Transitions en tension. Controverses et tensions autour des transitions écologiques

3e colloque annuel GER Communication environnement, science, société

Expected response for the 30/09/2021

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Event place Université Catholique de Louvain, Ruelle de la lanterne magique, 14 , Louvain la Neuve 1348, Belgique

Le terme « transition » apparaît souvent en lien avec les problématiques de l’écologie et de l’habitabilité de la planète, et de l’énergie. Devant les défis actuels, le changement doit se situer à différents niveaux ou « strates » (spirituel, philosophique, politique, économique, technique, Luyckx 2020). Le Dictionnaire critique de l’anthropocène (2020, p. 780) reprend de Chabot (2015) l’idée que nous sommes entrés dans « l’âge des transitions », où il s’agit d’une « reconfiguration fondamentale du fonctionnement et de l’organisation du système, face à une situation de basculement ». Mais la notion de transition écologique, à la différence d’autres comme « transition démographique », n’indique pas tant un phénomène qu’une « intention », un « mot d’ordre prescripteur de pratiques » (ibidem), utilisé par un large éventail d’acteurs (« militants, institutionnels, professionnels, techniques, politiques, scientifiques »), tout comme pour le cas de la « transition numérique ». Comme cette dernière, la transition écologique décrit un processus de « transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre » (Bourg, Papaux, 2015, p. 780, cité par Monnoyer Smith L., 2017).

Le terme est lié particulièrement au mouvement des « villes en transition » et au « transition network », un mouvement initié par Rob Hopkins en Angleterre en 2005. Plus largement, la notion de transition est devenue une de ces « formules » (Krieg Planque, 2010) utilisées aujourd’hui dans les discours qui traitent de la situation écologique, de ses conséquences et des perspectives d’action, dans les sphères politique, médiatique, économique, sociale, spirituelle, culturelle (et scientifique, avec les recherches récentes sur les « sustainability transitions »). Cette formule indique un ensemble complexe de valeurs, notions scientifiques, projets, projections, actions et pratiques qui ont à faire avec le passage de l’état actuel vers une condition plus « soutenable », durable et désirable pour les humains et le vivant, remplaçant ainsi en partie la sémantique du développement durable (Theys 2020), et en impliquant aussi « la résorption des inégalités sociales ou des injustices environnementales » (Dictionnaire…, p. 780), comme le rappelle la notion de « transition juste » présente aussi dans le texte de l’Accord de Paris sur le climat. En France, en Italie et en Espagne existent par exemple des ministères de la « transition écologique ». Les connotations positives, dynamiques et prometteuses, de ce type d’expression (différentes de celles d’autres expressions comme l’effondrement, avec donc un potentiel d’euphémisation) aident certainement la diffusion et l’utilisation de ces formules. Différents acteurs s’approprient donc cette expression dans des logiques et des perspectives différentes, comme celles des politiques publiques de long terme, celle des associations et mouvements orientés vers les biens communs (commons) et le local, ou encore celle des grandes entreprises (et plus particulièrement dans le secteur de l’énergie). La transition permet de construire un cadre positif, lié au discours de l’innovation, du « design thinking », de la participation… Cette diversité et cette hétérogénéité – qui ne nient pas l’existence d’un « air de famille » entre les différents usages – interrogent la recherche en information et communication ou encore en analyse de discours.

De son côté, l’expression « transition énergétique » est définie par le World Energy Council (2014) comme « a significant structural change in an energy system ». La transition actuelle vers les énergies renouvelables est la dernière transition énergétique en date, et elle est guidée directement par la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre, à l’époque de la crise climatique et environnementale globale en cours. Pourtant, comme le rappelle le Dictionnaire critique de l’anthropocène, « la transition énergétique n’est pas déterminée dans ses solutions, ni dans les modalités de sa mise en œuvre » (2019, p. 783). Différents modèles et perspectives se croisent, plus ou moins radicales, et qui intègrent plus ou moins les enjeux écologiques. De ce point de vue, la transition énergétique et ses enjeux « interrogent notre rapport à la Terre » (Dictionnaire…, p. 784) et donc l’autodéfinition des sociétés. Là aussi, il y a matière pour les travaux en sciences de l’information et de la communication (Gilbert et al. 2019) et plus largement en sciences humaines et sociales. Ce colloque veut donc interroger les discours et les phénomènes commu- nicationnels liés aux transitions écologiques et énergétiques – nous utilisons explicitement le pluriel pour indiquer la complexité de l’objet en question. La dimension polémique de la com- munication qui entoure les transitions – controverses, polémiques, discussions, débats – et qui mobilise le langage verbal et tout autre type de dispositif sémiotique (notamment les images, fixes et en mouvement), est notamment au centre de l’attention. Depuis les travaux d’Allan Mazur sur la dynamique des controverses technologiques (Mazur 1981), puis ceux développés à partir de la sociologie pragmatique française (Boltanski et Thévenot 1991 ; Callon et al. 2001 ; Latour 2006), l’entrée par les controverses est en effet devenue une des approches principales pour l’analyse des problèmes environne- mentaux (voir par ex. Carlino & Stein 2019).

