{"id":20289,"date":"2021-11-19T09:35:41","date_gmt":"2021-11-19T08:35:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sfsic.org\/?p=20289"},"modified":"2021-11-18T22:38:10","modified_gmt":"2021-11-18T21:38:10","slug":"etats-de-crise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sfsic.org\/en\/aac-publication\/etats-de-crise\/","title":{"rendered":"\u00c9tats de crise"},"content":{"rendered":"<p><!-- fxzn:singledetail --><\/p>\n<div class=\"zone zn-singledetail\" id=\"fxzn-singledetail-1\">\n<div class=\"zone-block zn-singledetail-block alignwide va-top\">\n<div class=\"row\">\n<div class=\"columns large-8 large-push-4\">\n<div class=\"zn-singledetail-metabox\">\n<div class=\"zn-singledetail-pubdate pubdate\">\n\t\t\t\t\t<span class=\"pubdate-txt\">Mis en ligne le<\/span><span class=\"doubledot\"><\/span> 18 novembre 2021\t\t\t\t<\/div>\n<div class=\"zn-singledetail-thematiques with-sep-comma\">\n<ul class=\"termslist termslist-thematique\">\n<li class=\"termslist-item termslist-title\"><span class=\"termslist-titletxt\">Th\u00e9matiques<\/span><span class=\"doubledot\"><\/span><\/li>\n<li class=\"termslist-item tax-thematique term-communication-publique-et-politique\"><a class=\"termslist-itemlink\" href=\"https:\/\/www.sfsic.org\/en\/thematiques\/public-and-political-communication\/\" title=\"Communication publique et politique\"><span class=\"termslist-itemname\">Communication publique et politique<\/span><\/a><\/li>\n<li class=\"termslist-item tax-thematique term-organisation-des-connaissances\"><a class=\"termslist-itemlink\" href=\"https:\/\/www.sfsic.org\/en\/thematiques\/knowledge-organisation\/\" title=\"Organisation des connaissances\"><span class=\"termslist-itemname\">Organisation des connaissances<\/span><\/a><\/li>\n<\/ul><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"row\">\n<div class=\"columns large-4\">\n<div class=\"zn-singledetail-sidebar bg-cornersquares\">\n<div class=\"zn-singledetail-infos\">\n<p class=\"zn-singledetail-reponse-date\">\n\t\t\t\t\t\t<span>R\u00e9ponse attendue pour le<\/span><span class=\"doubledot\"><\/span> <strong>15\/04\/2022<\/strong>\n\t\t\t\t\t<\/p>\n<p class=\"zn-singledetail-reponse-type\">\n\t\t\t\t\t<span>Type de r\u00e9ponse<\/span><span class=\"doubledot\"><\/span> <strong>Contribution compl\u00e8te<\/strong>\n\t\t\t\t\t<\/p>\n<p class=\"zn-singledetail-type\">\n\t\t\t\t\t\t\t<span>Type de contribution attendue<\/span><span class=\"doubledot\"><\/span> <strong>Article<\/strong>\n\t\t\t\t\t<\/p>\n<p class=\"zn-singledetail-name\">\n\t\t\t\t\t\t\t<span>Nom de la publication<\/span><span class=\"doubledot\"><\/span> <strong>Trac\u00e9s<\/strong>\n\t\t\t\t\t<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"zn-singledetail-coordinators\">\n<h3 class=\"zn-singledetail-section-title\">Coordinateurs<\/h3>\n<ul class=\"zn-singledetail-coordinators-list\">\n<li class=\"zn-singledetail-coordinators-item\">\n\t\t\t\t\t\t\t<span>Federico <\/span> <span>Tarragoni <\/span>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t, <a class=\"zn-singledetail-coordinators-mail prettylink\" href=\"mailto:federico.tarragoni@gmail.com\">federico.tarragoni@gmail.com<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/li>\n<li class=\"zn-singledetail-coordinators-item\">\n\t\t\t\t\t\t\t<span>Rachel <\/span> <span>Renault <\/span>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t, <a class=\"zn-singledetail-coordinators-mail prettylink\" href=\"mailto:Rachel.Renault@univ-lemans.fr\">Rachel.Renault@univ-lemans.fr<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/li>\n<li class=\"zn-singledetail-coordinators-item\">\n\t\t\t\t\t\t\t<span>J\u00e9r\u00f4me <\/span> <span>Heurtaux<\/span>\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t, <a class=\"zn-singledetail-coordinators-mail prettylink\" href=\"mailto:jerome.heurtaux@cefres.cz\">jerome.heurtaux@cefres.cz<\/a>\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t\t<\/li>\n<\/ul><\/div>\n<div class=\"zn-singledetail-weblinks\">\n<h3 class=\"zn-singledetail-section-title\">Sites internet de r\u00e9f\u00e9rence<\/h3>\n<ul class=\"zn-singledetail-weblinks-list\">\n<li>\n\t\t\t\t\t\t\t<a class=\"prettylink chainlink\" href=\"https:\/\/traces.hypotheses.org\/3688\" title=\"Site de l'appel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Site de l&#8217;appel<\/a>\n\t\t\t\t\t\t<\/li>\n<\/ul><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"columns large-8\">\n<div class=\"zn-singledetail-contentbox\">\n<div class=\"zn-singledetail-annonce wig-content\">\n<h2>Argumentaire<\/h2>\n<p>L\u2019explosion de la pand\u00e9mie du Covid-19 a renforc\u00e9 le sentiment de crise qui, avec des degr\u00e9s et des intensit\u00e9s variables, a caract\u00e9ris\u00e9 la gen\u00e8se et l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s modernes. \u00ab&#160;Nous sommes en crise&#160;\u00bb semble \u00eatre devenu le leitmotiv d\u2019une \u00e9poque qui ne cesse de constater son incapacit\u00e9 \u00e0 en sortir. D\u2019o\u00f9 un effet d\u2019opacit\u00e9 sur ce que \u00ab&#160;crise&#160;\u00bb veut dire&#160;: que d\u00e9signe exactement cette crise \u00ab&#160;totale&#160;\u00bb&#160;? Une telle \u00ab&#160;crisologie&#160;\u00bb na\u00efve \u2013 crise partout, crise nulle part\u00a0\u2013 ne condamne-t-elle pas, comme l\u2019annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 Edgar Morin (1976, p. 149), \u00e0 l\u2019inaction&#160;? Le discours d\u00e9cliniste dont elle \u00e9mane, qu\u2019on retrouve par exemple dans la collapsologie contemporaine (Servigne, Stevens, 2015), n\u2019est-il pas cyclique, comme le montre la comparaison historique (Charle, 2016)&#160;? Si la crise devient totale, n\u2019est-elle pas au fond un biais de perspective de l\u2019inertie de l\u2019ordre social&#160;? Par ailleurs, les pr\u00e9notions engag\u00e9es dans ce discours de sens commun ne reviennent-elles pas \u00e0 \u00e9touffer les potentialit\u00e9s critiques qui se manifestent dans les s\u00e9quences de changement social&#160;? Cette derni\u00e8re question m\u00e9rite, plus particuli\u00e8rement, qu\u2019on s\u2019attarde sur les qualifications sociales \u2013 ordinaires et savantes \u2013 pr\u00eat\u00e9es au concept de crise. C\u2019est tout l\u2019enjeu de ce num\u00e9ro de la revue <em>Trac\u00e9s<\/em>&#160;: il vise \u00e0 r\u00e9unir des contributions th\u00e9oriques et\/ou empiriques sur \u00ab&#160;ce que crise veut dire&#160;\u00bb. Il cherche \u00e0 la fois \u00e0 comprendre comment on qualifie et fait l\u2019exp\u00e9rience des crises dans le monde social (crise \u00e9conomique, crise culturelle, crise identitaire, crise politique, crise environnementale, etc.) et \u00e0 revenir sur les m\u00e9canismes d\u2019objectivation et d\u2019explication, en sciences sociales, des conjonctures de crise.<\/p>\n<p>Le premier volet vise \u00e0 produire un d\u00e9centrement. \u00c0 suivre Reinhart Koselleck (1979), c\u2019est une configuration sociale-historique bien particuli\u00e8re \u2013 le conflit entre la bourgeoisie intellectuelle et la monarchie en Europe au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2013 qui a donn\u00e9 au mot \u00ab&#160;crise&#160;\u00bb sa signification proprement moderne&#160;: une exp\u00e9rience du temps historique o\u00f9 les mod\u00e8les anciens perdent leur l\u00e9gitimit\u00e9 politique (la \u00ab&#160;tradition&#160;\u00bb), lors m\u00eame que les mod\u00e8les dictant les conduites \u00e0 venir ne se laissent pas entrevoir. Comme le r\u00e9sume Paul Ric\u0153ur (1988) en empruntant aux cat\u00e9gories koselleckiennes d\u2019\u00ab&#160;espace d\u2019exp\u00e9rience&#160;\u00bb et d\u2019\u00ab&#160;horizon d\u2019attente&#160;\u00bb, il y a crise \u00ab&#160;lorsque l\u2019espace d\u2019exp\u00e9rience se r\u00e9tr\u00e9cit par un d\u00e9ni g\u00e9n\u00e9ral de toute tradition, de tout h\u00e9ritage, et que l\u2019horizon d\u2019attente tend \u00e0 reculer dans un avenir toujours plus vague et plus indistinct, seulement peupl\u00e9 d\u2019utopies ou plut\u00f4t d\u2019\u2018uchronies\u2019 sans prise sur le cours effectif de l\u2019histoire, alors la tension entre horizon d\u2019attente et espace d\u2019exp\u00e9rience devient rupture, schisme&#160;\u00bb (p. 13-14). Toute crise suppose ainsi une certaine exp\u00e9rience du temps (Revault d\u2019Allones, 2012), indissociable d\u2019une critique sociale, politique et\/ou culturelle d\u2019une tradition. C\u2019est cette exp\u00e9rience singuli\u00e8re qui est commune \u00e0 des crises extr\u00eamement diff\u00e9rentes comme les crises \u00e9conomiques, culturelles, politiques, ou encore les crises des syst\u00e8mes de pens\u00e9e ou d\u2019\u00e9pist\u00e9m\u00e8 (Foucault, 1966) ou des champs scientifiques (Kuhn, 1972). Cette exp\u00e9rience s\u2019oppose \u00e0 une forme r\u00e9pandue d\u2019accompagnement des constats de crise, le \u00ab&#160;c\u2019\u00e9tait mieux avant&#160;\u00bb qui dit tr\u00e8s bien comment on aimerait voir les conduites \u00e0 venir selon les normes d\u2019une tradition jug\u00e9e ind\u00e9passable. Une telle conception \u00ab&#160;profane&#160;\u00bb de la crise a chemin\u00e9 en parall\u00e8le de la conception \u00ab&#160;savante&#160;\u00bb, sur laquelle insistent Koselleck et Ric\u0153ur.