soumises sous forme de résumé comprenant entre 200 et 300 mots avec mention de l’axe sollicité, accompagnées de 3 à 5 mots ou expressions clés. Les principales spécifications typographiques des résumés sont les suivantes : Time New Roman (taille 12 pts, interligne simple, titre : 14 pts et en gras, sous-titre : 12 pts en italique).

Chaque proposition doit indiquer les éléments ci-après : nom(s) et prénom(s) de l’auteur/des auteurs, affiliation institutionnelle, statut, adresses électronique et téléphonique, toute autre référence permettant d’identifier l’auteur à l’international.

Adresses et délai

Les résumés, au format Word, doivent être envoyées au plus tard le 15 juillet 2026 au secrétariat du projet éditorial aux adresses suivantes : tim_ndongue@yahoo.fr, fulbertfofack@yahoo.fr. Copie doit en être faite aux coordonnateurs du projet aux adresses suivantes : prof_misse2@hotmail.fr, djimeli2002@yahoo.fr

Chronogramme

  • Lancement de l’appel à contribution : 20 mai 2026 ;
  • Date limite de soumission des résumés : 15 juillet 2026 ;
  • Notification d’acceptation aux auteurs : 31 juillet 2026 ;
  • Date limite d’envoi des textes complets : 30 août 2026 ;
  • Date retour des évaluations : 15 octobre 2026 ;
  • Date d’envoi des versions révisées 30 octobre 2026 ;
  • Perspective de publication de l’ouvrage : juin 2027.

Évaluation et suite à donner

Elle se fera en double aveugle par les experts du comité scientifique. Pour chaque proposition, ces derniers seront choisis en fonction de l’axe. Puis le comité se réunira en jury pour délibérer et informer les auteurs de la suite. Les auteurs des propositions seront notifiés des résultats de l’évaluation. Ceux dont les propositions seront retenues recevront une feuille de style accompagnée d’autres instructions pour la présentation de l’article définitif.

Comité scientifique

Sous la direction de :

  • Pr MISSE MISSE UFRD DYNAMIQUES DU DÉVELOPPEMENT Laboratoire d’Information-Communication Institut Universitaire Protestant d’Afrique Centrale de Yaoundé, Cameroun
  • Pr DJIMELI T. Alexandre Centre d’Études et de Recherches en Espaces, Arts et Humanités Université de Dschang / Université de Yaoundé II, Cameroun Pr Ekambo Duasengue (IFASIC – Kinshasa)

Membres

  • Pr MISSE MISSE, Pr Begoumenie, Pr Arrey William, Pr Tagou Célestin (Institut Universitaire Protestant d’Afrique Centrale)
  • Pr Kiyindou Alain (Université de Bordeaux III)
  • Pr Cheo Ngu Victor, Pr Muluh Henry (University of Bamenda)
  • Pr Kingsley, Pr Julius CHE Tita (University of Buea)
  • Pr AGHI BAHI, Pr Nanga Mireille, Pr adhepeau Julien (Université de Cocody)
  • M. Jumbo Maurice (MC), M. Momo Etienne Hubert (MC) (Université de Dschang)
  • Pr Atenga Thomas Hirenée,
  • Pr Tchoumtchoua Emmanuel,
  • Pr Madiba Georges,
  • Mme METOTE Caroline (MC),
  • M. Botétémé Munet (MC),
  • M. Ebana Achille Armand (MC),
  • M. TEMADJIO Jacques (Université de Douala)
  • Mme NDJOCK MVONDO Nadine Fleur (MC) (Université d’Ebolowa)
  • Pr Miège Bernard (Université Grenoble-Alpes)
  • Pr MAKOSSO Félix, Pr BIYELE Françis (Université Marien Ngouabi)
  • M. Bitond Adrien (MC) (Université de Maroua)
  • M. Amahata Lionel (MC) (Université de Ngaoundéré)
  • Pr OWAYE Jean-François (Université Omar Bongo)
  • Pr Balima Serge Théophile, M. Balima Dimitri (MC) (Université de Ouagadougou)
  • Pr Agbobli Christian (Université du Québec à Montréal),
  • Pr Ndiaga Loum (Université du Québec en Outaouais)
  • Dr-HDR Ngono Basile (Université de La Réunion)
  • Pr Tristan Mattelart (Université de Paris II Panthéon-Assas)
  • Pr FAME NDONGO Jacques,
  • Pr Wanyaka,
  • Pr Tonye Emmanuel,
  • Pr LEKA ESSOMBA Armand (Université de Yaoundé I).
  • Pr Boyomo Assala Laurent-Charles,
  • Pr NDEMBIYEMBE Paul Célestin,
  • Pr Ntuda Ebode Joseph-Vincent,
  • Pr Mimche Honoré,
  • Pr ABOLO MBITA Christian,
  • Pr MODZOM François Marc,
  • Pr Wakata Bolvine François,
  • Pr Messanga Obama,
  • Pr Ebogo Frank,
  • Pr ZOGO Félix,
  • M. Noah Mbede Daniel-Anicet (MC),
  • M. NTA à BITANG (MC),
  • Mme NGA MINKALA Alice (MC),
  • Mme MPESSA MOUANGUE (MC),
  • Mme ESSE Corine (MC)
  • M. NDIBI OLA’A Frédéric (MC),
  • M. AKANA Parfait (MC),
  • Mme NDOUMBE Dorothée,
  • M. ASSOMO Alain (MC),
  • Mme DJADEU Colette (MC),

Mme NGOUH PEKASSA Dominique (MC) (Université de Yaoundé II).

Comité de lecture

Co-présidents : M. NDONGUE EPANGUE Thimothée (MC, Université de Douala), Dr Fofack Fulbert (CC, Université d’Ebolowa).

Membres : Dr Tsayem Lidyane, Dr Edimo Wangue, Dr BODIONG Deborah, Dr Djamfa Priscile, Dr Nemi Marie-Paule, Dr YONTA Jacqueline Eve, Dr Kuba, Révérend Dr Awoumou, Dr Diffouo Basile, Dr Ndiapi, Dr Agnila Jeanne, Dr BIROU, Dr Loko Bille Anémone.

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