Nous voulons impliquer dans la réflexion les chercheuses et chercheurs qui analysent ces phénomènes avec des outils scientifiques issus des sciences humaines et sociales. Notre focus porte en premier lieu sur les sciences de l’information et de la communication, mais porte également une attention particulière aux projets interdisciplinaires ou à la frontière entre différentes disciplines.

Axes du colloque

Les contributions pourront porter sur un ou plusieurs de ces axes, ou être transversales.

I. Transitions et controverses : discours et interactions.

Les transitions et les tensions et controverses qui les concernent sont objet d’appropriation discursive multimodale (textuelle, verbale, visuelle) par des multiples acteurs (Audet 2014), comme déjà souligné. Les sciences de l’information et de la communication sont appelées à apporter leur contribution pour mieux comprendre les formes sémiotiques, rhétoriques, narratives, discursives mobilisées dans ces discours. Les controverses qui concernent les transitions sont des puissants « moteurs sémiotiques », qui activent la production et la circulation des discours. Comment les acteurs des transitions et ceux qui entrent dans l’espace polémique des controverses prennent la parole, construisent leur discours, critiquent celui d’autres acteurs ? Comment des éthos discursifs variés sont construits et attaqués dans les controverses (par exemple, dans le cas des dénonciations d’incohérence, de « greenwashing », ou d’opposition aux projets) ? Quelles ressources sémiotiques et rhétoriques sont mobilisées ? Quelles formes narratives apparaissent, comment évoluent-elles, et comment les transitions sont racontées (dans la presse, dans le discours des organisations, dans les textualités numériques) ? Comment l’intertex- tualité et la polyphonie se déploient ? La notion de controverse est d’abord un « descripteur » permettant de rendre compte d’un ensemble de situations sociales réelles particulières, qui font exister « les transitions » à partir des activités communicationnelles des acteurs sociaux. En ce sens, les controverses sont avant tout des phénomènes sociaux, des épisodes interactionnels. Comme le note Pierre Lascoumes (2010 : 172) « [elles] peuvent être définies comme des séquences de discussion et d’affrontement entre des points de vue divergents sur un sujet». La controverse est un moment de l’histoire au cours duquel des acteurs confrontent leurs points de vue sur un enjeu de société. Les contributions pourront s’intéresser, avec une attention particulière pour la dimension communicationnelle, à des études de cas spatialement et historiquement situées, comme étant des processus interactifs au sein desquels, d’une part, l’enjeu « des transitions » va se construire petit à petit, et, d’autre part, l’identité même des acteurs « des transitions » va se définir. La controverse n’est pas un échange de vues figées, elle est envisagée ici comme un mode interactionnel de production des enjeux, des acteurs et des frontières définissant la société à un moment donné.

II. Transition, controverses, expertise et risque.

La définition de la controverse comme processus de construction laisse entrevoir un autre objectif qu’elle permet de remplir. Au-delà de son caractère descriptif, elle est aussi un opérateur analytique porteur d’un rapport au savoir expert particulier. Elle permet au chercheur d’analyser la société, de construire un objet d’étude, selon un angle particulier et en suivant une méthode définie. Cette méthode est souvent associée à celle du « déploiement des controverses » (Latour 2006 : 33). Cette posture méthodologique repose sur un fondement de base proche de la posture de « l’acteur- réseau » proposée par Latour qui : « prétend être mieux en mesure de trouver de l’ordre après avoir laissé les acteurs déployer toute la gamme des controverses dans lesquelles ils se trouvent plongés. (…) Autrement dit, la tâche de définition et de mise en ordre du social doit être laissée aux acteurs eux-mêmes, au lieu d’être accaparée par l’enquêteur » (Latour 2006 : 33). En ce sens, des contributions pourront « déplier » certaines controverses particulières afin d’ouvrir certaines « boîtes noires » liées aux discours experts ou profanes sur les « transitions ». Sans être forcément ou strictement liées à l’approche de l’acteur-réseaux (ANT), les contributions pourront questionner la manière dont experts et profanes interagissent et entrent en dialogue lorsqu’il s’agit de définir les enjeux des transitions. Elles pourront également questionner l’utilisation des discours experts et scientifiques par différents groupes d’acteurs engagés dans les processus de définition des enjeux des transitions. Elles pourront également questionner la manière dont sont construits, communiqués ou mobilisés différents risques (sociaux, environnementaux ou techniques) liés aux questions de transition.

