AAC - Exploration de la nature hybride et des phénomènes d’hybridation des organisations

Appel à contribution:
Exploration de la nature hybride et des phénomènes d’hybridation des organisations

Numéro coordonné par Sophie Del Fa (Université du Québec à Montréal), François Lambotte (Université catholique de Louvain) et Consuelo Vásquez (Université du Québec à Montréal).

Ce numéro thématique de Recherches en communication propose d'explorer les phénomènes d'hybridation organisationnelle à partir d'une perspective communicationnelle. L'hybridité, en biologie, traite du croisement des espèces et de la double nature des choses[1]. Au sens figuré, l'hybridité se dit de quelque chose de mal défini, de flou. De nature expérimentale, accidentelle, mais rarement volontaire, l'hybridation, comme processus, fait émerger des choses dont l'état est disparate, étonnant voir monstrueux[2].

 

Lorsque appliquée aux organisations, la notion d'hybridité renvoie généralement à un type d'organisations qui se caractérisent par une pluralité d'idéaux-types, de cultures, de mécanismes de coordination, de rationalités, ou de logiques d'action (Brandsen et Karré, 2011 ; Karré, 2011). Ces organisations dites hybrides sont souvent typifiées comment étant localisées à la frontière des trois secteurs propres à la société, à savoir les secteurs public, privé et civil. Cette rencontre intersectorielle produit un certain nombre de tensions ; de fait, la combinaison de valeurs contradictoires peut générer paradoxes et conflits difficiles à manœuvrer (Ciesielska, 2010. Cette définition met en exergue les tensions issues de l'hybridité organisationnelle.  

Pour une bonne part, la recherche sur les organisations hybrides tente de résoudre ces tensions en les expliquant en termes binaires, c'est-à-dire comme un choix entre deux pôles opposés. Par exemple, dans le cas des organisations à but non lucratif, le focus se porte sur la tension entre la logique de marché et la mission non-lucrative de l'organisation (Sanders, 2015). Ce raisonnement, basé sur un mécanisme de sélection, conduit souvent à la promotion d'une des logiques au détriment de l'autre (Putnam et al., 2016).

Pour dépasser cette binarité, nous proposons, dans ce numéro de Recherches en communication, d'opérer un subtile, mais profond déplacement heuristique ; au lieu de considérer l'hybridité comme étant la propriété d'une organisation, nous proposons de la considérer comme un processus d'hybridation. Conséquemment, nous abordons les tensions, les paradoxes et les ambiguïtés comme des dynamiques qui émergent de l'hybridation et qui produisent alors l'hybridité des organisations.

Le numéro se déclinera en trois axes d'orientation priorisés, mais non exhaustifs.

AXE 1 : TERMINOLOGIES, DÉFINITIONS ET ACCEPTIONS DE « L'HYBRIDATION ET DE l'HYBRITÉ ORGANISATIONNELLE » 

Cet axe entend développer une réflexion sur la conceptualisation de « l'hybridation/ hybridité organisationnelle » en tant qu'objet d'étude situé dans des perspectives épistémologiques variées telles que celles de la communication, du management ou encore de la sociologie. Les articles, retenus clarifieront notamment les contours notionnels de « l'organisation hybride » et de « l'hybridation organisationnelle » (Lee et Battilana, 2015 ; Battilana et al., 2015 ; Santos et al., 2015). Ils discuteront également des concepts qui y sont associés tels que le « partenariat » (Errecart, 2013 ; Lee et Jay, 2015), la « collaboration intersectorielle » (Huybrechts et Nicholls, 2013), la « venture philanthropie » ou encore la « pluralité des logiques institutionnelles » (Mair et al., 2015) entre autres exemples.

Partant d'une réflexion ouverte sur la signification de « l'hybridation organisationnelle » telle que comprise dans cet appel à articles nous espérons recevoir des propositions abordant des questions telles que :

  • Quels champs notionnels permettent de penser scientifiquement et pratiquement l'« hybridation organisationnelle » ?
  • Que nous apprennent les discours scientifiques / médiatiques / organisationnels / institutionnels sur les processus d'hybridation et leurs significations ?
  • Comment les acteurs œuvrant dans des organisations de type hybrides abordent-ils l'hétérogénéité et la nature paradoxale des pratiques ? Quelles significations leur donnent-ils ? Comment la vivent-ils  au quotidien dans leurs échanges ?
  • Comment les acteurs de par leurs actions et leurs discours (créativité, bricolage, expérimentation) participent-ils à l'hybridation des organisations ?

AXE 2 : APPORT(S) DES APPROCHES COMMUNICATIONNELLES POUR L'ÉTUDE DE L'HYBRIDATION ORGANISATIONNELLE

Les articles de cet axe discuteront plus spécifiquement de(s) apport(s) théorique(s) des approches communicationnelles pour l'étude de l'hybridation des organisations. Nous attendons des contributions qui mobilisent notamment l'approche constitutive de la communication (CCO), mais aussi, plus largement, les approches processuelle, discursive ou performative .