<br \/>\nCette duplicit\u00e9 laisse entrevoir le probl\u00e8me&#160;: que faire de la pluralit\u00e9 des exp\u00e9riences de crise dans les soci\u00e9t\u00e9s humaines, en fonction des diff\u00e9rents groupes sociaux et des variables d\u2019espace et de temps&#160;? Pour reprendre la d\u00e9marche de Dipesh Chakrabarty (2009), ce dossier propose de \u00ab&#160;provincialiser&#160;\u00bb le sch\u00e9ma de Koselleck, et de le tester hors du seul moment de la modernit\u00e9 occidentale. Peut-on rep\u00e9rer d\u2019autres contextes sociaux ayant fait \u00e9merger des exp\u00e9riences de crise comparables \u00e0 celle que Koselleck g\u00e9n\u00e9ralise \u2013 peut-\u00eatre ind\u00fbment \u2013 \u00e0 la \u00ab&#160;modernit\u00e9&#160;\u00bb dans son ensemble&#160;? Ce dossier vise ainsi \u00e0 relier la pluralit\u00e9 des acceptions et pratiques socio-culturelles de la crise et les multiples chemins qu\u2019a pris la modernit\u00e9 dans les soci\u00e9t\u00e9s du globe (Eisenstadt, 2003). Il invite \u00e0 se pencher sur la cat\u00e9gorie de crise en mettant en relation ses conditions objectives d\u2019\u00e9mergence et sa production subjective par des groupes sociaux d\u00e9termin\u00e9s, en fonction de leurs propres rapports au temps (Hirsch, 2010).<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me volet concerne l\u2019analyse des \u00ab&#160;\u00e9tats de crise&#160;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des configurations structurelles o\u00f9 les rep\u00e8res du monde social vacillent, au niveau des institutions, des groupes et des individus. Comment qualifie-t-on ces \u00e9tats dans le sens commun et dans les sciences sociales (sociologie, anthropologie, histoire, \u00e9conomie, g\u00e9ographie, etc.)&#160;? Comment les objective-t-on en rep\u00e9rant des signaux, des tendances, des \u00e9volutions-types qui d\u00e9jouent le fonctionnement \u00ab&#160;normal&#160;\u00bb d\u2019un syst\u00e8me social, \u00e9conomique, culturel, environnemental&#160;? Comment construit-on pratiquement cette barri\u00e8re entre le \u00ab&#160;normal&#160;\u00bb et l\u2019\u00ab&#160;anormal&#160;\u00bb ou le \u00ab&#160;pathologique&#160;\u00bb&#160;? Comment explique-t-on causalement les crises sans tomber dans l\u2019\u00ab&#160;illusion \u00e9tiologique&#160;\u00bb les r\u00e9duisant aux conditions de leur gen\u00e8se (Dobry, 2009)&#160;? Comment les analyse-t-on \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9chelles, en associant des exp\u00e9riences subjectives de la crise \u00e0 ses manifestations plus structurelles&#160;? Peut-on, \u00e0 partir d\u2019une s\u00e9rie de diagnostics, de variables significatives, d\u2019indicateurs synth\u00e9tiques ou d\u2019effets de seuil, pr\u00e9voir l\u2019\u00e9volution critique d\u2019un syst\u00e8me social, \u00e0 la mani\u00e8re des \u00e9conomistes travaillant sur les cycles \u00e9conomiques ou des climatologues sur les dynamiques du changement climatique&#160;? Quels effets sp\u00e9cifiques imputer aux crises en prenant en compte leur partielle contingence (Sewell, 2005), sans tomber dans l\u2019\u00e9cueil t\u00e9l\u00e9ologique consistant \u00e0 les analyser \u00ab&#160;\u00e0 rebours&#160;\u00bb, de mani\u00e8re r\u00e9trospective, \u00e0 partir des effets (cens\u00e9ment) produits&#160;? Le cas des r\u00e9volutions est particuli\u00e8rement saisissant, tant nombreuses et anciennes sont les interpr\u00e9tations, \u00e0 la fois savantes et ordinaires, qui les vouent aux g\u00e9monies en leur imputant les effets d\u00e9sastreux produits <em>ex-post<\/em> (Tarragoni, 2015).<br \/>\nCes questions renvoient \u00e0 autant d\u2019op\u00e9rations de connaissance&#160;: qualifier le d\u00e9sordre, expliquer l\u2019incertain, comprendre le changeant, imaginer les possibles lorsqu\u2019ils ne sont pas encore r\u00e9alis\u00e9s. Ces op\u00e9rations sont communes aux individus qui vivent les crises et aux savants qui cherchent \u00e0 les expliquer au moment de leur surgissement, \u00e0 les interpr\u00e9ter ou mod\u00e9liser <em>ex-post<\/em>, ou encore \u00e0 les pr\u00e9dire <em>ex-ante<\/em>. D\u2019o\u00f9 l\u2019ambition de ce dossier&#160;: derri\u00e8re l\u2019\u00e9tude de la fabrication ordinaire et savante des \u00ab&#160;\u00e9tats de crise&#160;\u00bb, il vise, plus globalement, \u00e0 interroger les modalit\u00e9s \u00e0 travers lesquelles on pense et on (r\u00e9)agit face \u00e0 l\u2019incertain.<\/p>\n<h2><strong>Axe 1. Nommer la crise&#160;: qualifications et bataille des significations<\/strong><\/h2>\n<p>Sanitaire, \u00e9conomique, diplomatique, de conscience, de nerfs, d\u2019adolescence, cardiaque ou mystique, la \u00ab&#160;crise&#160;\u00bb est devenue un terme qui ne se singularise plus que par ses qualificatifs&#160;: serait-ce un mot qui sert \u00e0 ne pas mettre de mots&#160;? \u00ab&#160;Au [xx<sup>e<\/sup>] si\u00e8cle, il n\u2019est pratiquement aucun domaine de l\u2019existence qui n\u2019ait \u00e9t\u00e9 examin\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 au moyen de ce concept&#160;\u00bb (Koselleck, 1982). M\u00e9dicale, militaire et judiciaire dans ses principaux sens grecs, la \u00ab&#160;crise&#160;\u00bb s\u2019est dilat\u00e9e, voire disloqu\u00e9e en une infinit\u00e9 de domaines d\u2019application, pour en venir \u00e0 d\u00e9signer toute situation peu ou prou anormale impliquant un conflit ou une difficult\u00e9. Si l\u2019on suit Koselleck, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette dilution et la multiplicit\u00e9 de ces significations qui font d\u2019elle un \u00ab&#160;concept fondamental&#160;\u00bb (<em>Grundbegriff<\/em>), que l\u2019on doit se garder de d\u00e9finir, encore moins une fois pour toutes, puisqu\u2019il \u00ab&#160;combine donc \u00e0 la fois la diversit\u00e9 des exp\u00e9riences historiques et une multiplicit\u00e9 de significations. Pour cette raison, les mots doivent \u00eatre d\u00e9finis, tandis que les concepts doivent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s&#160;\u00bb (Koselleck, 1982, p. XXII-XXIII). Si l\u2019on veut pourtant tenter de pr\u00e9ciser ce \u00ab&#160;concept \u00e0 la fois mal d\u00e9termin\u00e9 et surd\u00e9termin\u00e9&#160;\u00bb (Longhi, 2019, p. 21), notons trois grandes caract\u00e9ristiques \u2013 qui toutes les trois, pourtant, appellent aussit\u00f4t \u00e0 \u00eatre nuanc\u00e9es et discut\u00e9es.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 La crise semble premi\u00e8rement devoir entra\u00eener une discontinuit\u00e9 \u2013 l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s-crise ne se ressemblent pas. La crise est une bascule qui doit inaugurer un changement d\u2019\u00e9tat et de statut&#160;: de l\u2019enfance \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, de la maladie \u00e0 la r\u00e9mission, d\u2019un cycle \u00e9conomique \u00e0 un autre, d\u2019une \u00e9poque historique \u00e0 une autre, etc. Pourtant, derri\u00e8re l\u2019apparence des seuils, certaines crises manifestent des continuit\u00e9s, comme en t\u00e9moignent les controverses autour de la \u00ab&#160;mutation de l\u2019An Mille&#160;\u00bb&#160;: v\u00e9ritable basculement socio-\u00e9conomique du monde antique au monde \u00ab&#160;f\u00e9odal&#160;\u00bb ou simple \u00ab&#160;mutation documentaire&#160;\u00bb (Bois, 1989&#160;; Barth\u00e9l\u00e9my, 1997)&#160;? L\u2019analyse des crises pose ainsi la question du changement des soci\u00e9t\u00e9s humaines, au-del\u00e0 d\u2019une simple alternative entre ruptures et continuit\u00e9s.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 Deuxi\u00e8mement, elle renvoie souvent \u00e0 un \u00e9tat pathologique, un dysfonctionnement ou du moins, une situation qui rompt avec l\u2019ordinaire&#160;: elle ne constitue pas l\u2019\u00e9tat \u00ab&#160;normal&#160;\u00bb d\u2019un \u00eatre ou d\u2019un syst\u00e8me. Cette \u00ab&#160;anormalit\u00e9&#160;\u00bb de la crise peut \u00eatre plus ou moins radicale dans ses cons\u00e9quences. Aussi toute la conception de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019ethnom\u00e9thodologie et de la sociologie pragmatique est bas\u00e9e sur une forme de crise inh\u00e9rente au fonctionnement du monde social&#160;: une rupture dans les routines, qui vient interroger les individus et les conduit \u00e0 agir afin de revenir \u00e0 un \u00e9tat \u00ab&#160;normal&#160;\u00bb. La rupture avec l\u2019ordinaire peut \u00eatre aussi plus violente. L\u2019anthropologue des religions Ernesto de Martino (2016) s\u2019est plong\u00e9 dans ces cas extr\u00eames d\u2019\u00ab&#160;apocalypses culturelles&#160;\u00bb ou de \u00ab&#160;crises de la pr\u00e9sence&#160;\u00bb au cours desquelles une culture entrevoit sa fin&#160;: une exp\u00e9rience que de Martino consid\u00e8re, dans un dialogue avec la psychanalyse freudienne, comme de l\u2019ordre du psycho-pathologique. Un exemple en pourrait \u00eatre la crise des soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9colombiennes d\u2019Am\u00e9rique latine aux prises avec l\u2019invasion espagnole, v\u00e9cue comme un cataclysme bouleversant les cat\u00e9gories de l\u2019intervention humaine et divine (Wachtel, 1971). Cependant, la r\u00e9it\u00e9ration de la crise peut la faire entrer dans une forme de normalit\u00e9&#160;: ainsi de la r\u00e9gularit\u00e9 cyclique des crises \u00e9conomiques telles qu\u2019elles sont analys\u00e9es depuis la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Juglar, Kitchin, Kondratiev, Keynes [Nakatani, Herrera, 2013], th\u00e9orie de la r\u00e9gulation). Il en va de m\u00eame, aussi, de la ritualisation des r\u00e9voltes dans les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9-modernes, qui en font non pas le surgissement d\u2019un \u00e9v\u00e9nement extra-ordinaire, mais une forme de routine et un mode sinon quotidien, du moins r\u00e9gulier de pression des gouvern\u00e9s sur les gouvernants (Berc\u00e9, 1974&#160;; Thompson, 1971).