III. Controverses, transitions et construction de la décision.

Un autre objectif de la notion de controverse est davantage normatif et suppose le caractère positif pour la société du déploiement (par les acteurs et par les chercheurs) des controverses dans les différents domaines d’action publique (Callon et al. 2011). En ce sens, les controverses sont considérées comme un modèle procédural démocratique caractérisé par la double remise en cause de la délégation des décisions aux scientifiques et aux politiciens. En tant que procédure de décision collective, elles seraient alors « porteuses d’une meilleure articulation entre science et société » (Lascoumes 2002, 72). Les contributions pourront mettre en évidence la manière dont les controverses liées aux questions de transition, en tant que procédure de construction de la décision, en viennent à produire des solutions considérées comme socialement et techniquement « robustes » (par exemple Andries et al. 2004) ou dotées « d’acceptabilité sociale » (par exemple Wüstenhagen et al. 2007). Elles pourront également questionner les liens entre évolution du débat dans la sphère publique et média- tique, et évolution des modes de constitution de la légitimité démocratique (Rosanvallon 2008). Parallèlement aux approches classiques centrées sur l’analyse de la participation du public aux décisions démocratiques ou sociotechniques, les contributions pourront questionner ces notions de robustesse et d’acceptabilité sociale à partir de l’étude des processus de communication sous- tendant des controverses liées aux questions de transition.

IV. Transitions, controverses et temps long.

Notons finalement que les controverses environnementales, qui sont au cœur des débats liés « aux transitions », possèdent des caractéristiques particulières : le temps long de leur résolution (Lascoumes 2006, Blanck 2016), leur caractère transversal et intersectoriel (Lascoumes 1994) et enfin le changement d’échelle de décision qu’ils imposent ainsi que leur caractère multi-acteurs (Gouldson 2009 ; voir aussi Carlino 2018 et Lits 2020). Ces caractéristiques en font un terrain d’innovation démocratique important et le lieu du développement d’un ensemble important de « nouveaux instruments d’action publique », mais aussi de modes nouveaux de production de légitimité. Les contributions qui interrogent les aspects communicationnels de cette gestion du temps long, de ce caractère intersectoriel, multi-acteur et multiniveau, mais aussi transnational des controverses environnementales seront également bienvenues.

V. Transition, expérimentations et action.

Les enjeux liés à l’étude des récits et discours environnementaux sont accompagnés par d’autres occupations et préoccupations de recherche. Celles-ci concernent les conditions de l’action, de son émergence, de sa construction, de sa persévérance. Elles concernent également l’observation et l’analyse des nombreuses expérimentations sociétales, scientifiques qui s’inscrivent dans le périmètre des humanités environnementales. Expérimenter, agir renvoient à des théories nombreuses dans le champ des SHS. Les notions et concepts voyagent par- fois loin des courants initiaux qui les ont vu naître. Des chercheurs suivent et accompagnent les passages des notions d’un domaine à l’autre (par exemple Bruno Latour avec la notion de Gaïa). Les propositions pourront, notamment, s’inscrire dans le mouvement de l’interdisciplinarité, du pluralisme méthodologique afin d’étudier les interdépendances entre univers sémio-pragmatique et sphère de l’action, entre pratiques culturelles et logiques du faire, entre action et imaginaire, entre publicisation des actions et réseaux socio-numériques, etc.

VI. Sciences naturelles, sciences humaines et sociales et transition écologique et énergétique : tables rondes multidisciplinaires.

Cet axe prend spécialement la forme de deux tables rondes. Son objectif est d’ouvrir un espace de réflexion et d’échanges entre des chercheurs de différentes disciplines issues des sciences naturelles et des sciences humaines et sociales au sujet de la transition écologique et énergétique. Force est de constater le « besoin permanent d’expertise et donc de recherche » pour envisager la transition : « sans expertise, point de décisions éclairées » (Wehrling, 2020). Au regard de rap- ports tels que ceux du GIEC ou de l’IPBES, les sciences de l’environne- ment, du vivant, du climat, prennent une place essentielle dans la pro- duction de données d’observation, souvent chiffrées, synthétisées puis « traduites » à « l’intention des décideurs » (GIEC, 2014, 2007, 2001). Toutefois, l’accès et l’appropriation de ces informations scientifiques ne peuvent s’effectuer qu’à partir de dispositifs info-communicationnels qui opèrent leur médiation (Garbiès, Fabre, 2012) en mettant en scène les savoirs sous la forme de « micro-récits » sur la/les transition(s) au sein du « macro-récit » du changement climatique et de l’effondrement de la biodiversité (Catellani, 2009). Ces dispositifs médiés visent le partage des observations et favorisent ainsi la construction collective des connaissances (Galaup, 2012). Enfin, dans l’objectif d’agir pour la planète, les résultats de la recherche doivent dé- boucher sur des pistes crédibles et persuasives capables d’influencer les décideurs.