Nous invitons ici les contributions qui montrent de manière manifeste l'articulation de la théorie avec la nature paradoxale des organisations ; par exemple : les théories portant sur les tensions et contradictions organisationnelles (Putnam et al., 2016 ; Thretewey et Ashcraft, 2004), celles qui interrogent les organisations alternatives (Parker et al., 2014 ; Rodgers et al., 2016 ; Kokkinidis, 2014), ou celles qui adoptent un regard pratique et sociomatériel (Michaud, 2011).

Les réflexions portant sur les processus organisationnels constitutifs de ces hybridations seront également reprises dans cette axe. Ainsi, les articles contribueront doublement aux études communicationnelles : en enrichissant les connaissances et la réflexion sur ces théories (constitutive, processuelle, discursive, performative) ; et en montrant leurs apports pour l'étude d'un phénomène d'hybridation en particulier.

Enfin, les articles soumis pourront partir d'une réflexion sur les discours qui accompagnent ce phénomène tant dans la réalité des organisations que dans le paysage médiatique et institutionnel.

Partant d'une réflexion ouverte sur les apports des approches communicationnelles, nous espérons recevoir des articles abordant des questions telles que :

  • En quoi les approches constitutive, processuelle, discursive et/ou performative de la communication rendent-elles compte de la nature fragile, plurielle, floue, monstrueuse des organisations hybrides?
  • Dans quelle mesure l'étude des processus organisationnels permet-elle de saisir le phénomène d'hybridation ?
  • En quoi l'exploration de l'hybridation organisationnelle contribue-t-elle aux théories communicationnelles ?

AXE 3 : APPROCHES, OUTILS ET STRATÉGIES MÉTHODOLOGIQUES POUR ÉTUDIER L'HYBRIDATION ORGANISATIONNELLE

Cet axe explore l'étude de l'hybridation organisationnelle d'un point de vue méthodologique. Capter, saisir et analyser l'émergence du phénomène d'hybridation amène à explorer et à interroger ce qui se joue entre des acteurs engagés dans une action commune (Brechet et al., 2009). Dégager ces aspects souligne la nécessité de réfléchir aux outils et aux démarches méthodologiques déployés sur le terrain.

Cet axe s'intéresse aux cadres méthodologiques mobilisés dans les études portant sur l'hybridation organisationnelle. Sans être limitatif, les articles repris dans cet axe pourront interroger les aspects suivants :

  • Comment étudier l'émergence des tensions issues de l'hybridation organisationnelle ?
  • Comment percevoir ces moments éphémères et singuliers qui émergent dans un contexte d'échanges situé et qui participent à cette hybridation ?
  • Comment saisir et rendre compte des actions, des temporalités et des trajectoires qui forment l'organisation hybride ou participent aux phénomènes d'hybridation ?
  • Comment étudier de l'intérieur la façon dont l'hybridation se construit ? Comment capter les pratiques des acteurs organisationnels au quotidien ? Quels sont les lieux, les sites d'observation de l'hybridation ?
  • Quelle posture de recherche adopter auprès de ceux qui vivent les tensions au quotidien ? Quelle place pour la recherche-action, recherche-participation ou recherche-réflexive dans l'étude des organisations hybrides ?
  • Qu'est-ce que les approches temporelles et spatiales peuvent nous apprendre de ces phénomènes d'hybridation ?

Modalités de soumission d'article

Les auteurs sont invités à soumettre la version complète de l'article (maximum 30 000 signes) sur le site de la revue, au plus tard le 30 novembre 2017.

Les articles seront vérifiés par l'auteur pour garantir l'anonymat (voir rubrique « identification des auteurs dans le manuscrit » des consignes aux auteurs de la revue) et soumis à l'évaluation en « double-aveugle » par le comité de lecture de la revue. La réponse sera donnée au plus tard le 31 mars 2018. La publication finale des articles révisés se fera au plus tard le 01 septembre 2018.

Les articles soumis et acceptés pour publication dans ce dossier sont publiés un à un sur le site, au moment de leur finalisation, sans attendre que l'ensemble du dossier soit prêt à être publié.

Consignes de rédaction de l'article dans sa version finale : 30 000 signes maximum par article (espaces et références comprises, résumé et mots-clés non compris), si possible agrémenté d'illustrations (libres de droit). Les modalités de présentation complètes sont disponibles sur le site de la revue.

Calendrier

Date limite pour la soumission des articles complets :

30 novembre 2017

Cycle d'évaluation en double aveugle :

01 décembre 2017 au 31 mars 2018

Clôture du numéro :

01 septembre 2018

Coordinateurs du numéro thématique

Sophie Del Fa, doctorante au Département de Communication sociale et publique, UQAM

Diplômée d'une maitrise en communication, Sophie Del Fa est aujourd'hui doctorante en communication à l'UQAM et spécialiste en communication organisationnelle. Elle rédige présentement une thèse sur les universités alternatives. En parallèle, elle développe une expertise sur les enjeux relatifs au « branding » des organisations et sur les pratiques organisationnelles dans les espaces de travail. Elle est membre du Groupe de Recherche en Communication Organisante (RECOR-UQAM).