<\/p>\n<p>\u2013 \u00a0\u00a0\u00a0 Troisi\u00e8mement, la crise est souvent suppos\u00e9e brusque, intense, et se d\u00e9roule dans une s\u00e9quence limit\u00e9e dans le temps&#160;: elle est, par essence, transitoire. Pourtant, la transition elle-m\u00eame peut avoir une certaine \u00e9paisseur dans la dur\u00e9e (Escudier, 2020&#160;; Gourisse, 2012). La crise est-elle donc n\u00e9cessairement de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9v\u00e9nement&#160;? Ou peut-elle constituer un \u00e9tat permanent&#160;? \u00c0 l\u2019inverse, tout \u00e9v\u00e9nement marquant une rupture est-il, pour autant, une \u00ab&#160;crise&#160;\u00bb&#160;?<\/p>\n<p>Individuelle ou collective, intime ou publique, la crise ouvre en tout cas la voie \u00e0 une nouveaut\u00e9 de sorte que, bien qu\u2019elle fasse souvent des victimes, elle rec\u00e8le l\u2019espoir d\u2019une renaissance. Si de nombreux travaux tentent de saisir ce terme prot\u00e9iforme en convoquant son \u00e9tymologie, ce d\u00e9tour comporte le risque d\u2019une effraction philologique, plaquant sur la langue grecque (<em>krisis<\/em>) les usages modernes du terme (Longhi, 2019, p. 24). La crise politique telle que nous l\u2019entendons, pour s\u2019en tenir \u00e0 ce seul exemple, se dit dans une myriade d\u2019autres termes (<em>st\u00e1sis<\/em> ou <em>kin\u00e8sis<\/em> entre autres). Or, \u00e0 la polys\u00e9mie du terme grec, \u00e0 la s\u00e9dimentation des usages historiques, il faut encore ajouter la bataille des significations qui s\u2019engage pour la qualifier au moment m\u00eame o\u00f9 elle survient. Qui nomme la crise comme telle ou, \u00e0 l\u2019inverse, \u00e9vite le terme&#160;? Comment la mobilisation du mot s\u2019op\u00e8re-t-elle&#160;? Comment, au reste, nommer ce qui advient et qui rel\u00e8ve de l\u2019inconnu&#160;?<\/p>\n<p>Didier Fassin, en analysant l\u2019emploi du \u00ab&#160;langage de la crise&#160;\u00bb par les autorit\u00e9s lors de la crise sanitaire de 2019-2021, montre ainsi que celui-ci produit, dans un premier temps, un \u00ab&#160;effet de sid\u00e9ration&#160;\u00bb&#160;: ce langage, dit-il, \u00ab&#160;soustrait les d\u00e9cisions \u00e0 l\u2019examen d\u00e9mocratique et laisse de c\u00f4t\u00e9 l\u2019analyse des causes structurelles suppos\u00e9es devoir \u00eatre prises plus tard. Enfin, il suspend la critique. L\u2019unit\u00e9 dans l\u2019adversit\u00e9 doit pr\u00e9valoir et les contestations sont d\u00e9nonc\u00e9es pour les divisions qu\u2019elles entra\u00eenent. On peut r\u00e9unir ces trois s\u00e9ries de faits (\u00e9chappement \u00e0 l\u2019ordre normal, bousculement de la temporalit\u00e9 et suspension de la critique) sous le terme g\u00e9n\u00e9rique d\u2019\u2018effet de sid\u00e9ration\u2019.&#160;\u00bb (Fassin, 2021). Pourtant, la \u00ab&#160;critique&#160;\u00bb ne peut-elle aussi, \u00e0 l\u2019inverse, surgir pr\u00e9cis\u00e9ment de la crise, comme le montre l\u2019extr\u00eame importance des crises de 1848 et 1871 dans la constitution de la pens\u00e9e de Marx et d\u2019Engels&#160;? \u00c0 l\u2019effort de suspension par les autorit\u00e9s, la critique r\u00e9prim\u00e9e ou entrav\u00e9e n\u2019oppose-t-elle pas toujours des modalit\u00e9s de r\u00e9surgence&#160;?<\/p>\n<p>Sid\u00e9ration, impr\u00e9visibilit\u00e9 du cours des choses, perte des habitudes et nouveaut\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements produisent tout \u00e0 la fois des formes de vide s\u00e9mantique et des trop-pleins de termes inad\u00e9quats&#160;: trouble, \u00e9v\u00e9nements, mouvement, bouleversement, paroxysme, r\u00e9volte, marasme, etc. Chez ceux qu\u2019elle vient percuter de plein fouet en les d\u00e9poss\u00e9dant \u00ab&#160;de leurs mat\u00e9riaux routiniers d\u2019anticipation et de calcul&#160;\u00bb (Dobry, 2009, p. XIII), les mots, bien souvent, dans un premier temps, manquent sous l\u2019effet de la surprise. En p\u00e9riode d\u2019incertitude et de nouveaut\u00e9 radicale, les acteurs sont ainsi tant\u00f4t d\u00e9pourvus de termes ad\u00e9quats pour nommer ce qu\u2019ils voient se d\u00e9rouler, tant\u00f4t au contraire enclins \u00e0 plaquer des termes habituels mais impropres, rabattant l\u2019inconnu sur le connu. Ainsi, par exemple, des termes de \u00ab&#160;jacquerie&#160;\u00bb ou de \u00ab&#160;poujadisme&#160;\u00bb employ\u00e9s pour essayer de penser le mouvement des Gilets jaunes. Si ce mouvement du reste fut souvent qualifi\u00e9 de \u00ab&#160;crise&#160;\u00bb, c\u2019est non seulement pour signifier l\u2019\u00e9branlement massif qu\u2019il avait entra\u00een\u00e9, mais encore parce que l\u2019\u00e9v\u00e9nement ne pouvait se dire dans aucun des termes habituels de l\u2019action collective protestataire, puisque pr\u00e9cis\u00e9ment, tous les codes habituels de cette derni\u00e8re ou presque volaient en \u00e9clats&#160;: la \u00ab&#160;r\u00e9volte&#160;\u00bb, la \u00ab&#160;contestation&#160;\u00bb ou \u00ab&#160;l\u2019\u00e9meute&#160;\u00bb ont paru surann\u00e9s et inad\u00e9quats pour qualifier ce surgissement de formes et de protagonistes nouveaux (Bantigny, Hayat, 2019). Or le choix des mots ne r\u00e9sulte pas seulement des incertitudes, mais \u00e9galement des luttes de qualification pour imposer ou r\u00e9cuser certains termes&#160;: \u00ab&#160;\u00c9tant donn\u00e9 que ce conflit social est parti de la base, \u00e9chappant aux organisations qui prennent en charge d\u2019habitude les revendications des citoyens, ceux que j\u2019appelle les \u2018professionnels de la parole publique\u2019 ont \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement nombreux \u00e0 s\u2019exprimer sur le sujet.&#160;\u00bb (Noiriel, 2018).<br \/>\nCette captation de la parole rappelle \u00e0 quel point l\u2019enjeu de la qualification exprime des rapports de pouvoir, au demeurant souvent reconfigur\u00e9s par la crise elle-m\u00eame. Ainsi l\u2019\u00e9meute populaire du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, d\u00e9crite par les autorit\u00e9s comme un d\u00e9ferlement absurde de violence, de s\u00e9dition et de chaos, pourra \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e par ceux qui y prennent part comme une protestation l\u00e9gitime respectueuse des lois, des coutumes et des routines de la communication entre autorit\u00e9s et sujets \u2013 d\u00e9niant ainsi tout caract\u00e8re de \u00ab&#160;crise&#160;\u00bb aux \u00e9v\u00e9nements (Renault, 2017). Au sein m\u00eame du groupe contestataire, les jeux de pouvoir internes peuvent conduire \u00e0 des conflits de qualification&#160;: ainsi la mise en place progressive du terme de \u00ab&#160;R\u00e9volution du 25 janvier&#160;\u00bb pour qualifier la crise politique \u00e9gyptienne de 2011 par les protestataires de la place Tahrir (El-Chazli, 2012). La qualification qui triomphe <em>in fine<\/em> dans et hors du groupe est en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale le r\u00e9sultat d\u2019\u00e2pres combats au moment m\u00eame de la crise et celle-ci, bien souvent, ne re\u00e7oit sa labellisation d\u00e9finitive qu\u2019<em>ex-post<\/em>.<\/p>\n<p>Enfin, il n\u2019est pas rare non plus que certains acteurs \u00e9vitent le mot \u00e0 dessein, ce qui n\u2019est pas moins significatif&#160;: on peut ainsi chercher \u00e0 euph\u00e9miser une situation \u2013 une crise \u00e9conomique, en parlant de \u00ab&#160;difficult\u00e9s&#160;\u00bb ou de \u00ab&#160;restructuration&#160;\u00bb, ou une guerre en parlant d\u2019\u00ab&#160;\u00e9v\u00e9nements&#160;\u00bb. \u00c0 l\u2019inverse, on peut \u00e9viter le terme pour chercher \u00e0 amplifier la port\u00e9e de l\u2019\u00e9v\u00e9nement \u2013 en faisant par exemple d\u2019une crise sanitaire un \u00e9tat de \u00ab&#160;guerre&#160;\u00bb. La crise enfin, dans ses manifestations paroxystiques \u2013 violences de guerre ou d\u2019\u00c9tat, massacres de masse et g\u00e9nocides \u2013 serait marqu\u00e9e par \u00ab&#160;la non-verbalisation ou la sous-verbalisation par les acteurs&#160;\u00bb (Ingrao 2021, p. 154), une suspension du langage \u00e0 laquelle se substituent des \u00ab&#160;expressions corporelles (larmes, tremblements, frissons, raidissements)&#160;\u00bb (<em>ibid<\/em>.). L\u2019ineffable serait ainsi le premier indice du paroxysme \u2013 une crise v\u00e9cue de mani\u00e8re si violente que l\u2019on en reste sans mots.