Dans cette perspective, une première table ronde s’intéressera à une vision « disciplinaire » de la notion de transition(s), selon les points de vue des sciences naturelles et des SHS. Qu’entend-on par transition dans chaque discipline ? Que recouvre- t-elle d’un regard à l’autre ? Quelles sont les échelles spatiales et temporelles retenues par les différentes disciplines dans le cadre d’une étude de la transition ? Quels sont les dispositifs info-communicationnels propres à chaque discipline ?

Une seconde table ronde s’intéressera à une vision « transdisciplinaire » de la notion de transition(s), essayant de dégager une définition « méta » qui subsumerait les points de vue disciplinaires. Comment les enjeux nationaux et internationaux, à court, long et moyen terme, médiés par une grande variété de dispositifs info-communicationnels, peuvent- ils s’articuler pour opérer ensemble ce processus transformationnel de transition ? Quel « commun » scientifique pour penser la transition ? Les personnes souhaitant participer à ces tables rondes sont invitées à envoyer un résumé de 1500 signes environ (espaces comprises) accompagné d’une présentation bio-bibliographique précisant le rattachement institutionnel et, le cas échéant, les publications majeures, aux mêmes dates que l’appel à communication. Comme les autres intervenants, il sera possible pour le participant de soumettre un article à la publication.

Informations pratiques

Le colloque aura lieu à Louvain-la-Neuve en Belgique, dans les locaux de l’Université catholique de Louvain, les 16 et 17 décembre 2021.

  • Les propositions de communication, en français ou en anglais, comprendront : prénom et nom, titres et fonctions, institutions de rattachement (p. ex. université, laboratoire), coordonnées de l’auteur (courriel) ; un résumé, entre 5 000 et 6 000 signes espaces compris et bibliographie exclue, en prenant soin de présenter la problématique et la méthodologie de recherche ; une bibliographie ; une courte biographie de l’auteur à la troisième personne du singulier (max. 1 000 caractères, espaces compris). Il est demandé aux auteurs de respecter les normes bibliographiques APA. Des consignes spécifiques sont proposés pour la participation aux tables rondes de l’axe 6.
  • Un deuxième fichier devra inclure seulement une version entièrement anonymisée du résumé et de la bibliographie (vérifier que l’identité de l’auteur n’apparaisse pas dans les métadonnées).
  • Les résumés de contribution au colloque sont attendus pour le 30 septembre 2021, via le site web du colloque : https://transition2021.sciencesconf.org et aussi par courriel aux adresses suivantes :
    andrea.catellani@uclouvain.be et gregoire.lits@uclouvain.be
    Un e-mail accusant réception des propositions sera envoyé.
  • Si la proposition est retenue, les auteur.es en seront informés avant la fin du mois d’octobre 2021. Une contribution économique pourrait être demandée aux auteur.es retenu.e.s.
  • Une publication scientifique est prévue, suite au colloque.

Comité d’organisation du colloque

  • Andrea Catellani, UCLouvain
  • Grégoire Lits, UCLouvain
  • Céline Pascual Espuny, Université d’Aix-Marseille
  • Anne Gagnebien, Université de Toulon
  • Catherine Gauthier, Université Grenobles Alpes

Comité scientifique du colloque

  • Françoise Bernard, Université d’Aix-Marseille
  • Nataly Botero, Université de Bourgogne
  • Vincent Carlino, Université de Neuchâtel
  • Andrea Catellani, UCLouvain
  • Amélie Coulbaut-Lazzarini, Université Grenoble Alpes
  • Nicole D’Almeida, Sorbonne Université
  • Kjersti Fløttum, University of Bergen
  • Anne Gagnebien, Université de Toulon
  • Grégoire Lits, UCLouvain
  • Pieter Maeseele, University of Antwerp
  • Marieke Muller-Stein, Université de Lorraine
  • Akila Nedjar-Guerre, Université de Nouvelle-Calédonie
  • Céline Pascual Espuny, Université Aix-Marseille
  • Daniel Raichvarg, Université de Bourgogne
  • Bruno Takahashi, Michigan State University
  • Albin Wagener, Campus Tech, PREFics
  • Edwin Zaccai, Université libre de Bruxelles

Partners

GER Communication environnement science société

GER CESS

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