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François Lambotte, professeur à l'École de communication de l'Université catholique de Louvain (Belgique)

François Lambotte est ingénieur de gestion et docteur en sciences du management de l'Université Libre de Bruxelles. Depuis 2010, il est professeur à l'école de Communication de l'Université catholique de Louvain. Il est actuellement vice-doyen de la faculté ESPO et responsable du centre de recherche en communication (RECOM) de l'UCL. Ses recherches portent sur l'analyse processuelle et critique des pratiques de communication interne et de changement. Il est responsable académique du programme de recherche "Social Media Lab UCL" portant sur l'usage des médias socionumériques en contexte professionnel. Ce programme de recherche est soutenu par plusieurs fonds de recherche belges et européens. 

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Consuelo Vásquez, professeure au département de Communication sociale et publique, UQAM

Consuelo Vásquez (Ph.D., Université de Montréal) est professeure agrégée au Département de communication sociale et publique de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), et membre du Groupe de Recherche sur la Communication Organisante (ReCOr). Ses travaux ont été publiés dans Communication Theory, Communication Measures and Methods, Discourse and Communication, Human Relations, Qualitative Research in Organization and Management, Scandinavian Journal of Management, ainsi que d'autres revues internationales. Ses recherches actuelles examinent le rôle constitutif de l'espace et du temps dans les organisations par projets et bénévole.

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Références

Battilana, J., Sengul, M., Pache, A. C. et Model, J. (2015). Harnessing productive tensions in hybrid organizations: The case of work integration social enterprises. Academy of Management Journal, 58(6), 1658-1685.

Brandsen, T. et Karré, P. M. (2011). Hybrid organizations: No cause for concern? International Journal of Public Administration, 34(13), 827-836.

Ciesielska, M. (2010). Hybrid Organisations. A study of the Open Source-business setting. PhD Dissertation, Copenhague Business School.

Errecart, A. (2013). Des organisations en partenariat : un espace communicationnel hybride au prisme de l'analyse de discours. Sciences de la société, (88), 100-116.

Grosjean, S. et Groleau, C. (2013). L'ethnographie organisationnelle aujourd'hui. De la diversité des pratiques pour saisir l'organisation en mouvement. Revue Internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels, Supplément, 13-23.

Hardy, C. (1991). Pluralism, Power and Collegiality in Universities. Financial Accountability and Management, 7(3), 127-142.

Hardy, C., Phillips, N. et Lawrence, T. B. (2003). Resources, knowledge and influence: The organizational effects of interorganizational collaboration*. Journal of management studies, 40(2), 321-347.

Hardy, C. et Thomas, R. (2014). Strategy, Discourse and Practice: The Intensification of Power. Journal of Management Studies, 51(2), 320-348. https://doi.org/10.1111/joms.12005

Huybrechts, B. et Nicholls, A. (2013). The role of legitimacy in social enterprise-corporate collaboration. Social Enterprise Journal, 9(2), 130-146.

Karré, P. M. (2011). Heads and tails: both sides of the coin: an analysis of hybrid organizations in the Dutch waste management sector. Eleven International Publishing.

Kokkinidis, G. (2014). Spaces of possibilities: workers' self-management in Greece. Organization, (February), 1-25. http://org.sagepub.com/cgi/doi/10.1177/1350508414521098

Lee, M. et Jay, J. (2015). Strategic responses to hybrid social ventures. California Management Review, 57(3), 126-148.

Mair, J., Mayer, J. et Lutz, E. (2015). Navigating institutional plurality: Organizational governance in hybrid organizations. Organization Studies, 36(6), 713-739.

Michaud, V. (2011). Proposition pour l'étude des tensions dans le mouvement, la sociomatérialité et le paradoxe. Revue internationale de communication sociale et publique, (5), 47-74. Récupéré de http://www.revuecsp.uqam.ca/numero/RICSP_5_2011.php#num5_michaud.

Parker, M., Cheney, G., Fournier, V. et Land, C. (2014). The Routledge companion to alternative organization. Routledge.

Putnam, L. L., Fairhurst, G. T. et Banghart, S. (2016). Contradictions, dialectics, and paradoxes in organizations: A constitutive approach. Academy of Management Annals, 10(1), 65-171.

Rogers, D. M., Petersen, J. et Sanderson, J. (2016). Commemorating alternative organizations and marginalized spaces: The case of forgotten Finntowns. Organization, 23(1), 90-113.

Sanders, M. L. (2015). Being nonprofit-like in a market economy: Understanding the mission-market tension in nonprofit organizing. Nonprofit and Voluntary Sector Quarterly, 44, 205-222,

Trethewey, G. E. A. et Ashcraft, K. L. (2004). Special issue introduction: Practicing disorganization: The development of applied perspectives on living with tension. Journal of Applied Communication Research, 32(2), 81-88.


[1] Cf. http://www.cnrtl.fr/definition/hybridit%C3%A9

[2] Cf. http://www.cnrtl.fr/definition/hybridation



ISSN: 2033-3331