<\/p>\n<h2><strong>Axe 2. Expliquer la crise<\/strong><\/h2>\n<p>La pluralit\u00e9 et le conflit dominent \u00e9galement le registre de <em>l\u2019explication<\/em> des crises. Une ambivalence majeure se situe au niveau de ce qu\u2019expliquer veut dire. S\u2019agit-il d\u2019identifier des logiques de causalit\u00e9, de rep\u00e9rer un ensemble de facteurs d\u00e9terminants, bref de restituer une gen\u00e8se objective \u00e0 la crise, au risque d\u2019en ignorer les dimensions d\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 et d\u2019inattendu, registre qui a longtemps domin\u00e9 la recherche en sciences humaines et sociales&#160;? Ou s\u2019agit-il, dans une d\u00e9marche constructiviste d\u00e9sormais r\u00e9pandue, de reconstituer des m\u00e9canismes de d\u00e9clenchement et de d\u00e9ploiement en int\u00e9grant dans la construction de l\u2019objet l\u2019impr\u00e9visible, l\u2019inattendu et l\u2019ensemble des contingences d\u2019un processus critique&#160;?<\/p>\n<p>\u00c0 titre d\u2019exemple, la sociologie historique des r\u00e9volutions s\u2019est longtemps adoss\u00e9e \u00e0 une vis\u00e9e positiviste fond\u00e9e sur la toute-puissance analytique du chercheur. Dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, les historiens et sociologues am\u00e9ricains s\u2019effor\u00e7aient de d\u00e9gager une \u00ab&#160;\u2018th\u00e9orie de la r\u00e9volution\u2019 c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019en expliquer m\u00e9thodiquement le surgissement et le d\u00e9veloppement (Goldstone, 1982). Cette \u00ab&#160;histoire naturelle des r\u00e9volutions&#160;\u00bb visait \u00e0 r\u00e9pondre aux trois questions suivantes&#160;: quelles sont les conditions pour qu\u2019une situation d\u2019oppression conduise \u00e0 un soul\u00e8vement&#160;? Dans quelles circonstances les pressions exerc\u00e9es sur le pouvoir conduisent-elles \u00e0 une r\u00e9volution&#160;? Qu\u2019est-ce qui permet l\u2019enracinement des id\u00e9es r\u00e9volutionnaires&#160;? Chaque r\u00e9volution suivrait ainsi un cours comparable en une dizaine d\u2019\u00e9tapes, ind\u00e9pendamment de son contexte socio-culturel. La m\u00eame vis\u00e9e explicative, mais avec une focale diff\u00e9rente, a nourri les approches ult\u00e9rieures relevant des \u00ab&#160;th\u00e9ories g\u00e9n\u00e9rales des r\u00e9volutions&#160;\u00bb dans les ann\u00e9es 1950 et 1960. L\u2019\u00e9mergence de l\u2019\u00e9cole de la modernisation justifiait une approche macrosociologique des r\u00e9volutions, consistant \u00e0 comprendre pourquoi le passage des soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles \u00e0 des \u00c9tats-nations modernes prenait une forme violente. \u00c0 l\u2019instar de l\u2019\u00e9tude des r\u00e9volutions, c\u2019est bien une approche structurelle des crises qui domine l\u2019historiographie (Skocpol, 1985).<br \/>\nOn retrouve la m\u00eame vis\u00e9e explicative dans les approches psychologisantes (Gurr, 1970) ou la th\u00e9orie de la mobilisation des ressources (Tilly, 1978). L\u2019id\u00e9e selon laquelle des cha\u00eenes de causalit\u00e9 analogues pouvaient \u00eatre identifi\u00e9es dans des processus critiques a nourri des tentatives nombreuses de mod\u00e9lisation, empruntant parfois aux math\u00e9matiques, comme dans l\u2019analyse des bifurcations et la th\u00e9orie des catastrophes que propose Erik Christopher Zeeman (Zeeman, 1977) en s\u2019inspirant des travaux de Ren\u00e9 Thom, au risque, par cet hyper-formalisme, d\u2019oublier les asp\u00e9rit\u00e9s du r\u00e9el.<\/p>\n<p>La vis\u00e9e explicative des crises pose pourtant des probl\u00e8mes majeurs, en particulier par son effet anesth\u00e9siant qui fait dispara\u00eetre l\u2019\u00e9v\u00e9nement derri\u00e8re le mod\u00e8le, le singulier devenant de fait r\u00e9gulier. S\u2019il est vrai, si l\u2019on suit Leibniz, que les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux ont une dualit\u00e9 constitutive, de sorte qu\u2019un m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne ou un m\u00eame \u00e9v\u00e9nement peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9gulier ou singulier, l\u2019historiographie r\u00e9cente a sembl\u00e9 vouloir restaurer la dignit\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00e9nement en consacrant \u00e0 la contingence toute la place qu\u2019elle m\u00e9rite dans les \u00ab&#160;conjonctures fluides&#160;\u00bb (Dobry, 2009). La critique de \u00ab&#160;l\u2019illusion \u00e9tiologique&#160;\u00bb formul\u00e9e par Michel Dobry a, notamment, ouvert le champ du questionnement. Elle a conduit \u00e0 substituer au langage des causes celui des conditions de possibilit\u00e9&#160;: il s\u2019agit d\u2019\u00e9carter tout d\u00e9terminisme sans ignorer le contexte structurel dans lequel se d\u00e9ploient les crises. Mais le regard porte d\u00e9sormais sur les \u00e9v\u00e9nements qui font les crises, sur les jeux d\u2019acteurs qui s\u2019y d\u00e9roulent, sur ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des conjonctures fluides (Ga\u00efti, 1999&#160;; Ban\u00e9gas, 2003&#160;; Heurtaux, 2020). Loin de se r\u00e9duire \u00e0 un petit nombre de facteurs explicatifs, l\u2019\u00e9v\u00e9nement redevient digne d\u2019attention (Gobille, 2008a).<br \/>\nLes crises ne sont plus per\u00e7ues comme les cons\u00e9quences n\u00e9cessaires de variables ind\u00e9pendantes&#160;: p\u00e9nurie structurelle des \u00e9conomies planifi\u00e9es des r\u00e9gimes communistes, engorgement du march\u00e9 du travail dans les pays arabes, corruption end\u00e9mique des \u00e9lites africaines, etc. Les acteurs des crises sont d\u00e9sessentialis\u00e9s (Tackett, 1997&#160;; Jeanpierre, 2011) et le regard s\u2019arr\u00eate tout autant sur les \u00ab&#160;protagonistes&#160;\u00bb (Burstin, 2013&#160;; <em>Politix<\/em>, 2015) des crises que sur les acteurs r\u00e9volutionnaires proprement dits. D\u2019explicative, l\u2019approche devient compr\u00e9hensive&#160;: le \u00ab&#160;comment&#160;\u00bb des crises se substitue au\u00a0 \u00ab&#160;pourquoi&#160;\u00bb. Cette nouvelle analyse des processus critiques n\u2019invalide pas tout \u00e0 fait la geste mod\u00e9lisatrice, tant chez Michel Dobry, dont les travaux proposent de riches d\u00e9veloppements conceptuels que, plus r\u00e9cemment chez Ivan Ermakoff, qui analyse la contingence \u00e0 la lumi\u00e8re de la th\u00e9orie des jeux, dans son \u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019abdication collective, tels les sabordages des parlements allemands (en 1933) et fran\u00e7ais (en 1940) et le vote des pleins pouvoirs \u00e0 Hitler et P\u00e9tain (Ermakoff, 2008). Ce dernier a pu montrer des logiques de coordination tacite et d\u2019alignement entre les acteurs&#160;: les individus sont incit\u00e9s \u00e0 partager les m\u00eames croyances que celles qu\u2019ils pensent \u00eatre \u00e0 l\u2019\u0153uvre chez leurs pairs. Ces travaux, avec d\u2019autres, invitent \u00e0 \u00e9clairer sous un jour nouveau ce qui se joue au c\u0153ur m\u00eame des processus critiques&#160;: les ambivalences situationnelles, les possibles non advenus, les effets induits, les issues surprenantes.<\/p>\n<p>Une autre ambivalence de l\u2019explication est sa proximit\u00e9 voire sa confusion avec le registre de l\u2019interpr\u00e9tation, tant dans le discours profane, le r\u00e9cit journalistique, que dans les productions savantes. Dans un article de 1970, Philippe B\u00e9n\u00e9ton et Jean Touchard avaient rep\u00e9r\u00e9, \u00e0 partir des quelques 120 livres publi\u00e9s sur Mai 68, huit types d\u2019interpr\u00e9tation de Mai (de \u00ab&#160;l\u2019entreprise de subversion&#160;\u00bb au \u00ab&#160;conflit de classes&#160;\u00bb en passant par la \u00ab&#160;crise de l\u2019universit\u00e9&#160;\u00bb ou la \u00ab&#160;r\u00e9volte spirituelle&#160;\u00bb), qui se proposaient comme autant d\u2019explications du surgissement de l\u2019\u00e9v\u00e9nement (B\u00e9n\u00e9ton et Touchard, 1970). Certaines explications reprenaient tels quels les r\u00e9cits de certains acteurs quand d\u2019autres proposaient une analyse \u00e0 froid. Le \u00ab&#160;travail de la signification&#160;\u00bb d\u2019une crise ouvre des pistes de recherches passionnantes, que ce dossier invite \u00e0 creuser, visant \u00e0 rep\u00e9rer qui sont les interpr\u00e8tes autoris\u00e9s ou non d\u2019une crise, \u00e0 quels registres de discours ils puisent pour l\u2019expliquer, et comment naissent les d\u00e9bats publics et controverses scientifiques sur l\u2019explication de la survenue d\u2019une crise. Si ces pistes ouvrent sur une r\u00e9flexion autour des post\u00e9rit\u00e9s des crises (cf. infra Axe 4), elles ne doivent pas faire oublier ce qui se joue au niveau des acteurs individuels et collectifs et dans leurs exp\u00e9riences concr\u00e8tes de la crise.