La SFSIC
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La lettre du président
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La lettre du président présente les principaux objectifs du mandat en cours. Comment, à propos de nos sciences, ne pas évoquer le thème si cher à Dominique Janicaud de l’intelligence du partage ? Quel fabuleux butin faudra-t-il partager avec intelligence ? Quelle est cette « terre » (Janicaud, donc) que nos disciplines encerclent dans le souci du partage ? L’information ? Le savoir ? Le sens ? L’opinion ? L’espace public ? Du savoir non propositionnel (savoirs tacites, savoir-faire) ? Et pour quelles cultures ? Ceci n’est pas nouveau : les faits communicationnels sont marqués par la multiplicité et l’hétérogénéité des objets et des événements, la multi-fonctionnalité symbolique des outils « communicants », la pluralité des méthodes et des « mondes », l’irréductibilité des niveaux d’analyse. A noter, ce qui les caractérise aujourd’hui : le pluralisme méthodologique, l’interdisciplinarité, un engouement certain pour l’émergence (ou la « survenance ») et la réflexivité mais aussi un intérêt moins sûr pour les grands cadres unificateurs théoriques (marxisme, structuralisme, psychanalyse, pragmatisme, constructivisme, cognitivisme, théorie du choix rationnel) et les grands principes ontologiques et méthodologiques (dialectique, inconscient…) : toutes ces options annoncent, pour nos recherches, le désir du partage de l’intelligence pour mieux emprunter et distribuer les champs et les concepts (opératoires et méthodologiques). D’autres champs sont à partager, d’autres enjeux, évidemment. L’épistémologie d’une interdiscipline des sciences de l’information et de la communication reste aujourd’hui une question anxieuse, souvent traitée, toujours inachevée et, en tout cas, fractionnée. Il reste, quoi qu’on en dise, qu’à propos de nos sciences, l’interdisciplinarité est depuis longtemps annoncée comme un programme. C’est à l’approfondissement de ce programme qu’il faudrait maintenant s’attacher, en commençant par lui reconnaître le sens fort que lui en donne l’épistémologue Lakatos : les sciences de l’information et de la communication ne sont-elles pas caractérisées par un enchaînement de théories fécondes sur un temps déjà long ? Sans doute faudrait-il commencer par s’interroger sur les postulats éthico-normatifs ou, à l’opposé, utilitaristes qui nourrissent les ambitions interdisciplinaires de tels programmes. L’interdisciplinarité serait plus un « symptôme » que l’émanation d’une tendance de notre civilisation (Mohammed Allal Sinaceur) : elle viserait autant l’intégration sociale des savoirs pour plus de médiation sociale et culturelle que l’intégration opérationnelle des savoirs d’experts. Elle servirait, sur ce dernier point, les instances politiques préoccupées de relayer et de s’approprier les promesses d’émancipation de la science et de la technique. D’autres enjeux, encore : jusqu’où les technologies numériques et connectiques, en conditionnant la formation de l’espace public, auront-elles refusé à l’opinion publique la possibilité de jouer un rôle arbitral dans des décisions commandées par le marché ? Jusqu’où le jeu politique institutionnel peut-il déléguer au marché le pouvoir de structurer l’espace public au format technologique, au risque de priver les citoyens et les scientifiques d’un terrain d’entente : la critique de l’argumentaire monologique du marché ? Comment créer les conditions de la réflexivité politique ? L’idée plausible – suggérée par Bourdieu – d’une activité critique partagée par les citoyens et les intellectuels est maintenant nécessaire qui aurait pour cible le contenu politique implicite mais effectif des décisions prises par les acteurs de la science et de l’économie. Le Congrès de Bordeaux (2006) aura ouvert de nouvelles perspectives : après la demande sociale, la réponse critique ? Quelle est aujourd’hui la tâche de l’intellectuel spécialiste en sciences de l’information et de la communication ? Comment situer cet intellectuel dans l’alternative qui oppose (ou, c’est selon, qui rapproche) le « savant et le politique » ? La question de la responsabilité politique ou sociale du savant est-elle incongrue en ce qui nous concerne ? En tout cas, en sciences sociales, elle n’est pas nouvelle : « Ecrivains et savants sont des citoyens ; il est donc évident qu’ils ont le devoir strict de participer à la vie publique. Reste à savoir sous quelle forme et dans quelle mesure », dit Durkheim (2002). S’agissant des espaces publics, littéraires ou politiques, le postulat élitiste de la neutralité de la science ne suffit plus aujourd’hui à séparer critique ordinaire et critique savante. Un engagement d’ordre éthique et politique serait alors possible dont nous démontrerions qu’il n’altère pas l’autonomie de nos champs scientifiques. Une suite thématique du Congrès de Bordeaux pourrait être celle-ci : sous certaines conditions (celles imposées, selon Bourdieu, par la Realpolitik de la raison), l’activité critique propre à nos disciplines pourrait être partagée par les intellectuels et les citoyens. En d’autres termes, y a-t-il une place, en sciences de l’information et de la communication, pour un intellectuel critique ? Quant à la SFSIC, elle doit jouer (réinventer ?) son rôle dans la répartition intelligente des actions de valorisation de nos découvertes. Il nous faut intelligemment compter avec les nombreux acteurs (MSTP, CNU, CNRS, nos laboratoires, nos revues et nos colloques, les grands programmes scientifiques, les grands projets institutionnels et internationaux, les sociétés internationales…) qui participent à la structuration de nos champs. Les actions programmées par la SFSIC sous l’impulsion des vice-présidents, pour les deux ans à venir, croisent, soutiennent, partagent les ambitions et les destins de tous ces acteurs dans les champs scientifique, international et pédagogique. Enfin, il faut rappeler le dévouement de tout ceux qui, au quotidien, ont œuvré et oeuvrent au succès de nos actions. Qu’ils trouvent ici l’expression de toute notre gratitude. Gino Gramaccia |