<\/p>\n<h2><strong>Axe 3. \u00c9chelles et exp\u00e9riences de la crise<\/strong><\/h2>\n<p>Partir des \u00ab&#160;exp\u00e9riences&#160;\u00bb de la crise permet d\u2019observer celle-ci par le bas \u2013 un \u00ab&#160;bas&#160;\u00bb entendu \u00e0 la fois comme \u00e9chelle et comme point de vue et non pas simplement comme une localisation sociale que l\u2019on pourrait circonscrire \u00e0 un groupe (Cerutti, 2016&#160;; Noiriel, 2020&#160;; Tarragoni, 2017). En articulant la crise objectiv\u00e9e par les sciences sociales (\u00e9conomie, sociologie, histoire, g\u00e9ographie, science politique) avec la mani\u00e8re dont les acteurs la vivent, la nomment et la per\u00e7oivent, ce sont \u00e0 la fois la diversit\u00e9 des acteurs et l\u2019intrication des diff\u00e9rentes \u00e9chelles qui sont en jeu (Revel, 1996&#160;; Deluermoz, Gobille, 2015). On s\u2019int\u00e9ressera donc aux effets de kal\u00e9idoscope induits par les changements de focale et de lieux d\u2019observation, du collectif au singulier, de la crise globale \u00e0 ses manifestations locales, du dominant au domin\u00e9, du profiteur \u00e0 la victime, etc. La crise doit pouvoir s\u2019analyser \u00e0 partir des groupes aussi bien qu\u2019\u00e0 partir des individus qui la vivent, \u00e0 partir des discours experts et profanes, \u00e0 partir d\u2019endroits du monde social consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab&#160;repr\u00e9sentatifs&#160;\u00bb comme \u00e0 partir de cas-limites (Levi, 1989). Qu\u2019est-ce que les crises font aux vies ordinaires, aux intimit\u00e9s, aux relations sociales ou \u00e0 la vie publique&#160;? Comment articuler ces temps extraordinaires avec les routines des temps normaux&#160;? Comment les crises globales se r\u00e9percutent-elles jusqu\u2019aux individus&#160;?<\/p>\n<p>Chez celles et ceux qu\u2019elle percute de plein fouet, la crise a souvent cela de commun qu\u2019elle engendre un contexte de forte incertitude, fond\u00e9 sur l\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 et l\u2019amenuisement des routines. Cette suspension peut cr\u00e9er le sentiment d\u2019une \u00ab&#160;effervescence cr\u00e9atrice&#160;\u00bb qui fait que \u00ab&#160;l\u2019individu \u2018se surprend lui-m\u00eame\u2019, \u2018se d\u00e9couvre\u2019 (que l\u2019on songe \u00e0 l\u2019exemple id\u00e9al-typique des \u00e9v\u00e9nements de Mai 1968), accomplit des actes impensables en temps ordinaire, \u2018se sent port\u00e9\u2019 par des forces ext\u00e9rieures, qui brisent les routines quotidiennes et \u2018font \u00e9clater les limites de son existence\u2019&#160;\u00bb (Dobry, 2009, p. 257-258). Pourtant, poursuit M. Dobry, l\u2019effet paradoxal et plus inattendu de la crise peut \u00eatre la \u00ab&#160;r\u00e9gression vers les <em>habitus<\/em>&#160;\u00bb&#160;: la crise ne fait pas que \u00ab&#160;lib\u00e9rer&#160;\u00bb des possibilit\u00e9s nouvelles, elle est aussi un moment durant lequel \u00ab&#160;le pass\u00e9 d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, ce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 et les exp\u00e9riences qu\u2019elle a connues, tendent \u00e0 persister et \u00e0 fa\u00e7onner jusqu\u2019aux perceptions et comportements des acteurs dans les moments m\u00eames o\u00f9 le monde social para\u00eet se d\u00e9faire autour d\u2019eux.&#160;\u00bb (<em>ibid.<\/em>). L\u2019incertitude propre aux crises favorise \u00e9galement souvent les mobilisations, parfois contradictoires ou concurrentes, du pass\u00e9, de m\u00eame qu\u2019un besoin urgent de comprendre, qui peut d\u00e9boucher sur une inflation de la production intellectuelle et scientifique (Ravelli, 2020, p. 268). Elles voient aussi la mise en place de routines propres, d\u2019institutions ou de proc\u00e9dures parall\u00e8les qui se substituent \u00e0 celles qui ont failli.<\/p>\n<p>Pourtant, la mani\u00e8re exacte dont cette incertitude affecte les vies d\u00e9pend d\u2019un nombre important de variables, selon que les acteurs s\u2019impliquent activement dans le processus critique \u2013 dans le cas, par exemple, d\u2019une participation active \u00e0 un processus r\u00e9volutionnaire \u2013 ou qu\u2019ils soient percut\u00e9s par lui inopin\u00e9ment \u2013 comme lors d\u2019une crise \u00e9conomique \u2013, et selon leur marge de man\u0153uvre, leurs ressources et leurs positions respectives. La diversit\u00e9 des exp\u00e9riences critiques nous invite donc \u00e0 renoncer \u00e0 penser la crise comme un \u00ab&#160;contexte&#160;\u00bb qui serait l\u00e0 <em>a priori<\/em>, unifi\u00e9 et homog\u00e8ne, comme une sorte de d\u00e9cor sur le fond duquel se d\u00e9rouleraient les exp\u00e9riences individuelles et collectives. \u00c0 l\u2019inverse, ne faut-il pas penser la crise \u00e0 partir de la somme des mani\u00e8res d\u2019en faire l\u2019\u00e9preuve et ce faisant, \u00ab&#160;constituer la pluralit\u00e9 des contextes&#160;\u00bb (Revel, 1996, p. 26)&#160;?<\/p>\n<p>Cela semble d\u2019autant plus n\u00e9cessaire que la crise transforme bien souvent ceux qui y prennent part&#160;: parfois acc\u00e9l\u00e9ratrices de politisation, mais aussi de production de connaissances, les crises politiques sont par excellence le lieu de ce \u00ab&#160;protagonisme&#160;\u00bb identifi\u00e9 par Ha\u00efm Burstin, par lequel \u00ab&#160;les acteurs populaires \u2013 \u00e9tudi\u00e9s tout autrement que comme classe sociale r\u00e9ifi\u00e9e \u2013, c\u2019est-\u00e0-dire, en l\u2019esp\u00e8ce, des profanes souvent sans exp\u00e9rience politique pr\u00e9alable [\u2026] sortent de l\u2019anonymat \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9v\u00e9nement&#160;\u00bb et se mettent ainsi \u00e0 fa\u00e7onner le cours de l\u2019histoire (Deluermoz, Gobille, 2015, cit. p. 14&#160;; Burstin, 2013).<\/p>\n<p>Les lignes de clivage entre participants et opposants ou simples observateurs ext\u00e9rieurs, entre profiteurs et victimes de la crise, profanes et professionnels cr\u00e9ent une multiplicit\u00e9 d\u2019exp\u00e9riences, mais aussi d\u2019analyses. Aux entrepreneurs de mobilisation et aux organisations politiques, se heurtent les repr\u00e9sentations et pratiques des nouveaux arrivants&#160;; aux chiffres produits par les experts (ceux des manifestations, ceux de la pand\u00e9mie, ou ceux de la comptabilit\u00e9 publique) et \u00e0 leurs interpr\u00e9tations, elles-m\u00eames parfois dissonantes, r\u00e9pondent d\u2019autres contre-expertises venues de la soci\u00e9t\u00e9 civile. Qui sont ceux qui s\u2019instituent comme professionnels de la crise, qu\u2019ont-ils \u00e0 y gagner&#160;? On s\u2019int\u00e9ressera donc aux diff\u00e9rents discours d\u2019analyse et de diagnostic \u00e9manant d\u2019acteurs pris dans la crise, en incluant comme significatives et repr\u00e9sentatives les th\u00e9ories dites \u00ab&#160;du complot&#160;\u00bb et au-del\u00e0, la d\u00e9signation de responsables, sans c\u00e9der \u00e0 une \u00ab&#160;approche pathologique de la figure du complot&#160;\u00bb (Rios-Bordes, 2017) ni au \u00ab&#160;sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 culturelle&#160;\u00bb du chercheur par rapport \u00e0 l\u2019objet de son enqu\u00eate (Ginzburg, 1992, p. 11, \u00e0 propos de la sorcellerie). Car la crise am\u00e8ne souvent avec elle vrais profiteurs et faux coupables d\u00e9sign\u00e9s \u00e0 la vindicte populaire. Les discours scientifiques, \u00ab&#160;experts&#160;\u00bb ou proclam\u00e9s tels, peuvent \u00e9galement \u00eatre pris \u00e0 parti (voir Ravelli, 2020, sur la place des chercheurs en sciences sociales dans le mouvement des Gilets jaunes, \u00ab&#160;entre science embarqu\u00e9e et science engag\u00e9e&#160;\u00bb).<\/p>\n<p>La crise vient \u00e9galement percuter les existences jusque dans leur intimit\u00e9&#160;: la Grande Guerre comme la Saint-Barth\u00e9lemy peuvent ainsi \u00eatre observ\u00e9es depuis le lien conjugal qu\u2019elles viennent d\u00e9structurer et mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve (Vidal-Naquet, 2014&#160;; Foa, 2021). Analyser les crises par l\u2019exp\u00e9rience intime qu\u2019en font les acteurs r\u00e9v\u00e8le aussi que l\u2019on peut passer enti\u00e8rement \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Car elle ne vient pas percuter toutes les existences ordinaires au m\u00eame titre. Des routines se maintiennent en temps de chaos et il arrive que des groupes entiers \u00e9chappent \u00e0 ce qui est en train de se produire. M\u00eame une d\u00e9flagration aussi puissante et manifeste que la Saint-Barth\u00e9l\u00e9my ne vient pas entamer toutes les existences&#160;: dans les rues m\u00eames o\u00f9 les tueries se d\u00e9roulent en 1572, \u00ab&#160;toutes les horloges de la ville ne se figent pas sur l\u2019heure du massacre. Au c\u0153ur de cette crise \u2013 est-ce vrai de toutes&#160;? \u2013 demeurent des arythmies, des asynchronies qui disent qu\u2019elle n\u2019entra\u00eene pas tout et tout le monde, ne d\u00e9termine pas tous les gestes. Pendant que certains \u00e9gorgent leurs voisins, tandis que d\u2019autres succombent, des Parisiens travaillent, vivent normalement, se marient, s\u2019ent\u00eatent, passent contrat, font comme s\u2019il ne se passait rien&#160;\u00bb (Foa, 2021, p. 121). L\u00e0 o\u00f9 Pierre Bourdieu d\u00e9finit la crise comme une \u00ab&#160;brutale synchronisation de temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes&#160;\u00bb, l\u2019\u00e9chelle micro, d\u00e9montre J\u00e9r\u00e9mie Foa, implique de donner sa part \u00e0 la coexistence de temporalit\u00e9s adjacentes mais non coalescentes (<em>ibid.<\/em>). Les crises poss\u00e8dent une, voire des temporalit\u00e9s propres, et modifient le rapport au temps des acteurs, qui se rapportent de mani\u00e8re renouvel\u00e9e \u00e0 leur pass\u00e9 et \u00e0 leur avenir, tant sur le plan du temps biographique que sur celui de l\u2019histoire collective (Koselleck, 1982&#160;; Tarragoni, 2018). Pour cette m\u00eame raison, ne constituent-elles pas un poste d\u2019observation privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019articulation entre l\u2019ordinaire et l\u2019extraordinaire (Judde de Larivi\u00e8re, Weisbein, 2017)&#160;?<\/p>\n<p>Se pose ainsi, enfin, la question de la temporalit\u00e9 des crises&#160;: comment les circonscrire dans le temps&#160;? Quelle exp\u00e9rience les acteurs font-ils de la dur\u00e9e de la crise&#160;? Bien souvent, elles semblent s\u2019\u00e9tirer dans le temps, et les acteurs manifestent ardemment leur \u00ab&#160;d\u00e9sir qu\u2019on puisse clore cette s\u00e9quence \u00e9puisante du fait de son incertitude m\u00eame&#160;\u00bb (Wahnich, 2015). D\u00e9terminer l\u2019\u00e9tendue chronologique des crises, c\u2019est aussi essayer de leur assigner une fin, et une modalit\u00e9 de sortie.<\/p>\n<h2><strong>Axe 4. Les apr\u00e8s-crise<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation des crises \u00e9voqu\u00e9e <em>supra<\/em> rel\u00e8ve d\u2019un ensemble de pratiques discursives et symboliques qui se d\u00e9ploient pendant le moment de crise et surtout apr\u00e8s, si tant est qu\u2019on puisse toujours identifier une \u00ab&#160;fin&#160;\u00bb (et un d\u00e9but&#160;!) \u00e0 une crise. D\u2019une certaine fa\u00e7on, les r\u00e9cits <em>ex-post<\/em> font la crise tout autant que celle-ci les stimule&#160;: il arrive que des crises disparaissent des m\u00e9ta-r\u00e9cits historiques et suscitent un oubli collectif, du fait de leurs cons\u00e9quences jug\u00e9es d\u00e9sastreuses sur la soci\u00e9t\u00e9 concern\u00e9e, \u00e0 l\u2019instar de la crise politique que connut l\u2019Alg\u00e9rie entre 1988 et 1991, qui aurait \u00e9t\u00e9 responsable de la plong\u00e9e dans la violence terroriste des \u00ab&#160;ann\u00e9es noires&#160;\u00bb (A\u00eft-Aoudia, 2015). Les crises d\u2019une certaine ampleur ont le plus souvent une riche vie m\u00e9morielle apr\u00e8s leur mort, qui peut se r\u00e9v\u00e9ler tr\u00e8s agit\u00e9e. Les anniversaires et comm\u00e9morations ne sont pas que de simples rem\u00e9morations&#160;: ils donnent fr\u00e9quemment lieu \u00e0 des r\u00e9interpr\u00e9tations de la crise. Il en est ainsi de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, dont la comm\u00e9moration nationale joue sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 entre \u00ab&#160;deux 14 juillet&#160;\u00bb&#160;: celui de 1789 avec la prise de la Bastille (r\u00e9volte populaire) et celui de 1790 avec la f\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration (unit\u00e9 nationale). Des ambigu\u00eft\u00e9s analogues ont guett\u00e9 les comm\u00e9morations r\u00e9centes de la Commune de Paris comme de Mai 1968.<br \/>\nCertains conflits m\u00e9moriels, comme pour Mai 68, se sont resserr\u00e9s \u00ab&#160;sur un nombre limit\u00e9 de sch\u00e8mes d\u2019explication&#160;\u00bb (Gobille, 2008b), r\u00e9duisant la complexit\u00e9 et la diversit\u00e9 de 68 \u00e0 quelques traits saillants&#160;: focalisation sur les soixante-huitards les plus c\u00e9l\u00e8bres au d\u00e9triment des moins connus, sur le mai parisien et \u00e9tudiant au d\u00e9triment du mai-juin ouvrier, au d\u00e9triment aussi des Mai 68 en province, au d\u00e9triment enfin des Mai 68 dans d\u2019autres pays du monde (\u00c9tats-Unis, Belgique, Allemagne, Pologne, Italie\u2026). La m\u00e9moire collective de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> Guerre mondiale s\u2019est trouv\u00e9e profond\u00e9ment transform\u00e9e par la r\u00e9habilitation des fusill\u00e9s de l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise (Offenstadt, 1999). Dans ce cas comme dans d\u2019autres, les relectures m\u00e9morielles et les \u00e9volutions dans l\u2019historiographie peuvent dialoguer, aller de pair, se renforcer mutuellement ou bien entrer en conflit (Audoin-Rouzeau, Becker, 2000), sur fond parfois d\u2019instrumentalisation politique. C\u2019est donc la question de la post\u00e9rit\u00e9 des crises qui est ici pos\u00e9e. Pourquoi certaines crises sont-elles effac\u00e9es des r\u00e9cits historiques&#160;? Pourquoi certains r\u00e9cits m\u00e9moriels changent-ils en fonction des circonstances&#160;? Pourquoi les crises majeures de l\u2019histoire contemporaine donnent-elles lieu \u00e0 des controverses m\u00e9morielles et \u00e0 des usages politiques du pass\u00e9 dans le cadre des luttes de pouvoir (Heurtaux, Pellen, 2009)&#160;?<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des enjeux m\u00e9moriels, les crises laissent des traces multiples qu\u2019il s\u2019agit d\u2019analyser. La crise produit-elle toujours une rupture et si rupture il y a, celle-ci rel\u00e8ve-t-elle des pratiques r\u00e9elles ou seulement de l\u2019ordre de l\u2019intelligibilit\u00e9 (Fassin, Bensa, 2002)&#160;? Quels sont les effets multiples d\u2019une crise et sur quoi&#160;? Au demeurant, ces effets peuvent \u00eatre directs et pr\u00e9visibles comme indirects, induits ou contre-intuitifs. Comment, aussi, les d\u00e9crire et les mesurer, dans plusieurs \u00e9chelles de temps&#160;? L\u2019histoire et la sociologie de l\u2019\u00e9v\u00e9nement pourront \u00eatre mobilis\u00e9es par les contributeurs-rices au dossier, pour penser la crise et sa post\u00e9rit\u00e9, la dialectique du fait et de la trace, de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et de ses effets.<\/p>\n<p>L\u2019un des axes de r\u00e9flexion sur les effets des crises porte, enfin, sur le caract\u00e8re disruptif d\u2019une crise ou, au contraire, de sa dimension \u00ab&#160;instituante&#160;\u00bb (De Blic, Lemieux, 2005). Dans certaines cultures, comme en Chine, o\u00f9 l\u2019id\u00e9ogramme crise (<em>weiji<\/em>) est un synth\u00e8me compos\u00e9 des id\u00e9ogrammes \u00ab&#160;menace&#160;\u00bb (<em>wei<\/em>) et \u00ab&#160;opportunit\u00e9&#160;\u00bb, renvoyant originairement au ressort des arbal\u00e8tes (<em>ji<\/em>), la crise d\u00e9signe \u00e0 la fois une \u00e9preuve et une chance (Julien, 2020). La crise est bien, dans l\u2019acception m\u00e9dicale du terme, ce moment d\u00e9cisif dans l\u2019\u00e9volution d\u2019une maladie, qui peut cependant \u00e9voluer vers la mort comme vers la gu\u00e9rison. La sociologie pragmatique a montr\u00e9 comment, en r\u00e9v\u00e9lant un \u00e9cart entre les valeurs revendiqu\u00e9es et les pratiques r\u00e9elles, une crise pouvait conduire \u00e0 la r\u00e9affirmation des normes comme \u00e0 l\u2019\u00e9diction de\u00a0 normes nouvelles. A l\u2019instar des scandales politico-financiers dans la France du 19<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, la r\u00e9v\u00e9lation des collusions entre les mondes industriels, politiques et journalistiques a pu conduire \u00e0 construire la profession de journaliste et contribu\u00e9 \u00e0 moyen terme \u00e0 l\u2019autonomisation de l\u2019espace journalistique (De Blic, 2005)&#160;: il y a l\u00e0 une grille d\u2019analyse susceptible d\u2019\u00eatre mobilis\u00e9e dans des contextes tr\u00e8s vari\u00e9s.<\/p>\n<h2><strong>Bibliographie<\/strong><\/h2>\n<p>A\u00eft-Aoudia M., <em>L\u2019exp\u00e9rience d\u00e9mocratique en Alg\u00e9rie (1988-1992). Apprentissages politiques et changement de r\u00e9gime<\/em>, Paris, Les Presses de Sciences Po, 2015.<\/p>\n<p>A\u00eft-Aoudia M. et Roger A., <em>La logique du d\u00e9sordre. Relire la sociologie de Michel Dobry<\/em>, Paris, Presses de sciences po, 2015.<\/p>\n<p>Audoin-Rouzeau S., Becker A., <em>Retrouver la guerre, 14-18<\/em>, Paris, Gallimard, 2000.<\/p>\n<p>Ban\u00e9gas R., <em>La d\u00e9mocratie \u00e0 pas de cam\u00e9l\u00e9on. Transition et imaginaires politiques au B\u00e9nin<\/em>, Paris, Karthala, 2003.<\/p>\n<p>Bantigny L. et Hayat S., \u00ab&#160;Les Gilets jaunes une histoire de classe&#160;?&#160;\u00bb, <em>Mouvements<\/em>, n\u00b0 100-4, 26 novembre 2019, p. 12-23.<\/p>\n<p>Barth\u00e9l\u00e9my D., <em>La mutation de l\u2019an mil a-t-elle eu lieu&#160;? Servage et chevalerie dans la France des Xe et XIe si\u00e8cles<\/em>, Paris, Fayard, 1997.<\/p>\n<p>Bendali Z. et Rubert A., \u00ab&#160;Les sciences sociales en gilet jaune&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, n\u00b0 132-4, 2020, p.\u00a0177-215.<\/p>\n<p>B\u00e9n\u00e9ton P., Touchard J., \u00ab&#160;Les interpr\u00e9tations de la crise de mai-juin 1968&#160;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, 20\u1d49 ann\u00e9e, n\u00b03, 1970, p. 503-544.<\/p>\n<p>Berc\u00e9 Y.-M., <em>Histoire des Croquants. \u00c9tude des soul\u00e8vements populaires au XVIIe si\u00e8cle dans le sud-ouest de la France<\/em>, Paris, Gen\u00e8ve, Droz, 1974.<\/p>\n<p>Bois G., <em>La mutation de l\u2019an mil. Lournand, village m\u00e2connais de l\u2019Antiquit\u00e9 au f\u00e9odalisme<\/em>, Paris, Fayard, 1989.<\/p>\n<p>Burstin H., <em>R\u00e9volutionnaire<\/em>s. <em>Pour une anthropologie politique de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/em>. Paris, Vend\u00e9miaire, 2013.<\/p>\n<p>Cerutti S., \u00ab&#160;Who is below&#160;?&#160;\u00bb, <em>Annales. <\/em><em>Histoire, Sciences Sociales<\/em>, 70e ann\u00e9e-4, 16 f\u00e9vrier 2016, p. 931-956.<\/p>\n<p>Chakrabarty D., <em>Provincialiser l\u2019Europe&#160;: la pens\u00e9e postcoloniale et la diff\u00e9rence historique<\/em>, Paris, \u00c9d. Amsterdam, 2009.<\/p>\n<p>Charle C., \u00ab&#160;Fin de si\u00e8cle&#160;\u00bb, <em>Revue d\u2019histoire du XIX si\u00e8cle<\/em>, n\u00b0 52, 2016, p. 103-117.<\/p>\n<p>De Blic D., \u00ab&#160;Moraliser l\u2019argent. Ce que Panama a chang\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise (1889-1897)&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, Vol. 18, n\u00b071, 2005, p. 61-82.<\/p>\n<p>De Blic D., Lemieux C., \u00ab&#160;Le scandale comme \u00e9preuve. El\u00e9ments de sociologie pragmatique&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, Vol. 18, n\u00b071, 2005, p. 9-38.<\/p>\n<p>Deluermoz Q. et Gobille B., \u00ab&#160;Protagonisme et crises politiques&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, n\u00b0 112-4, 2015, p.\u00a09-29.<\/p>\n<p>De Martino E., <em>La fin du monde. Essai sur les apocalypses culturelles <\/em>(1977), Paris, \u00c9ditions de l\u2019EHESS, 2016.<\/p>\n<p>Dobry M., <em>Sociologie des crises politiques. La dynamique des mobilisations multisectorielles <\/em>(1986), Paris, Presses de sciences po, 2009.<\/p>\n<p>Eisenstadt S. N., <em>Comparative Civilizations and Multiple Modernities<\/em>, 2 vol., Leiden &amp; Boston, Brill, 2003.<\/p>\n<p>El Chazli Y., \u00ab&#160;Sur les sentiers de la r\u00e9volution&#160;: comment des \u00e9gyptiens \u00ab&#160;d\u00e9politis\u00e9s&#160;\u00bb sont-ils devenus r\u00e9volutionnaires&#160;?&#160;\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, 62-5\/6, 2012, p. 843-865.<\/p>\n<p>Ermakoff I., <em>Ruling Oneself Out&#160;: A Theory of Collective Abdications<\/em>, Durham, Duke University Press, 2008.<\/p>\n<p>Escudier A., \u00ab&#160;La crise sans fin de la modernit\u00e9. Naissance et avatars d\u2019un th\u00e8me chez Reinhart Koselleck&#160;\u00bb, <em>Revista de historiografia<\/em>, 34, 2020, p. 53-72.<\/p>\n<p>Fassin E., Bensa A., \u00ab&#160;Les sciences sociales face \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement&#160;\u00bb, <em>Terrains<\/em>, mars 2002, p. 5-20.<\/p>\n<p>Fassin D., \u00ab&#160;Lectures de la pand\u00e9mie&#160;\u00bb, cours au Coll\u00e8ge de France du 16 juin 2021 (https:\/\/www.college-de-france.fr\/site\/didier-fassin\/course-2021-06-16-10h00.htm).<\/p>\n<p>Foa J., <em>Tous ceux qui tombent. Visages du massacre de la Saint-Barth\u00e9l\u00e9my<\/em>, Paris, La D\u00e9couverte, 2021.<\/p>\n<p>Foucault M., <em>Les mots et les choses. Une arch\u00e9ologie des sciences humaines<\/em>, Paris, Gallimard, 1966.<\/p>\n<p>Ga\u00efti B., \u00ab&#160;Les incertitudes des origines. Mai 1958 et la Ve R\u00e9publique&#160;\u00bb, <em>Politix, <\/em>n\u00b047, 1999, p. 27-62.<\/p>\n<p>Ginzburg C., <em>Le sabbat des sorci\u00e8res<\/em>, Paris, Gallimard, 1992.<\/p>\n<p>Gobille B., \u00ab&#160;L\u2019\u00e9v\u00e9nement Mai 68. Pour une sociohistoire du temps court&#160;\u00bb, <em>Annales HSS<\/em>, mars-avril 2008a, n\u00b0 63 (2), p. 321-349.<\/p>\n<p>Gobille B., <em>Mai 68<\/em>, Paris, La d\u00e9couverte, coll. \u201cRep\u00e8res\u201d, 2008b.<\/p>\n<p>Goldstone, J. A., \u00ab&#160;The Comparative and Historical Study of Revolutions&#160;\u00bb, <em>Annual Review of Sociology<\/em>, vol. 8, 1982, p. 187-207.<\/p>\n<p>Gourisse B., \u00ab&#160;<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-politix-2012-2-page-171.htm\">Participation \u00e9lectorale, p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019\u00c9tat et violence arm\u00e9e dans la crise politique turque de la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1970<\/a>. Contribution \u00e0 l\u2019analyse des crises politiques longues&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, n\u00b0 98 (2), 2012, p. 171-193.<\/p>\n<p>Gurr T., <em>Why Men Rebel&#160;?<\/em>, Princeton, Princeton University Press, 1970.<\/p>\n<p>Heurtaux, <em>Pologne 1989. Comment le communisme s\u2019est effondr\u00e9<\/em>, Ploemeur, Codex \u00e9ditions, 2020.<\/p>\n<p>Heurtaux J. et Pellen C., <em>1989 \u00e0 l\u2019Est de l\u2019Europe. Une m\u00e9moire controvers\u00e9e<\/em>, La Tour d\u2019Aigues, \u00c9ditions de l\u2019Aube, 2009.<\/p>\n<p>Hirsch T., \u00ab&#160;Le temps social&#160;: parcours d\u2019une notion&#160;\u00bb, in Andr\u00e9 J., Dreyfus-Ass\u00e9o S. et Hartog F. (dir.), <em>Les r\u00e9cits du temps<\/em>, Paris, PUF, 2010, p. 83-106.<\/p>\n<p>Ingrao C., <em>Le soleil noir du paroxysme. Nazisme, violence de guerre, temps pr\u00e9sent<\/em>, Paris, Odile Jacob, 2021.<\/p>\n<p>Jeanpierre L., \u00ab&#160;Points d\u2019inflexion des r\u00e9voltes arabes&#160;\u00bb, <em>Les temps modernes<\/em>, 664 (3), 2001, p. 63-84.<\/p>\n<p>Julien F., \u00ab&#160;Entretien&#160;\u00bb (propos recueillis par N. Truong), Chaire sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, 21\/04\/2020. URL&#160;: <a href=\"https:\/\/francoisjullien.hypotheses.org\/\">https:\/\/francoisjullien.hypotheses.org\/<\/a>.<\/p>\n<p>Judde de Larivi\u00e8re C. et Weisbein J., \u00ab&#160;Dire et faire le commun&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, 119, 2017, p. 7\u201130.<\/p>\n<p>Koselleck R., <em>Le r\u00e8gne de la critique<\/em>, Paris, Minuit, 1979 (1959).<\/p>\n<p>Koselleck R., \u00ab&#160;Krise&#160;\u00bb, in Otto Brunner, Werner Conze, Reinhart Koselleck (eds.), <em>Geschichtliche Grundbegriffe&#160;: Historisches Lexikon zur politisch-sozialen Sprache in Deutschland, <\/em>Stuttgart, Klett-Cotta, vol. 3, 1982.<\/p>\n<p>Kuhn T. S., <em>La structure des r\u00e9volutions scientifiques<\/em>, Paris, Flammarion, 2008 (1962).<\/p>\n<p>Levi G., \u00ab&#160;Les usages de la biographie&#160;\u00bb, <em>Annales<\/em>, 44-6, 1989, p. 1325-1336.<\/p>\n<p>Longhi V., \u00ab&#160;La crise, une notion politique h\u00e9rit\u00e9e des Grecs&#160;?&#160;\u00bb, <em>Anabases<\/em>, n\u00b0 29, 2019, p. 21-35.<\/p>\n<p>Morin E., \u00ab&#160;Pour une crisologie&#160;\u00bb, <em>Communications<\/em>, n\u00b0 25, 1976, p. 149-163.<\/p>\n<p>Nakatani P. et Herrera R., \u00ab&#160;Keynes et la crise. Hier et aujourd\u2019hui&#160;\u00bb, <em>Actuel Marx<\/em>, n\u00b0 53(1), 2013, p. 153-168.<\/p>\n<p>Noiriel G., \u00ab&#160;Les \u2018gilets jaunes\u2019 replacent la question sociale au centre du jeu politique&#160;\u00bb, <em>Le Monde<\/em>, 27 novembre 2018.<\/p>\n<p>Noiriel G., \u00ab&#160;Le \u2018populaire\u2019 comme relation de pouvoir&#160;\u00bb, <em>Revue d\u2019histoire moderne et contemporaine<\/em>, n\u00b0 67-2, 2020, p. 63-77.<\/p>\n<p>Offenstadt N., <em>Les fusill\u00e9s de la Grande Guerre et la m\u00e9moire collective (1914-1999)<\/em>, Paris, \u00c9ditions Odile Jacob, 1999.<\/p>\n<p>Ravelli Q., \u00ab&#160;La ru\u00e9e vers l\u2019or jaune&#160;: difficult\u00e9s de l\u2019engagement scientifique dans un mouvement social&#160;\u00bb, <em>Sociologie<\/em>, Vol. 11-3, 29 septembre 2020, p. 267-275.<\/p>\n<p>Renault R., \u00ab&#160;Refuser l\u2019imp\u00f4t, d\u00e9finir le bien commun&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, 119, 2017, p. 79-100.<\/p>\n<p>Revault d\u2019Allones M., <em>La crise sans fin. Essai sur l\u2019exp\u00e9rience moderne du temps<\/em>, Paris, Seuil, 2012.<\/p>\n<p>Revel J., \u00ab&#160;Micro-analyse et construction du social&#160;\u00bb, in <em>eod<\/em>. (dir.), <em>Jeux d\u2019\u00e9chelles. La micro-analyse \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience<\/em>, Paris, Gallimard, Le Seuil, 1996, p. 15-36.<\/p>\n<p>Ric\u0153ur P., \u00ab&#160;La crise, un ph\u00e9nom\u00e8ne sp\u00e9cifiquement moderne&#160;?&#160;\u00bb, <em>Revue de Th\u00e9ologie et de Philosophie<\/em>, n\u00b0 120, 1988, p. 1-19.<\/p>\n<p>Servigne P. et Stevens R., <em>Comment tout peut s\u2019effondrer. Petit manuel de collapsologie \u00e0 l\u2019usage des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes<\/em>, Paris, Seuil, 2015.<\/p>\n<p>Sewell W. H., <em>Logics of History. Social Theory and Social Transformation<\/em>, Chicago, University of Chicago Press, 2005.<\/p>\n<p>Skocpol T., <em>Etats et r\u00e9volutions sociales. La r\u00e9volution en France, en Russie et en Chine<\/em>, Paris, Fayard, 1985.<\/p>\n<p>Tackett T., <em>Par la volont\u00e9 du peuple. Comment les d\u00e9put\u00e9s de 1789 sont devenus r\u00e9volutionnaires<\/em>, Paris, Albin Michel, 1997.<\/p>\n<p>Tarragoni F., <em>L\u2019\u00c9nigme r\u00e9volutionnaire<\/em>, Paris, Les Prairies ordinaires, 2015.<\/p>\n<p>Tarragoni F., \u200b\u200b\u00ab&#160;La m\u00e9thode d\u2019Edward P. Thompson&#160;\u00bb, <em>Politix<\/em>, vol. 30, n\u00b0 118, 2017, p. 183-205.<\/p>\n<p>Tarragoni F., \u200b\u200b\u00ab&#160;Les cendres et le brasier&#160;: ce que l\u2019historien apprend au sociologue des r\u00e9volutions&#160;\u00bb, <em>\u00c9crire l\u2019histoire<\/em>, n\u00b0 18, 2018, p. 69-79.<\/p>\n<p>Tilly C., <em>From Mobilization to Revolution<\/em>, Reading, Addison-Wesley, 1978.<\/p>\n<p>Thompson E. P., \u00ab&#160;The Moral Economy of the English Crowd in the Eighteenth Century&#160;\u00bb, <em>Past &amp; Present<\/em>, 50, 1971, p. 76-136.<\/p>\n<p>Vidal-Naquet C., <em>Couples dans la Grande Guerre. Le tragique et l\u2019ordinaire du lien conjugal<\/em>, Paris, Les Belles Lettres, 2014.<\/p>\n<p>Wachtel N., <em>La vision des vaincus<\/em>, Paris, Gallimard, 1971.<\/p>\n<p>Wahnich S., \u00ab&#160;Terminer la R\u00e9volution fran\u00e7aise, en finir avec la r\u00e9volution&#160;\u00bb, <em>\u00c9crire l\u2019histoire<\/em>, 15, 8 octobre 2015, p. 139-147.<\/p>\n<p>Zeeman E. C., <em>Catastrophe Theory&#160;: Selected Papers, 1972-1977<\/em>, Reading, Addison-Wesley Publishing Company, 1977.<\/p>\n<h2><strong>Modalit\u00e9s de soumission<\/strong><\/h2>\n<p>L\u2019appel \u00e0 contribution a valeur de cadrage et permet la s\u00e9lection des contributions en fonction de leur pertinence par rapport au th\u00e8me et aux enjeux du num\u00e9ro. Il a, en outre, vocation \u00e0 sugg\u00e9rer aux r\u00e9dacteurs potentiels quelques pistes g\u00e9n\u00e9rales de r\u00e9flexion.<\/p>\n<h3>Articles<\/h3>\n<p>Les articles repr\u00e9sentent des contributions originales \u00e0 la recherche, qui suivent les normes habituelles de la production scientifique. Ils doivent tous se positionner par rapport \u00e0 l\u2019appel \u00e0 contributions.<\/p>\n<p>Diff\u00e9rents types d\u2019approches sont possibles, permettant de diversifier la mani\u00e8re d\u2019aborder la th\u00e9matique&#160;: nous accueillons tant des articles \u00e0 vocation essentiellement th\u00e9orique, que des contributions fond\u00e9es sur des recherches empiriques, o\u00f9 les enjeux m\u00e9thodologiques seront pr\u00e9cis\u00e9s et discut\u00e9s.<\/p>\n<p><em>Trac\u00e9s<\/em> \u00e9tant une revue interdisciplinaire, les articles doivent pouvoir \u00eatre compr\u00e9hensibles et pertinents pour des lecteurs et des lectrices non sp\u00e9cialistes&#160;; ils peuvent \u00e9galement faire appel \u00e0 des m\u00e9thodes et des r\u00e9f\u00e9rences de plusieurs disciplines, ou interroger les pr\u00e9suppos\u00e9s ou les outils empiriques et th\u00e9oriques d\u2019une discipline \u00e0 partir du point de vue d\u2019une autre discipline. Les articles soumis ne peuvent exc\u00e9der 40 000 signes (espaces, notes, et bibliographie incluses).<\/p>\n<h3>Notes<\/h3>\n<p>Nous publions des notes critiques qui pr\u00e9sentent un ensemble de travaux (\u00e9ventuellement un ouvrage en particulier), une controverse scientifique, ou l\u2019\u00e9tat d\u2019une question actuelle. Elles doivent dans tous les cas se rattacher explicitement \u00e0 la th\u00e9matique du num\u00e9ro et permettre d\u2019\u00e9clairer des orientations de recherche ou des d\u00e9bats inh\u00e9rents \u00e0 cette derni\u00e8re, notamment pour des lecteurs et des lectrices non sp\u00e9cialistes des disciplines concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Les notes soumises ne peuvent exc\u00e9der 25 000 signes (espaces, notes, et bibliographie incluses).<\/p>\n<h3>Entretiens<\/h3>\n<p>Des entretiens avec des chercheurs, chercheuses ou d\u2019autres expert-e-s des questions \u00e9tudi\u00e9es sont \u00e9galement publi\u00e9s dans chaque num\u00e9ro. Les contributeurs et les contributrices qui souhaiteraient en r\u00e9aliser sont invit\u00e9-e-s \u00e0 prendre contact directement avec les coordinateurs du dossier&#160;: Federico Tarragoni (<a href=\"mailto:federico.tarragoni@gmail.com\">federico.tarragoni@gmail.com<\/a>), Rachel Renault (<a href=\"mailto:Rachel.Renault@univ-lemans.fr\">Rachel.Renault@univ-lemans.fr<\/a>) et J\u00e9r\u00f4me Heurtaux (<a href=\"mailto:jerome.heurtaux@cefres.cz\">jerome.heurtaux@cefres.cz<\/a>).<\/p>\n<h3>Traductions<\/h3>\n<p>Les traductions sont l\u2019occasion de mettre \u00e0 la disposition du public des textes peu ou pas connus en France et qui constituent un apport capital \u00e0 la question trait\u00e9e. Il doit s\u2019agir d\u2019une traduction originale. Le choix du texte devra se faire en accord avec les coordinateurs du dossier et le comit\u00e9 de r\u00e9daction&#160;; les questions de droits devront \u00eatre r\u00e9gl\u00e9es en amont de la publication.<\/p>\n<h3>Recommandations pratiques<\/h3>\n<p>Il est donc demand\u00e9 aux contributeurs et aux contributrices de bien pr\u00e9ciser pour quelle rubrique l\u2019article est propos\u00e9. La soumission d\u2019articles en anglais est \u00e9galement possible, mais si l\u2019article venait \u00e0 \u00eatre retenu pour la publication, sa traduction n\u00e9cessaire en fran\u00e7ais demeure \u00e0 la charge de l\u2019auteur ou de l\u2019autrice.<\/p>\n<p>Les auteurs et autrices devront envoyer leur contribution (article complet) pour le <u>15 avril\u00a0 2022<\/u> aux coordinateurs du dossier. Si elles ou ils le jugent utile, les auteurs et autrices peuvent adresser d\u00e8s qu\u2019ils le souhaitent un r\u00e9sum\u00e9 (en indiquant le titre de leur contribution, la rubrique dans laquelle ils le proposent, ainsi qu\u2019un bref r\u00e9sum\u00e9 du propos) aux coordinateurs du dossier, pour leur faire part de leur intention de soumettre un article.<\/p>\n<p>Chaque article est lu est par un-e membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction et par deux \u00e9valuateurs et \u00e9valuatrices ext\u00e9rieur-e-s. Nous maintenons l\u2019anonymat des lecteurs et lectrices et des auteur-e-s. \u00c0 l\u2019aide de ces rapports de lecture, le comit\u00e9 de r\u00e9daction de <em>Trac\u00e9s<\/em> rend un avis sur la publication et d\u00e9cide des modifications \u00e0 demander aux auteur-e-s afin de pouvoir publier l\u2019article. Dans le cas de propositions trop \u00e9loign\u00e9es de l\u2019appel \u00e0 contribution ou des exigences scientifiques de la revue, le comit\u00e9 de r\u00e9daction se r\u00e9serve le droit de rendre un avis n\u00e9gatif sur la publication sans faire appel \u00e0 une \u00e9valuation ext\u00e9rieure. Hormis ces exceptions, une r\u00e9ponse motiv\u00e9e et argument\u00e9e est transmise aux auteur-e-s suite \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration du comit\u00e9 de lecture.<\/p>\n<p>Nous demandons aux contributeurs et contributrices de tenir compte des recommandations en mati\u00e8re de pr\u00e9sentation indiqu\u00e9es sur notre site (<u>https:\/\/journals.openedition.org\/traces\/<\/u>).<\/p>\n<p>Les articles envoy\u00e9s \u00e0 la revue <em>Trac\u00e9s<\/em> doivent \u00eatre des articles originaux. L\u2019auteur-e s\u2019engage \u00e0 r\u00e9server l\u2019exclusivit\u00e9 de sa proposition \u00e0 <em>Trac\u00e9s<\/em> jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019avis du comit\u00e9 de lecture soit rendu. Elle ou il s\u2019engage \u00e9galement \u00e0 ne pas retirer son article une fois que la publication a \u00e9t\u00e9 accept\u00e9e et que l\u2019article a \u00e9t\u00e9 retravaill\u00e9 en fonction des commentaires des lecteurs et lectrices.<\/p>\n<p>NB&#160;: L\u2019insertion d\u2019images et de supports iconographiques en noir et blanc et en couleurs est possible en nombre limit\u00e9 (Pr\u00e9cisez-le dans votre d\u00e9claration d\u2019intention). Celles-ci doivent \u00eatre livr\u00e9es libres de droit (sauf exception, la revue ne prend pas en charge les droits de reproduction)&#160;; elles limitent le nombre de signes \u00e0 hauteur de 2500 signes par image pleine page, et de 1500 signes par image demi-format. Pour des projets sp\u00e9cifiques, il est possible de faire \u00e9tablir un devis pour un cahier hors-texte.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div class=\"zn-singledetail-keywords\">\n<h3 class=\"zn-singledetail-section-title\">Mots-cl\u00e9s<\/h3>\n<ul class=\"termslist termslist-post_tag\">\n<li class=\"termslist-item termslist-title\"><span class=\"termslist-titletxt\">Mots-cl\u00e9s<\/span><span class=\"doubledot\"><\/span><\/li>\n<li class=\"termslist-item tax-post_tag term-crise\"><a class=\"termslist-itemlink\" href=\"https:\/\/www.sfsic.org\/en\/tag\/crisis\/\" title=\"Crise\"><span class=\"termslist-itemname\">Crise<\/span><\/a><\/li>\n<li class=\"termslist-item tax-post_tag term-discours\"><a class=\"termslist-itemlink\" href=\"https:\/\/www.sfsic.org\/en\/tag\/discourse\/\" title=\"Discours\"><span class=\"termslist-itemname\">Discours<\/span><\/a><\/li>\n<\/ul><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p><!-- \/fxzn:singledetail 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